Les usages étonnants de l’appareil photo de nos smartphones

Dans la série des théories sur l’impératif de mettre le consommateur au coeur de la réflexion marketing, voici un graphique issu d’une étude internationale sur les usages populaires de l’appareil photo des smartphones.

La liste est efficacement peuplée de surprises :

  • Les choses à garder en tête en 2e position.
  • Les animaux de compagnie devant les enfants
  • Les produits qu’on veut acheter (sans doute pour partager avec amis ou proches)
  • Des selfies

Ces quatre éléments constituent quatre pièces d’un puzzle qui raconte notre époque. Où nos mémoires se transfèrent dans le cloud, où notre vie affective est dominée par les lol cats, où la consommation est un levier d’affirmation permettant de life logger nos looks à base de selfies.

Un petit moment d’archéologie technique.

La culture digitale du partage inspire-t-elle une résurgence de la pensée petite bourgeoise?

Partagée par Sylvain, la notion de social cooling inventée par Tijman Shep – penseur de la technologie – est assez fascinante.

Le social cooling est un phénomène qui désigne le fait de ne pas vouloir laisser trop de traces numériques de manière à ne pas se compromettre, a fortiori à l’heure où nos données sont – parfois – revendues à des acteurs tiers.

En réalité et de manière assez paradoxale, on manque de données sur la réalité de cette pratique. On ne connait pas dans quelle mesure les gens « font attention » à leurs traces numériques. Peu importe, les bonnes histoires n’ont souvent rien de rationnel.

Le social cooling inspire deux pensées :

  • La question des données personnelles et de l’usage qui peut en être fait suscite désormais les pires fantasmes, bien plus sophistiqués que la réalité des usages (même si certains journalistes jouent le jeu de la crainte). A croire que les citoyens inspirent les data brokers avec leurs idées noires.
  • Le social cooling est une ré-incarnation de la pensée petite bourgeoise consistant à ne pas trop partager d’information en présence d’inconnus, un peu comme on apprenait aux jeunes filles à ne pas réagir aux mots de galants. Comme le dit l’articleest-ce que cela nous ferait tant de mal un peu de retenue ?

Existe-t-il un *politiquement correct* vis-à-vis du digital?

Depuis quelques années, sous l’effet conjoint du vieillissement de la population et de la globalisation de l’économie, une frange de la pensée de droite s’est radicalisée (ce qui n’est pas sans ironie quand on connait leurs marronniers), reprochant à notre époque de « ne plus oser dire la vérité », au nom du « politiquement correct ». Emmanuel Todd, Eric Zemmour, Dieudonné, Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Thierry Ardisson… Les exemples ne manquent pas.

En bon démocrate je respecte leur point de vue, à défaut d’y adhérer. D’ailleurs le sujet de cet article ne porte pas sur les réactionnaires français mais sur les réactionnaires de la pub.

Le développement du digital produit un effet un peu similaire à celui de la globalisation sur les professionnels du marketing, divisant la profession en deux camps :

  • Ceux qui embrassent la nouveauté, comme d’autres s’emballèrent autrefois pour la machine à vapeur, la voiture automobile, ou la radiodiffusion.
  • Il y a ceux qui regrettent le bon vieux temps, qui voient Internet comme une menace.

Une fois encore, il ne s’agit pas de juger ces points de vue, chacun prêche pour sa chapelle et la vérité n’existe pas. Toutefois, et à titre personnel, je suis bien embêté de constater que bon nombre de mes idoles font désormais partie du camp des réactionnaires.

Martin Weigel, apôtre déchu de l’engagement planning, chantre d’une publicité comme on n’en fait plus, regrettant la couardise des marques, apostrophant l’absence de cohérence des marketeurs. Son dernier article sur le courage est un archétype de naïveté.

Deuxième grosse déception : Dave Trott. Dont le talent d’auteur n’a d’égal que son dégoût de la nouveauté. Après plusieurs années à nous rappeler les bases du métier avec force anecdotes, ce Cassandre génial passe désormais le plus clair de son temps à cracher sur la jeunesse, à dénigrer le présent, à regretter le futur.

Il ne s’agit pas d’être dans l’excès inverse et d’accepter sottement toutes les nouveautés du monde de marketing. Tout le monde a le droit d’avoir son point de vue, même à rebrousse chemin.

La question que je me pose, c’est comment peut-on muséifier – pour ne pas dire momifier – l’héritage publicitaire alors que son génie est né de l’innovation ? La radio, la télévision en couleur, le développement des études quali/quanti, l’apparition de nouveaux appareils de consommation de l’information.

Pourquoi le progrès pose désormais problème? Est-ce le fruit de l’époque? Est-ce la disparition des gatekeepers traditionnels qui laisse émerger ce genre d’opinions?

Vous en pensez quoi?

Quand l’économie des réseaux n’explique pas les facteurs soft de la sociologie

Point d’information intéressant : deux chercheurs travaillant sur les sites de rencontre en ligne ont mis à jour un impact de fond sur la manière de faire de se mettre en couple dans les sociétés développées.

Alors que les liens faibles jouaient autrefois un lien prépondérant dans les rencontres amoureuses, le développement des sites de rencontre accélère les rapprochements entre parfaits inconnus.

Ce phénomène pourrait conduire à l’accroissement d’unions plus stables, puisque les tourtereaux peuvent vivre leur idylle sans être influencés par le regard de leurs connaissances communes :

And there is another surprising effect. The team measure the strength of marriages by measuring the average distance between partners before and after the introduction of online dating. “Our model also predicts that marriages created in a society with online dating tend to be stronger,” they say.

Alternatives Economiques ne manque cependant pas de préciser que ce phénomène n’empêche pas l’homogamie, à savoir la compatibilité intellectuelle de groupes sociaux dont les codes sont propres à chacun.

Bref, tout ça pour dire que même sans filter bubbles, on ne peut décidément pas facilement s’extirper de son environnement socioculturel.

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #324

1. Etymologiquement, les statistiques désignent les chiffres de l’état.

2. La fenêtre d’Overton, aussi connue comme la fenêtre de discours, qualifie la « gamme d’idées que le public acceptera ».

3. L’âge moyen d’une cellule de notre corps se situe entre 7 et 10 ans.

4. La qualité de l’air sur un gros bateau de croisière est pire que celle d’une mégalopole ultra polluée.

5. Dans des bureaux, 40% des postes ne sont pas occupés pour une heure donnée.

6. Breaking Bad aurait engendré une hausse de 51% de la consommation de meth en Allemagne et 4 fois plus de tentative d’introduction de la drogue en Grande-Bretagne.

7. Cette teinte de rose change les comportements. Du moins celui de Kendall Jenner. Merci Greg

8. La règle 34 de l’internet : « Si ça existe, il y a du porno à ce sujet ».

9. L’expression être au bout du rouleau vient du théâtre, où les textes étaient autrefois enroulés sur des rouleaux. Le bout du rouleau indiquait la fin du texte, donc la fatigue.

10. L’ingratitude du boulot de producteur inspire certains à développer des signatures sonores. Voici le cas de Mike will made it (illustré à 1’04 dans la vidéo supra). Merci Luc