Voir pour croire

L’incrédulité de Saint Thomas par Le Caravage

Il y a quelques jours, Bob Greenberg, patron d’une grande agence de communication, signe une colonne dans Advertising Week intitulée Seeing is believing. Il y explique comment la visualisation des données s’apprête à bouleverser l’expérience de marque et enrichir nos quotidiens. Pourquoi pas mais…

… ce point de vue est si facile et grossièrement commercial !

Venant d’une éminence de la communication mondiale, c’est décevant et inquiétant.

Que Bob Greenberg se réjouisse de la progression de sites/applications motivant par la vue la consommation responsable de carburant ou la conscience citoyenne en temps réel est louable.

Qu’il présage et tente de formaliser l’éclosion d’une nouvelle rhétorique de la donnée dans la communication est malin.

Qu’il se mette du côté des consommateurs est une erreur et un mensonge. Il ne suffit pas de voir pour croire. Ça a fonctionné pour l’apôtre St Thomas vérifiant des stigmates. Pas pour un citoyen de l’âge de l’information.

Cet article dédié à l’art contemporain l’explique simplement. Pour bien voir, il faut savoir quoi regarder et comment le regarder.

Ex : de même qu’un lit défait exposé dans une galerie ne fait sens que pris dans le contexte de la scène contemporaine britannique, une image de badge ne fait sens pour un geek qu’accolée à un logo de Foursquare.

My Bed, Tracey Emin
Badges en plastiques inspirés des badges virtuels de Foursquare

En outre, comme le rappelait Chloé dans cette note consacrée au data journalism (qui exploite les mêmes travers), les professeurs de mathématiques nous ont maintes fois expliqué que corrélation ne signifiait pas relation de cause à effet.

Seeing is believing est une affirmation niaise et malhonnête. Comment un homme aussi haut placé peut-il convoquer avec tant de sérieux le sujet de la représentation et de l’image à notre époque?

Un exemple suffit à s’en convaincre : l’omniprésence de Photoshop. Qui est encore crédule de la beauté plastique d’un mannequin ou d’un bourrelet présidentiel?

Cette naïveté/sens de la provocation annihile toute ambition de défense et de compréhension du consommateur.

Penser que voir c’est croire en 2010 est une insulte au bon sens.

1 thought on “Voir pour croire”

Qu'en penses-tu?

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s