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Zappeurs, consommateurs ou paumés : la génération Y est une erreur fondamentale d’attribution

Les informations circulant sur le compte de la génération Y manquent de variété. Et pour cause, la majorité de ses descriptions émane des mêmes sources.

L’objet de cette note n’est pas de remettre en question le concept de génération. Ce découpage statistique est un repère symbolique, peu importe son exactitude.

Qu’on se retrouve ou pas dans les descriptions de la génération Y, on ne peut nier quelques ruptures générationnelles flagrantes : le manque de confiance vis à vis des institutions (introduit par la génération X), une tendance au zapping et au rejet de l’engagement, une forme de spleen accentué par la conjoncture économique, etc.

D’accord ou pas d’accord, on ne peut être assez aveugle pour douter des incidences engendrée sur les agents d’une société par le fait d’être né à l’époque du mobile, de l’ordinateur ou des mamans travailleuses, sans le mur de Berlin.

L’abondante littérature sur la génération Y offre un piédestal de qualité à l’analyse d’un biais cognitif génial dont on a déjà parlé : l’erreur fondamentale d’attribution.

Le récent sujet des Inrocks ou les tribunes dans les journaux ressassent les mêmes interrogations : comment leur parler? Quels idéals embrassent-ils? A quoi les reconnaître? A quoi nous répondons par d’autres questions :

  1. Comment raisonnablement analyser la situation actuelle à l’aune de référents dépassés? Outre le biais téléologique grossier, cela reviendrait à se moquer des vieilles personnes économes après avoir connu la guerre ou juger idiot l’usage intensif de la cigarette dans les années 50…
  2. La génération Y est la fille de la génération X. Elle même fille de la génération précédente. Il est étonnant de constater à quel point nos géniteurs semblent insatisfaits de leur procréation. Sont-ils insatisfaits de leurs rejetons? Ont-ils le sentiment d’avoir créé des monstres? Ont-ils la mémoire assez courte pour ne pas se souvenir de leur désir d’émancipation de leur propre cellule familiale?
  3. Les entreprises se plaignent du manque d’engagement de la gén Y, pour recruter comme pour consommer. Que font-ils pour nous engager? Ne sont-ils pas responsables de nos comportements de zapping ? Ne nous ont-ils pas appris à consommer?

La naïveté des producteurs de contenus est riche d’enseignement : perdons l’habitude de stigmatiser un comportement fruit d’une situation dont nous sommes responsables. Autrement dit, arrêtons une bonne fois pour toute de sous-estimer les causes situationnelles au profit des causes dispositionnelles.

Dans son intervention à Lift2012, la chercheuse Stefana Broadbent pointe la mauvaise foi des ré(d)acs accusant la technologie de désocialiser les gens. Elle montre que la dé-socialisation est le fruit d’une politique urbaine pavillonnaire et que la technologie a plutôt tendance à recréer du social. Pas le même que celui que nos aïeux ont connu mais du social quand même.

Il n’est pas un architecte qui ne puisse vous expliquer que notre environnement spatial influe profondément sur nos comportements. Aussi, les thuriféraires de la génération Y feraient sans doute mieux de se regarder le nombril avant de projeter sur leurs cadets tous les maux d’une société dont ils sont les signataires.

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9 Comments

  1. Will

    “Les entreprises se plaignent du manque d’engagement de la gén Y, pour recruter comme pour consommer. Que font-ils pour nous engager? ”

    J’ai bien ris car la Gen Y a souvent voyagé à l’étranger parle 2 voir 3 langues, a étudié jusqu’à BAC+5 et possède des connaissances plus techniques que jamais, tout ça pour se voir proposer du travail dérégulé et payé au rabais. L’engagement ça passe aussi par là…

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    • Oui absolument, le décalage qui règne entre les perspectives offertes par les entreprises et les attentes/aspitations des Y sont souvent décalées… Pas de panique toutefois, la quantité de seniors en partance pour la retraite nous donnera plus tôt que prévu l’occasion de dessiner les entreprises à notre image… Ce n’est qu’une question de temps.

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  2. Julien V.

    Je trouve aussi que la génération Y a d’autres qualités et repères que la génération précédente. Etre élevé dans la consommation, l’innovation technologique, la méfiance de la politique, les flux de données et l’émergence du développement durable, donne des individus certes impatients et fuyant l’engagement, mais curieux, mobiles, ouverts, et hyper connectés. Je suis d’accord que comparer cette génération aux précédentes dans leur contexte n’est pas vraiment effrayant.

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    • D’accord sur les qualités et les défauts de la genY.
      Je ne la critiquais pas, je cherchais juste à dédiaboliser les critiques dont elle fait l’objet.

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  3. Pingback: L’erreur fondamentale d’attribution comme grille de lecture au quotidien « Notre Lien Quotidien

  4. Pingback: La publicité créative serait plus efficace. Qu’est ce que la créativité? Qu’est-ce que l’efficacité? « Notre Lien Quotidien

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