
Ce titre pourrait paraitre absurde : une relation commerciale n’a de sens que dans le lien unissant une marque et des agents économiques.
Pourtant, quelques irréductibles parviennent à bâtir des succès sur une approche totalement déconnectée de leur première source de revenus : leurs clients.
Ferran Adria, célèbre restaurateur catalan propriétaire de l’établissement El Bulli, est mondialement connu pour une double singularité : sa cuisine et son marketing.
Son restaurant n’est ouvert que 7 mois par an, 2 heures de trajet chaotique sont nécessaires pour rejoindre l’endroit, il n’accepte que 50 000 clients sur les 2 millions de demandes de réservations, la taille de son staff semble disproportionnée et… le prix de ses menu est presque raisonnable (environ 200 euros).
Récemment, un groupe de travail de jeunes marketeurs de Harvard s’est penché sur le cas El Bulli qui défie les lois de la logique économique. Tout bon cost-killer rapatrierait le restaurant à Madrid en augmentant le nombre des couverts, facturerait les menus 600 euros, optimiserait la supply-chain et resterait ouvert toute l’année…
Qu’est ce qui pousse Ferran Adria à raisonner de manière aussi peu rationnelle ?
Selon Michael Norton, le professeur à l’origine du projet d’étude, l’approche d’El Bulli démontre à la sphère économique que le marketing n’est pas forcément une discipline mais peut-être envisagé comme un art. La notoriété d’El Bulli perdrait de son lustre si le chef industrialisait son marketing.
C’est l’occasion d’y voir un lien avec le formidable texte de Walter Benjamin L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique dans lequel il développe sa thèse selon laquelle les méthodes de reproduction technique (appareil photo, cinéma, télévision, etc…) ont profondément bouleversé le statut de l’oeuvre d’art : auparavant riches d’une aura concomitantes à leur caractère unique, désormais accessible à tous grâce aux outils de reproduction.
Finalement, ce que Ferran Adria souhaite conserver, c’est son aura, ie. sa capacité à rester rare, unique, difficilement accessible, célèbre (et célébré) par et pour son absence.
Sur les bienfaits de la méditation créative, je vous recommande cette vidéo TED où le graphiste Stefan Sagmeister décrit son système sabbatique :
Source : Harvard Business School
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Difficile de passer à côté d’un post qui vante les mérites de l’art, du temps dans la création! J’avais déjà vu ce discours du très bon graphiste stephan seigmaster… c’est à rapprocher avec la sérendipidité qui est l’art de trouver en cherchant ce que l’on n’as pas trouvé (je crois que ceci n’en est pas la meilleure définition: cf. anciens post et wiki!) où l’art de prendre des vacances alors que l’on a trop de boulot, de continuer à faire des recherches personnelles complètement folles et antilucrative alors que le monde va de plus en plus vite (ce que j’ai toujours fait!)… J’adore cet état d’esprit car il est l’âme et le garant d’une réflexion créative de qualité.
M’enfin ne pas oublier que El Bulli c’est aussi plein de bouquin plutôt volumineux, de produits dérivés et d’agents alimentaires spéciaux et géniaux! Ferràn Adrià à fait de son Design Culinaire révolutionnaire un concept déclinable sur différent support et gère une autre industrie à côté… Et puis il y a aussi son obscur arrêt en 2012 (?fin du monde oblige?): La baraka ne fonctionnerait-elle plus aussi bien ou alors comble du sublime: les meilleures choses ont une fin!
Programmer l’éventualité d’une fin du restaurant renforce le mythe !
Si tu veux creuser sur la notion de sérendipité, je te conseille ce post sur la colligation (art de savoir exploiter les trouvaille sérendipiteuses) : http://lestorytelling.com/blog/2010/01/04/la-colligation-12-l%E2%80%99art-d%E2%80%99apprendre-a-penser-hors-cadre/
well done!
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