Un petit jeu dangereux appelé consumer centricity

Intéressant mais tragique : le dogme UX du « consommateur au centre » a tué le parti socialiste. Cet article de Jérôme Fouquet (patron de la fondation Jean Jaurès) raconte « l’étiolement du modèle républicain » et le creusement des inégalités.

Si l’on s’en tient au seul Parti socialiste, la proportion des cadres supérieurs parmi les adhérents a doublé entre 1985 et 2011 passant de 19 % à 38 %, alors que celle des ouvriers est tombée de 10 % à 3 %. « Fatalement, les sujets de préoccupation et les priorités retenues par l’appareil militant s’en trouvent progressivement modifiés ».

Dit autrement, le parti socialiste (comme la plupart des vieux partis politiques) a fini par scier la branche idéologique sur laquelle il était assis, en étant trop près des préoccupations de sa base électorale, de plus en plus au centre. Pas étonnant que les insoumis se soit installés à gauche à la place du PS, ni que la droite soit chassée vers l’extrême-droite.

Bref, la consumer centricity chère aux marketeurs digitaux a fini par saborder le PS. Comme quoi : être à l’écoute des préoccupations de ses clients c’est bien mais renier son ADN au profit de ses clients peut être fatal.

Voici l’article en question :

Une preuve solide de la pertinence de la fidélité en marketing

A good Wharton study looks deeper and sees that customer retention and loyalty is a much underrated factor in valuing these companies. Using this approach they were able to see some fragility in Blue Apron before their share price plummeted. It is interesting that we see more and more evidence that existing customers drive growth most of the industry is obsessed with the Byron Sharp view that constant acquisition of new customers is the only way to grow. As ever, it is more nuanced than that.

Je n’arrive pas à dire à quel point je suis d’accord, presque soulagé par ce point de vue publié sur le blog de Wharton, déniché dans l’excellente newsletter de Simon Andrews.

Oui les lessiviers ont de bonnes raisons de croire à Byron Sharp mais des boites dont la culture repose sur la vente directe genre Amazon ou Facebook (ou La Redoute) ne raisonne qu’en principe de fidélisation : arpu et rétention.

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, accepter la complexité, challenger les dogmes avec nuance.

Finalement le futur c’est peut-être simplement l’intelligence de la complexité.

Le gisement de croissance du côté des agences françaises

Le palmarès 2017 des champions de la croissance des Echos déniché dans Petit Web est intéressant pour comprendre le profil des entreprises françaises qui se développent le mieux depuis 2013.

Sans grande surprise, le top 10 est trusté par des entreprises technologiques, dont le modèle économique dit de start up est calibré pour la croissance rapide.

Côté agences de communication, les surprises sont de taille :

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Non seulement je n’en connaissais pas le 1/5 mais j’étais en outre très loin d’imaginer qu’elles observaient de telles croissance, même en ayant débuté petites.

Il parait qu’il y a plus de 20 000 agences de communication en France. Voici la démonstration du dynamisme de notre marché, trop souvent accusé d’être bloqué par le duopole Havas/Publicis.

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #335

1. Apocalypse Snow : 3 films cultes sur l’époque où snowboard s’appelait encore surf des neiges. Merci Fabrice

2. La lexicalisation désigne le procédé linguistique par lequel un mot emprunté du jargon ou d’une langue étrangère devienne partie intégrante d’une langue d’accueil. C’est le cas du scénario qui devient scénarios au pluriel (pas scenarii par pitié) ou plus récemment de l’ubérisation. Merci quidam d’internet

3. Le bois de Boulogne doit son nom à l’église Notre-Dame-de-Boulogne-la-Petite de Boulogne-sur-mer. Merci Anaïs

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4. La mêlée des joueurs de sports collectifs visant à décider des tactiques à mettre en place est héritée d’une pratique initialement inventée par des sportifs sourds.

5. Julien Lepers a composé les deux plus grands succès d’Herbert Leonard : pour le plaisir et amoureux fous. Merci François

6. Le code Parsons est un système simplifié de notation musicale destiné à l’indexation de mélodies. L’application Shazam fonctionne sur cette écriture.

7. Les bonnes résolutions datent des babyloniens.

8. Les sirènes du premier mercredi du mois durent toutes exactement 1 minute et 41 secondes.

9. La ménopause est un phénomène évolutionniste qui permet aux jeunes générations de prendre les devants vis-à-vis des vieilles. Seuls les humains et deux variétés de baleines y sont sujets.

10. On dit midi pétante car le jardin du palais royal héberge depuis le 18e siècle une horloge qui pète tous les jours à midi.

Des conseils pour les jeunes et moins jeunes planneurs

Quelques bons conseils de Julian Cole à destination des planneurs (débutants comme confirmés), agrémentés de citations de bonnes personnes.

On aime celui sur la pitch bitch pour travailler avec des gros bonnets, les quelques tactiques pour être écouté quand on est jeune : être madame chiffre, être monsieur singulier pour apporter quelque chose, être jean-michel je sais brancher les câbles.

Ce dernier, de Russell Davis de BETC, est la plus proche de ma philosophie de l’apprentissage en agence. Elle m’avait été elle-même transmise par mon premier patron. Il appelait ça la stratégie de l’éboueur (avec tout le respect qu’on doit aux éboueurs) : tout manger, tout accepter, tout ramasser. Monter sur les sujets dont personne ne veut. Cette philosophie ne m’a jamais quitté.

J’en profite pour proposer une espèce de conseil lu dans Ogilvy on advertising sur la manière de recruter :

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Je n’arrive pas à ne pas être d’accord avec cette manière d’envisager le talent management. Tout devrait découler de cette vision : le recrutement, le management, la manière de prendre les sujets.

La maturité professionnelle consiste aussi à savoir s’effacer.