L’abstraction est une technique marketing comme une autre

Une composition de Piet Mondrian

Abstraire vient du latin : abstractus. Il signifie “tirer à l’extérieur”. Il n’a pas changé de sens aujourd’hui et continue à exprimer l’isolement d’un – ou plusieurs élément(s) – d’un système afin de les comprendre en leurs qualités propres.

Tout comme De Stilj a trouvé son mantra par la réduction de son champs d’expression au plus dépouillé fonctionnalisme plastique et esthétique, l’histoire du système monétaire procède de ce mécanisme d’abstraction.

La naissance de la monnaie (ou des proto-monnaies) remonte très loin. Elle joue pourtant déjà le même rôle qu’aujourd’hui (intermédiaire des échanges, réserve de valeur, unité de compte), à la différence prés qu’elle utilise des matériaux différents : sel, poivre, épices, peaux, etc. On échange un objet contre une certaine quantité de monnaie.

L’arrivée des monnaies métalliques date de quelques milliers d’années avant Jésus-Christ. A ce moment, on continue à échanger ou acheter en fonction d’une quantité de monnaie métallique donnée.

L’histoire continuera de calquer la valeur de la monnaie sur un poids, variant selon les indexations du métal-étalon (or, bronze…)

Et puis un jour, courant 18e siècle, advient la monnaie papier. L’argent n’est plus lié à un poids. Fini la bourse de pièces pendant à sa ceinture, on ne sent plus physiquement la valeur de nos possessions.

Depuis, les billets de banques, les chèques (61% des chèques européens sont émis en France, c’est dire notre amour à ce medium) ou la carte de crédit creusent le sillon de l’abstraction des valeurs d’échange : les billets nous forcent à compter, les chèques ne nous obligent plus qu’à écrire tandis que la carte de paiement réduit l’interaction monnaie/homme à la saisie d’un code à 4 chiffres.

L’internet ajoute encore un peu plus d’abstraction à nos échanges via le clic. Demain, le paiement sans contact constituera une nouvelle étape à ce mécanisme inexorable de dématérialisation.

Quelle force anime ce cheminement? Ne s’agit-il que de praticité ou de temps gagné?

Des chercheurs américains des universités de Stanford et Carnegie Melon ont montré que lors d’un achat, deux zones cérébrales entrent un conflit : le plaisir de l’achat en devenir et la douleur du prix. Lors d’un paiement par carte, la zone de la douleur s’active moins que lors d’un règlement en espèces.

De fait, on peut en déduire que l’abstraction de l’échange facilite la prise de décision et l’achat.

L’abstraction du système monétaire, c’est aussi celui des révolutions industrielles et de la société de consommation, avec tous les risques qu’on lui connait.

La spéculation financière, le scalping ou les échanges au millième de seconde en sont les dommages collatéraux.

6 thoughts on “L’abstraction est une technique marketing comme une autre”

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