Je ne sais trop quoi penser de cette initiative Pathé rapportée par l’Oeil de Laser.
D’un côté, on ne peut pas reprocher aux exploitants de salles de cinéma de profiter de l’excellente dynamique du cinéma en France. Malgré un premier trimestre 2013 maussade, cela fait plus de 10 ans que la fréquentation des salles hexagonales augmente graduellement. La mise en place d’une offre premium est compréhensible, d’autant plus que comme pour la plupart des business d’infrastructures, ce sont les services/produits additionnels qui font vivre (les bonbons au cinéma, les sandwiches dans les stations-service).
Il n’empêche.
La magie du cinéma à ce point commun avec le jeu vidéo de proposer un espace de démocratie parfaite. Quel que soit le mode de paiement de sa place de cinéma, ses habitudes, son ancienneté dans un réseau, nous sommes égaux face à l’obtention des bonnes ou des mauvaises places d’une salle. Riches, pauvres, blancs, noirs, jaunes, verts, hétéros, gays, cathos, juifs, diplômés, taulards.
L’obscurité des séances de cinéma renforce cette expérience d’espace à part où tout est possible. Le cinéma est une séance de saturnales durant laquelle chacun devient tour à tout héros, salaud, amant éploré ou ovni attachant.
Pas sûr que la magie perdure si la logique aristocratique de l’opéra s’incruste au cinéma.
Cet article un peu facile était en gestation depuis longtemps. Bonne nouvelle : grâce à l’excellente contribution d’amis lecteurs, cette note se décomposera en deux articles.
Rien de plus facile que de tacler une pub. Aussi, pour rendre à César ce qui est à César, voici une sélection de 10 films particulièrement bien écrits. Tout est texte. Hommage aux littérateurs.
1. L’espèce en danger par Forza Motorsport 4 : déniché par Alexandre, ce bijou d’intelligence aux antipodes des Toyota ou Dodge (qui malgré leur intelligibilité, sont à côté de la plaque) offre une promenade très perspicace dans le monde du jeu vidéo. La voix de Jeremy Clarkson est une cerise sur le gâteau.
2. Imported from Detroit par Chrysler : on ne présente plus ce chef d’oeuvre au service d’un insight qui a coûté cher à la windy city. Luxe = voitures étrangères. C’est l’ambition de ce film : redonner du lustre au made in US.
3. Le jeune par La Poste : beaucoup d’humour pour un film pensé pour les parents ouvreurs de comptes jeunes. Une première à l’époque : les jeunes ne sont pas vraiment prescripteurs de leur banque auprès de leurs parents… Avant de créer un compte pour les jeunes, nous les avons observé. Eh oui…
4. Kinect effect par Microsoft : outre un choix musical totalement approprié, ce film consacre le changement de posture de Microsoft, depuis le géant fermé au géant ouvert. Laissons les gens faire ce qu’ils veulent, tout est question d’usages.
5. Redéfinissons les standards par AXA : facile mais bien trouvé. Une promesse qui pêche malheureusement par manque de preuve… Cette vidéo donnant un nouveau coup d’envoi s’est transformée en coup dans l’eau.
6. To Michael par Playstation : joli hommage aux joueurs et belle promesse de gratification individuelle. Le dépôt d’arme aux portes de la taverne figure un autre aspect fondamental du jeu vidéo : la démocratie. Michael et la centaine d’autres joueurs vénérés possèdent le même statut aux yeux de leurs avatars.
7. After hour athletes par Puma : un ode à la jeunesse au service d’une plateforme de communication brillante, différenciante et pertinente.
8. Think different par Apple : un manifeste de marque devenu mythique. Le positionnement parfait de l’outsider, qu’on regarde tout de même aujourd’hui avec un petit rictus.
9. Point of view par The Guardian : toute une époque… Quand un journal se vantait d’offrir plusieurs points de vue il y a 20 ans, tout l’enjeu aujourd’hui est de valoriser un point de vue.
10. Litany par The Independant : la mise en mouvement très factuelle et culturellement intégrée de la promesse d’une marque. Merci Pierrine.
Je ne sais pas comment rebondir sur cette thèse de Serge Tisseron mais sa pertinence vaut le partage. Le psychiatre ayant consacré des textes aux jeux vidéo m’a littéralement ouvert les yeux.
Selon lui, le jeu vidéo est un espace d’égalité presque parfait.
Contrairement aux multiples symptômes de la violence symbolique quotidienne, le jeu vidéo abolit les âges, les compétences professionnelles ou scolaires, les niveaux de vie. Un cancre peut collaborer avec son professeur, un employé peut draguer sa patronne, un chômeur chef de guilde.
Le jeu vidéo s’inscrit à ce titre dans la longue tradition du travestissement et du carnaval, où les statuts sont sinon effacés, du moins chamboulés.
Est-ce une bonne chose? Difficile de dire. Les optimistes y voient un espoir, les pessimistes une illusion temporaire. Cette zone alternative demeure néanmoins un excellent stimulateur de créativité.