Humeur

A propos du WTF : Si le sens des likes sur les réseaux sociaux est aussi creux, c’est qu’il ne demande qu’à d’être comblé

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Dans le monde remodelé par les Facebook likes, les petits coeurs d’Instagram et les +1 de Google, l’humanité aime uniformément. On ne prouve son amour que par un clic. L’amour n’a aucune intensité, il est réduit à une dichotomie binaire. J’aime vs. rien.

Les variations, les nuances, les couleurs, les tonalités et même les degrés ont disparu. Il n’y a pas de demi-mesure. La machine comprend mal.

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Navrant n’est-ce pas? C’est pourtant ce qu’on entend la plupart du temps chez les journalistes qui n’ont pas encore fait le deuil du monde analogique. Bernés par les effets de diligence et le skeuomorphisme, ils ne voient pas au-delà des artefacts. Pour eux, le numérique ne fait encore que singer la vraie vie.

Le like de Facebook n’est pas ce qu’on croit. Il nous a été présenté comme un parangon des anciens modes de signification de l’attention en vue d’en faciliter la compréhension (façon Google ayant présenté son service de social search comme le nouveau Facebook) mais décèle une richesse encore mal comprise. Le monde se cherche et trouve petit à petit sa nouvelle esthétique.

Le réseau Tweenstagram fait partie des pionniers explorant la nouvelle signification des mots. Sous ses airs de plateforme d’échange de photo, TG est un jeu dont les objectifs se remplissent en obtenant des likes. Chaque palier donne accès à des bénéfices. On ne like pas pour dire qu’on aime mais pour faire gagner ses amis. Dans TG, le sens du like n’a rien à voir avec celui qu’on connaissait. Il est un marqueur de points, pas un signe d’intérêt. Même logique d’absurdité pour cette initiative Oreo.

La logique WTF incarne une mutation du sens.

De la même manière que l’esthétique digitale prend peu à peu son envol vis-à-vis de l’ancien monde, il en sera de même pour la sémantique.

Participons à cet effort de resignification des objets digitaux, le sens est une friche qui nous appartient.

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Innovation, Marketing

Les start-ups et le cool : quelles leçons à retenir des groupes indies?

L’introduction en bourse de Facebook fait jaser, tout comme le rachat d’Instagram ou les levées de fond actuelles (Spotify, Pinterest… même Quora s’offre un tour de table).

Si la Valley se pique désormais de projets industriels (énergie, transports…), la hype dont jouit le social donne à penser – corrigez-moi si je me trompe – que le seul objectif de ces sociétés est de devenir populaire.

Une fois engagées dans cette voie, la plupart des sociétés signent leur arrêt de mort : créditées par le cool le temps d’un claquement de doigts, leur succès éclair les condamne à une obsolescence rapide. C’est l’histoire des Myspace et consort.

Contrairement à bien d’autres univers, les start-ups ne considèrent pas le cool comme un stock mais comme un flux. Le cool est un tremplin qui conduit au mainstream. Deux phrases du film The Social Network en témoignent :

  1. Zuckerberg évoque avec un camarade le caractère inestimable du cool de son premier site de notation d’étudiantes,
  2. Sean Parker à Zuckerberg : you know what’s cool? Not a million dollars. A billion dollars (à 1’27" du trailer ci-dessous)

L’emploi d’une chanson de Radiohead – saint patron des groupes indie devenues mainstream – pour le trailer n’est sans doute pas un hasard

Les start-ups se foutent du cool. A quelques exceptions près, elles en usent et abusent le temps d’être connues et se plient ensuite aux exigences des fonds en vue d’une levée de fonds voire d’un rachat (cf. cet étonnant centre de rehab pour mauvais projets).

Dans les années 80/90, le mouvement indie revendiquait son caractère anti-commercial. Contrairement aux start-up à la mode, le top du cool consistait à s’autofinancer et s’enregistrer dans un garage. Le cool était considéré comme un stock, pas un flux, un capital à entretenir précieusement à coup de t-shirts troués, de soirées clandestines et d’histoires d’amour tourmentées.

Si la crédibilité indie a fini par s’éroder (certains groupes étant devenus commerciaux…), elle incarne le changement de statut du cool chez les start-ups. De stock à flux.

Dans la musique comme dans le web, tous les groupes ne devraient pas chercher à devenir mainstream. Leur force, c’est leur indépendance, leur petite communauté (on verra qui sera encore sur Instagram l’année prochaine quand Tata Jacqueline l’aura utilisé en masse cet été sur son wall).

On ne devrait pas faire l’amalgame entre social, démocratique et populaire. On ne doit pas plaire à tout le monde.

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Innovation

Qui doit décider du bon goût ? De l’absence de poésie des algorithmes

Le sujet de la poésie au quotidien est inépuisable (souvenir). Le dernier post de Neil Perkin évoque une dimension effrayante de l’intelligence artificielle : la curation automatisée.

Instagram recommande ses images préférées (les affichant en page d’accueil façon trending topic) à l’aide d’un algorithme sibyllin (le ratio du nombre de like par nombre de follower + le nombre de like par rapidité de scoring). L’humain vote, la machine exécute. Ce qui plait = ce qui est populaire. Jusqu’ici rien de nouveau.

On en revient à cette dispute vieille comme le monde. Le goût doit-il être dicté par la plèbe ou par une instance tierce? C’est Arte vs. TF1.

Pendant ce temps, dans le domaine du search, Google affine de plus en plus nos recherches. Les critiques sur les risques de disparition de la sérendipité et des filter bubbles ne manquent pas non plus :

Pourtant, entre Instagram et Google, il y a une nuance.

Outre les différences de fonctionnement des deux algorithmes (Instagram 100% social, Google page rank + un peu de social) la précision algorithmique choque peu chez Google. Au contraire, elle améliore mon expérience en apportant une réponse précise à une requête précise.

Dans le domaine de l’esthétique, c’est plus perturbant. Populiste ou mécanique (façon Amazon ou Netflix), la beauté se décide-t-elle automatiquement? Le bon goût est-il affaire de quants?

Cette vision de l’art est flippante.

L’art est surprise et transgression, pas le reflet d’une conformité populaire. Les coups de coeur et heureux incidents ne seront plus jamais les mêmes (cette observation explique probablement le succès de Chatroulette qui réinjectant un peu de surprise dans nos quotidiens).

A moins que…

Donnons le dernier mot à Nietzsche :

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