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Mythologie : le garage

Le garage désigne étymologiquement l’action de ranger un véhicule dans une gare. L’expression “voie de garage” lui rend hommage : elle est la métaphore d’une situation condamnant à l’immobilité.

Dès lors, comment expliquer les mythologies créatives – très américaines – gravitant autour des garages ?

Historiquement, le garage nous raconte l’histoire de l’urbanisation du 20e siècle et de la société de consommation : l’american way of life fait rentrer dans la légende le pavillon de banlieue, synonyme d’indépendance, de jardin, de confort, de propriété.

Ce mode d’habitation s’est développé parallèlement à la démocratisation de l’automobile (THE transport individualisé). Parce que la nouvelle bourgeoisie habite dans les suburbs (en distinction des centre-villes populaires) grâce à l’auto, elle doit de doter d’un lieu où la ranger. Initialement indépendant de la maison, le garage va progressivement se coller à l’habitation afin de symboliser le lien qui unit les gens à leur voiture.

Au fur et à mesure, on intègre le garage aux maisons. On ajoute une pièce au-dessus du garage. On la loue pour rembourser son crédit, on l’utilise comme grenier où on la prête aux enfants pour les familiariser à l’indépendance.

Le garage devient un lieu à part, une alternative entre le foyer parental et le monde extérieur, une annexe de l’autorité : le sanctuaire de la voiture, outil d’ouverture sur le monde extérieur.

Pas étonnant dès lors que le garage soit autant lié au changement, à la transformation, il est le catalyseur entre l’ordre et le progrès. D’où le nombre fou de mythologies – savamment storytellées – de créations d’entreprises révolutionnaires ayant vu le jour dans un garage : informatique (Apple, Microsoft, HP…), ingéniérie

Le garage, c’est la déclinaison moderne de l’atelier ou de la dépendance au fond du jardin où tout se créé, façon Géo Trouvetou, Léonard ou Oncles fameux bricoleurs :

Mon oncle un fameux bricoleur faisait en amateur
Des bombes atomiques
Sans avoir jamais rien appris c’était un vrai génie
Question travaux pratiques
Il s’enfermait toute la journée au fond de son atelier
Pour faire des expériences
Et le soir il rentrait chez nous et nous mettait en transe
En nous racontant tout…
Boris Vian, La java des bombes atomiques

On croise également le mythe du garage au cinéma : Doc de Retour vers le futur y invente sa machine, Kevin Spacey dans American Beauty s’y reforge une nouvelle jeunesse et découvre l’homosexualité…

Mon oncle un fameux bricoleur faisait en amateur
Des bombes atomiques
Sans avoir jamais rien appris c’était un vrai génie
Question travaux pratiques
Il s’enfermait toute la journée au fond de son atelier
Pour faire des expériences
Et le soir il rentrait chez nous et nous mettait en transe
En nous racontant tout

Le garage, c’est un lieu de transgression : on y fait les premières boums (cf. Sophie Marceau ou Franck Dubosc), on y fait les sottises propres à l’adolescence, on y hurle des refrains pré-punks… Un style musical baptisé Garage Rock, caractérisé par un son sale, enregistré en amateur.

Ce style d’enregistrement subsiste encore de nos jours : le logiciel Garage Band symbolise à lui seul les premiers enregistrements maison.

En bref, le garage témoigne de l’évolution de la société et des cultures adolescentes, il cristallise les alternatives et les idéaux jeunes, il est le lieu de transit vers le monde extérieur…

Tout un programme… Avez-vous d’autres images du garage en tête?

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7 Responses

  1. Alex' dit :

    “Kevin Spacey dans American Beauty s’y reforge une nouvelle jeunesse et découvre l’homosexualité”

    Pas vu le film depuis un bail, alors je peux me gourrer mais… c’est pas plutôt ce que le père du gosse un poil borderline croit, et la raison pour laquelle il finit par buter Kevin Spicey – à torts ?
    Il croit avoir vu son gamin faire une gâterie à Spicey (alors que celui-ci se faisait en fait refiler de l’herbe) par une malencontreuse illusion d’optique.

    Tandis que pendant ce temps, le bon Kevin profite de sa nouvelle vie et phantasme sur la copine de sa fille.

    • Jean dit :

      Le sexe avec la fille n’est qu’un prétexte pour faire allusion aux troubles de sa sexualité et à ses désirs de jeunesse… Les scènes de nus, la musculature, la scène de baiser présentée comme un “accident” ou un test de la part du nazi placardisé (que le refoulement pousse au suicide), je les trouve très gay..

  2. Alex' dit :

    Hum… mon dernier visionnage du film ne doit vraiment plus être assez frais – ‘faudrait que je revois ces scènes en particulier (dont je n’ai pas le souvenir qu’elles soient si marquées; mais c’est fort probable :).

  3. Fabien dit :

    Tu l’évoque dans ton article mais je trouve que le garage est aussi le lieu où l’on bricole, et c’est important dans le mythe de la contre-culture. En effet, les bricoleurs capables de réparer, de modifier ou de créer des objets incarnes aujourd’hui les rebelles face au jetable, aux objets rendus obsolètes par une version plus récentes malgré leur état de bon fonctionnement ou aux productions standardisées. Dans ce sens, le garage est le lieu de la reprise du pouvoir, de l’affirmation de la capacité qu’a chacun de créer, de se passer d’un mode de consommation excessif, de personnaliser ses objets, tant de valeurs qui ont la cote en ce moment.
    Dans le sens de l’ouverture sur le monde extérieur, un cliché fait du garage le lieu où le savoir se transmet aux garçons avant qu’ils ne quittent le nid. Les Pinewood Derby en sont une des représentations, les enfants apprenant à créer une voiture (encore elle) de leur propres mains, en profitant de l’expérience de leur père. Puis vient la première véritable voiture que le fils apprend à réparer et entretenir avec les conseils avisés de son père. Le garage devient le lieu d’une initiation indispensable au passage du statut d’enfant à celui d’homme.

    • Jean dit :

      Je suis totalement d’accord avec toi ! Le garage, c’est là que ça se passe ! Initiation virile (sans sous-entendu), révolution green… Dommage pour ceux qui habitent en appartement…

  4. Fabien dit :

    Tu l’évoque dans ton article mais je trouve que le garage est aussi le lieu où l’on bricole, et c’est important dans le mythe de la contre-culture. En effet, les bricoleurs capables de réparer, de modifier ou de créer des objets incarnes aujourd’hui les rebelles face au jetable, aux objets rendus obsolètes par une version plus récentes malgré leur état de bon fonctionnement ou aux productions standardisées. Dans ce sens, le garage est le lieu de la reprise du pouvoir, de l’affirmation de la capacité qu’a chacun de créer, de se passer d’un mode de consommation excessif, de personnaliser ses objets, tant de valeurs qui ont la cote en ce moment.
    Dans le sens de l’ouverture sur le monde extérieur, un cliché fait du garage le lieu où le savoir se transmet aux garçons avant qu’ils ne quittent le nid. Les Pinewood Derby en sont une des représentations, les enfants apprenant à créer une voiture (encore elle) de leurs propres mains, en profitant de l’expérience de leur père. Puis vient la première véritable voiture que le fils apprend à réparer et entretenir grâce aux conseils avisés de son père. Le garage devient le lieu d’une initiation indispensable au passage du statut d’enfant à celui d’homme.

  5. Fabien dit :

    Et désolé pour le double post…

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