Innovation, Médias

De l’exigence du transmedia et l’absurdité des "programmes de communication" : pourquoi le futur de la pub ne s’écrira pas comme un roman

Hier, lors de Google Think Branding, Matthieu de Lesseux, patron de DDB France, enterrait en présence de ses coreligionnaires la campagne de pub au bénéfice du programme de communication. Depuis plusieurs années, le panorama des canaux de communication s’élargissant, les moyens de rentrer en contact avec les gens sont plus variés et mécaniquement moins puissants.

Sous l’impulsion de leaders d’opinions, les agences de pub se rebaptisent petit à petit agences de marketing conversationnel, agences 365 (le retour en arrière de TBWA constitue un contre-exemple assez inquiétant/rassurant au choix) ou agences digitales pour les plus flemmardes.

Le programme de communication est le pendant actuel des campagnes de pub. Les gens étant connectés à haute dose, il n’y a aucun raison de ne pas leur parler (on leur répond moins souvent) anytime anywhere anyhow. Le programme désigne un flux de parole permanent.

Étymologiquement, il traduit assez parfaitement le malaise des agences de pub. Selon le TLF, un programme désigne l’ensemble des actions qu’on se propose d’accomplir dans un but déterminé; p.méton., la réalisation de ces actions. Pour le dialogue on repassera l’année prochaine donc.

Au-delà de la bisbille sémantique, le programme trahit l’arrogance publicitaire qui croit que les gens sont intéressés par les marques. C’est faux. On ne le répétera jamais assez.

Le programme est un puzzle chronologique qui fait sens lorsque ses parties forment un tout. Un peu comme les chapitres d’un roman.

C’est la réponse la plus inadaptée à la situation de consommation médiatique : délinéarisée, erratique, multitask et irrégulièrement attentive.

Le programme de communication s’apparente davantage au transmedia ou la somme d’expériences consécutives participent à créer un tout. A l’exception que le transmedia est une approche tellement engageante qu’il n’y sans doute pas 10 marques sur terre dont les initiatives parviendraient à réunir 100 personnes.

Non seulement le programme de communication est une réponse inadéquate mais elle est impertinente pour les marques qui doivent s’efforcer de pulvériser des messages compris indépendamment ou dans un ensemble sans réclamer une attention monstrueuse.

Le programme cristallise plusieurs biais humains mais surtout le mauvais penchant des agences de pub à vendre ce qu’elles croient par nombrilisme et fainéantise plutôt que ce qui intéresse les gens. Le malaise est général, il n’est pas trop tard pour prendre la défense des gens.

Ils font déjà bien ce qu’ils veulent de tout manière…

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Innovation

Le ressac technologique : quand les machines Nespresso nous raconte le règne sarkozien

Dans le tourbillon permanent de l’innovation technique (conférant parfois de l’injonction), il y a peu de place pour le ressac technologique.

Ce phénomène désigne l’abandon d’une technologie récente au bénéfice d’une plus ancienne mais éprouvée.

Nous avons tous en tête l’image d’une vieille calculette qui traîne sur les bureaux ou de la cafetière filtre ayant repris ses droits sur la Nespresso, récemment délaissée.

Tout comme il existe plusieurs formes de ressacs (du rejet temporaire à l’abandon total en passant par la cohabitation), il n’y pas une mais plusieurs explications du phénomène : l’innovation ne tient pas ses promesses, on se rend compte que l’outil substitué n’était finalement pas si mal, la nouveauté génère un corollaire inattendu, l’environnement change, la tendance s’inverse

Comment expliquer le retour en grâce de certains titres papier, des cartes postales ou des agences de voyage brick and mortar?

Le progrès n’est pas toujours là où on l’attend. Derrière la beauté efficace d’une machine Nespresso, il y a des règles anti-concurrence d’un autre âge, une vision environnementale catastrophique, un reliquat statutaire suranné.

Les métiers du marketing et de la com sont pourtant bien placés pour en témoigner : le progrès est populaire. Il n’est pas de succès sans pertinence, sans affordance, sans plébiscite. Si le digital a bien amplifié un phénomène, c’est celui de la route bottom-up de l’innovation.

Le progrès vient d’en bas, pas d’en haut.

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Humeur, Publicité

Le cas Zevs : qu’entend-on par "mauvaise" publicité ?

C’est un court article de L’Express sur le procès de l’artiste Zevs qui interroge toute la notion de "publicité".

Étymologiquement, il s’agit de rendre public quelque chose, ni plus, ni moins.

Le temps, la pédagogie, le business et le "professionnalisme" aidant, les publicitaires ont réussi à prouver par A+B que la publicité devait être si possible gratifiante pour une marque. A travers des contenus télévisés, papier, web – blablabla – on injecte de la substance à une marque pour la rendre sympathique aux yeux des gens en vue de la faire préférer.

Certains affirment que la pub est le miroir de notre société. De fait, elle n’hésite pas à s’inspirer des éléments culturels contemporains pour susciter l’adhésion : people, films, musique…

De fait, pourquoi faudrait-il condamner les artistes, les antipubs ou les situationnistes qui détournent la pub? Le concept sous-jacent du brand jacking ressemble pourtant à ce que bon nombre de marketeurs se tuent à vendre à leurs clients : une marque qui engage les gens, des clients qui se (ré)approprient des éléments, etc.

La frontière entre l’officiel et le off semble essentiellement légale, le résultat est franchement le même.

Qui disait que l’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage?

Entre la bonne et la mauvaise pub, la ligne de démarcation est arbitraire. Je me demande si les vindictes engagées ne résonnent pas comme de la jalousie de la part des marques ou créatifs…

Voici une vidéo de l’artiste :

Source : L’Express

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