Une histoire de créativité : hommage à Claude Shannon

C’est la première fois que cela arrive, pardonne-moi par avance mais cet article est copié/collé du blog de Né Kid où je l’ai rédigé hier. Son but n’en est pas moins amoindri, au contraire. S’il contribue à raviver le souvenir proto-geek de Claude Shannon, ce sera une victoire.

On l’entend plusieurs fois par jour sans se douter de sa présence.

Vous parlez de lui mais vous ne connaissez pas.

Il est partout mais vous ne le trouverez nulle part.

Voici le genre de devinettes qu’appréciait Claude Shannon, un des pères des sciences de l’information et de la communication, disparu il y a un peu plus de 10 ans. Hommage.

Dans le champ du marketing, on connait Shannon essentiellement pour son schéma :

Source > encodeur > signal > décodeur > destinataire

Pensé dans un contexte militaire à la fin des années 40, cette ligne résume ses travaux de cryptographie des communications entre les machines, menés pendant la seconde guerre mondiale.

Cette petite formule va avoir des conséquences imprévues : les sciences de l’information et de la communication en naitront… A vrai dire, cette rencontre est aussi impromptue (Shannon s’en défendra d’ailleurs toute sa vie) que contextuelle.

Cette formule n’aurait pas eu un tel retentissement si elle ne s’inscrivait pas parfaitement dans le cadre de pensée d’alors : le behaviorisme (ou comportementalisme). Cette école consiste à travailler à partir de ce qui est visible (ou comportemental).

A cette époque, on considérait qu’un message médiatique produisait des effets que les publics n’étaient pas capables de contrôler. On considère que les médias sont des seringues hypodermiques qui injectent à leurs audiences des informations accueillies sans broncher. Autrement dit, on obéit docilement aux médias.

Cette délicieuse désuétude n’empêche pas les théories de lamanipulation des médias (cf. Pierre Carles, Serge Halimi, Daniel Schneidermann…) de trouver un certain écho, encore de nos jours.

La recherche va heureusement évoluer au fil des années, introduisant au fur et à mesure de plus en plus d’éléments environnementaux tendant à reconstituer au maximum les conditions de communication : prise en compte de la réception (le feedback), de l’environnement socioculturel (les cultural studies), des filtres socio-cognitifs de la réception (lesgender studies)…

Résumer l’évolution de la recherche en info-com est ambitieux, revenons-en à notre Shannon.

***

A côté de ses jobs pour Bell ou AT&T, Shannon cultive une passion pour les inventions farfelues. Jonglerie, monocycle ou  mécanique font partie de ses hobbies.

A nos yeux, sa plus belle trouvaille concerne sans doute samachine gratuite dont voici l’explication Wikipédia :

« Claude Shannon voulut élaborer une « machine gratuite », sans finalité : on la met en marche en appuyant, comme sur tout dispositif électromécanique, sur une touche « on » ; mais les choses prennent alors une tournure surprenante, car cette mise sous tension déclenche un mécanisme provoquant aussitôt l’arrêt du gadget en mettant l’interrupteur sur « off ! » Ce type de comportement insolite caractérise les situations ubiquitaires où la communication réside paradoxalement dans l’absence de communication, l’utilité dans l’absence d’utilité. Exemples : « La mode, c’est ce qui se démode » (Jean Cocteau); «

Ces situations ubiquitaires ou la communication est absence de communication s’inspirent d’une autre théorie de Shannon, celle de l’entropie, établissant un rapport entre augmentation d’entropie et gain d’information. En clair, plus il  a de désordre, plus on dispose d’information. Le bruit est créateur de sens (point de vue aujourd’hui largement récupéré par Clay Shirky).

Voilà pourquoi Shannon aimait les devinettes un peu absurdes, un peu paradoxales. Il s’amusait du possible et de l’impossible, du visible et de l’invisible. Pas étonnant qu’il est inspiré tant de physiciens quantiques ou inventeurs :

  • Léon Brillouin et Walter Lewino s’inspirèrent de la théorie de l’entropie pour fabriquer des jeux sur Minitel.
  • Roland Moreno (l’inventeur français de la carte à puce) s’inspira de Shannon pour fabriquer le radoteur, une machine  algorithmique permettant d’automatiser la création de néologismes.
  • Marcel Botton, fondateur de l’agence Nomen, utilise encore aujourd’hui le radoteur pour créer des noms de marque : Clio, Vivendi, Thalès, Vinci, Wanadoo ou Yaris.

La liste pourrait continuer longtemps, tant Shannon a donné du souffle à la recherche et la créativité… Nous souhaitions parler de lui pour raviver son souvenir et mettre un réinjecter hypodermiquement un peu de malice dans la vie.

2 réflexions sur « Une histoire de créativité : hommage à Claude Shannon »

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