Rien ne va plus dans la famille EDF. L’ouverture du capital de la grande maison française provoque depuis quelques années des changements en rafale : nouveaux dirigeants, nouvelles identités visuelles, nouveaux modes opératoires…
Le dernier couac (ou plutôt l’avant-dernier si l’on compte l’affaire Proglio), c’est le divorce (symbolique) entre EDF et RTE (Réseau de Transport d’Electricité), l’exploitant des réseaux électriques.
Cela a commencé par une rupture visuelle. Alors que les deux sociétés étaient auparavant affiliées…
… on ne retrouve désormais plus grand chose (sinon un certain désir de modernité) qui les unit
On a également vu des annonces presses faisant la pub de chacune des deux entités…
Intéressant pour les marchés, pour les RH ou pour l’interne mais franchement, qu’est ce que va en penser le consommateur final sinon que ça sent les complications : qui assume les responsabilités? Qui facture? Qui rembourse?…
Autant d’enjeux de communication qui devraient faire les choux gras des agences de communications dans l’avenir.
La semaine passée, une interview dans Le Monde Magazine donnait la parole à plusieurs jeunes auteurs de bande-dessinée passés derrière la caméra : Marjane Satrapi (Persepolis), Joan Sfar (Gainsbourg), Riad Satouf (Les beaux gosses)…
Chacun parlait des analogies entre BD et cinéma : récit linéaire, structure dynamique du cadrage, enchainement des plans… Ils expliquaient leurs adaptations en fonction des spécificités propre au média livre/cinéma.
Sans vous redécongeler l’adage “medium is message”, ces explications illustraient à merveille le rapport des gens aux médias. On comprenait qu’un lecteur n’a pas le même rapport au récit seul dans sa chambre en lisant une BD qu’au milieu d’une salle de ciné parmi 400 personnes. Ou que la taille d’un écran de ciné autorise des effets spectaculaires impossible sur du papier…
Cela parait évident a priori mais pour faire un parallèle avec les médias, ces préceptes ne sont pas systématiquement considérés. Un exemple troublant est l’incompétence des DA sur certaines affiches extérieures.
Avant, une affiche, c’était ça : un message, un visuel frappant, point barre.
Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir ce genre d’horreur : illisible donc inutile.
Bref… Pas la peine d’épiloguer sur la régression créative.
Marjane, Riad et Joan évoquaient également le pouvoir du hors-champ, soit ce qui se passe entre les cases (et pas DANS les cases).
La puissance et la spécificité de la BD, c’est justement de découper la page en cases reliées invisiblement par un sens de lecture (gauche/droite et haut/bas).
La magie s’opère entre les cases, lorsque l’imagination du lecteur fonctionne pour faire le lien entre les deux images.
C’est le même mécanisme qui opère dans le caché/suggéré érotique du téton de Janet Jackson, proposé comme synecdoque de la poitrine. Idem pour le pouvoir du regard en orient, seul partie visible du corps féminin (cf. fantasme de ce film publicitaire allemand pour la marque Liaison Dangereuse).
Seth Godin adapte sa vision au business et affirme – avec justesse – que le marketing, c’est comme la BD : l’action ne se déroule pas dans les cases mais en dehors des cases.
Rien ne se joue dans le supermarché mais une fois rentré à la maison devant son paquet de céréales, rien ne se joue au téléphone avec la hotline mais lorsque l’appareil tombe en panne…
Le visuel fait sauter au plafond. Annoncé ce matin dans la CB Newsletter, l’agence Plumes de Pub a réalisé la dernière campagne pour le prix de l’Amérique Marionnaud (je ne vois pas de rapport entre les parfums et les chevaux ailleurs que dans une mauvaise blague ayant trait au crottin…).
Un des visuels frappe particulièrement : il utilise un ours blanc.
Je ne sais pas par quel miracle les commerciaux de l’agence ont réussi à refourguer une horreur pareille, mais ils ne doivent pas trop sortir de chez eux…
Comme le grand public, mes derniers rapports avec les ours blanc, c’était plutôt ça :
Ou ça :
Sans parler du sommet de Copenhague où le Ice Bear Project WWF était l’ambient le plus remarquable…
Bien sûr, il y a toujours eu des marques qui utilisaient les ours, notamment pour illustrer la fraicheur, façon Coca-Cola :
Ou Halls :
Evidemment, il y a également des marques qui greenwashait de bon coeur, façon Jeep :
En tout cas, Marionnaud fait vraiment très fort en dépassant le greenwashing (ringard) pour créer le dumbwashing, soit utiliser une espèce en voie de disparition pour le plaisir… On a rarement de si jolis fails…