Marketing

Quel message envoie le procès Apple/Samsung? Tout sauf de l’attention à ce qui intéresse les gens.

Le combat qui oppose Apple et Samsung dans le premier procès du siècle offre un piteux spectacle, à coup d’accusations en tous genres, d’interdictions de lancements de produits ou de campagnes de pub diffamatoires.

Ce combat de titans a des sérieux airs de combat de coq. Si les arguments des deux parties ne manquent pas de poids, le message envoyé au public n’a rien de très positif. On nage en plein Kramer contre Kramer, où les deux responsables du foyer se battent au détriment des enfants. Certes, Samsung et Apple n’ont jamais été vraiment drivé par ce que les gens pouvaient penser d’elles. On se souvient de cette phrase emblématique de Jobs :

"Il est très difficile de designer un produit à travers des focus groups. La plupart du temps, les gens ne savent pas ce qu’ils veulent avant que vous leur ayez montré…"

Si l’autocentrisme de Jobs lui a plusieurs fois donné raison d’un point de vue business, le public se moque de ces bisbilles entre géants plus riches les uns que les autres. En pleine récession, cette affaire a quelque chose d’obscène. Rien de tel pour attiser le sentiment de défiance des gens vis-à-vis des marques.

On pourrait également évoquer la bataille philosophique qui se joue derrière cette chicane. Sorte de baie des cochons assaisonnée au 21e siècle, le litige Apple contre Samsung sanctionne deux visions du monde différentes où les définitions de la propriété industrielle et intellectuelle sont fort différentes. On n’a sans doute pas fini d’en entendre parler compte tenu de la montée en puissance de l’économie asiatique.

Néanmoins, au-delà de cette différence culturelle, les deux marques méritent un zéro pointé pour leur propre marketing. Le modèle ouvert qu’elles prétendent soutenir via leurs app-stores alimentés par des développeurs tiers aura désormais des airs d’alibi cachant une réalité bien plus pragmatique. Samsung comme Apple n’ont rien d’ouvertes, elles exploitent juste la créativité des autres à leur profit, sans belle histoire à raconter.

On s’en doutait un peu mais faire acte de contrition de manière aussi assumée manque cruellement de poésie…

N’oublions pas que :

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Insights, Médias

Les souvenirs ne sont pas fiables et la mémorisation n’a plus aucun sens : que veut prosécogénie aujourd’hui?

Comme un pavé supplémentaire dans la marre des instituts : cet article de l’omniprésent Jonah Lehrer fait état des risques de trop compter sur notre mémoire.

L’examen de témoignages produits lors de procès montre que nos souvenirs, lorsqu’ils sont convoqués trop fréquemment, peuvent s’emmêler les pinceaux : 75% des inculpations américaines erronées reposent sur des témoignages oculaires.

C’est pour cette raison que certains préfèrent les flash focus ou qu’autres privilégient les sondages instantanés par téléphone (IPSOS s’en gargarise dans le dernier Challenges) : le premier souvenir d’un évènement est souvent le plus fiable.

Par extension, il y a de quoi remettre en question l’intérêt des enquêtes de perception ou des post-tests vendus aux annonceurs/agences…

On comprend aussi mieux l’intérêt du test de la secrétaire, dont l’intérêt réside moins dans l’analyse de la réception d’un message par la ménagère type que dans sa rapidité de compréhension.

Si la mémoire n’aime pas la complexité, on peut émettre l’hypothèse que la mémorisation nécessite des messages simples.

Ce qui justifie, au dépend de tous, l’emploi d’approches behavioristes et passéistes (répétition, notoriété, prosécogénie…). L’esprit humain ne pousse pas toujours à la prise de risque et à l’innovation. Adopter une approche bottom-up au service des gens, gérer plusieurs cibles simultanément requiert un effort.

Au nom de la nature physiologique de l’homme (je vous invite à relire cette colonne de Jon Steel), l’économie de l’attention ne devrait pas reproduire sottement la logique média en place. Le lancement du GRP par Google (répondant à une pratique empirique éprouvée de longue date en agences médias) ou les standards actuels de mesure de l’efficacité média (totalement calquée sur l’avant digital) ne font pas avancer les choses.

Les marques qui s’en sortent le mieux (des points de vue du business et de la reconnaissance des gens) sont celles qui prennent le plus de risques, osent se planter (où on reparle de la règle des 70/20/10 de Coke) et bousculent le statu quo. Même Procter s’y met.

Le mode de fonctionnement de la mémoire ne devrait plus travestir les stratégies des marques. D’ailleurs, à quoi correspond la mémoire aujourd’hui? Voici deux éléments de réponse, par Amber Case et Michel Serres.

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