Médias

Arrêtons une bonne fois pour toute de confondre la forme et la fonction des médias de masse

Nous avons beau vivre une des plus grandes révolutions techniques de l’histoire, quelques archaïsmes étonnants se glissent parfois dans les discours entendus en agence.

Figure de proue : le débat très creux entre médias de masse et médias de niche.

Un média de masse qualifie un média doté d’un gros reach. Cette définition date des années 20. A l’époque, il n’y avait guère que la radio (et encore) ou quelques titres de presse (Hearst and co) pour inspirer cette expression à Marshall McLuhan. Le développement de la radio puis de la télévision ont confirmé ses intuitions. La puissance de ces nouveaux médias (autant en couverture qu’en syndication dans un paysage médiatique ultra-atomisé) est massive, c’est une révolution, on peut s’adresser à des nations entières simultanément – pour le meilleur comme pour le pire – c’est un peu magique.

Aujourd’hui, si tout est média de masse, l’idiome mass medias n’a rien perdu de son pouvoir magique. Les gens confondent définition et usage. Un média de masse ne s’utilise pas forcément de manière massive (joli exemple de pouvoir cratyléen). On peut faire de la dentelle avec de la télé (ciblage sur des thématiques précises, par émission, par tranche…voir notre veille sur le sujet ci-dessous) ou napalmiser au mailing (le spam demeure le channel au meilleur ROI).

La distinction entre médias de masse et médias de niche est obsolète.  Elle désigne des attributs, pas des fonctions.

Gardez les pour vos soirées à thème école de Francfort.

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Marketing

Dans la civilisation du présent, les lovebrands ne peuvent avoir de vision

Lovemarks, love marques et autres love brands (ces expressions sont déposées la plupart du temps) font le quotidien des marketeux. Désignant le pouvoir d’une marque à séduire les gens par le prisme mythique de l’amour (forcément un peu dangereux puisqu’il conduit les agents économiques à prendre des décisions irrationnelles, ex. payer plus cher pour un produit équivalent), devenir une love marque est une ambition caressée par de nombreux directeurs marketing.

En travaillant brièvement sur le gender marketing*, nous avons eu l’occasion de faire furtivement allusion aux thèses de l’école de Francfort, notamment au point de vue de Marcuse sur les risques de la répression du désir. Avec beaucoup d’autres, ses textes firent écho dans les années 60-70 au moment de la libération sexuelle. Marcuse apporte un éclairage inspirant sur les changements de repères temporels de notre civilisation, passée d’un axe passé/avenir (la tradition et l’avenir) à celui du présent (la jouissance immédiate).

Virtuel mon amour de Serge Tisseron donne une explication très complémentaire de cette idée : les écrans participent également de notre focalisation sur le présent. Les connaissances et les informations s’y affichent plus vite, se zappent, se superposent. Le mode d’appréhension de la connaissance du livre-codex semble loin.

Ce double éclairage (on pourrait en citer des centaines d’autres) sur notre obsession pour la jouissance immédiate pose la question de la projection dans l’avenir.

Les love marques sont-elles le réceptacle des projections fantasmatiques de marketeurs bien ancrés dans leur époque ou le fruit de dizaines d’années d’injonctions à la consommation hic et nunc? Avec ou sans love, les marques peuvent-elles encore se projeter dans l’avenir?

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