“Ce n’est pas parce que nous pouvons faire quelque chose que nous devons le faire” : ce que l’innovation dit de notre rapport au monde

Le dernier numéro d’INfluencia consacré à la mobilité héberge un article de Patrice Duchemin qui aborde un point fondamental : ce n’est pas parce que nous pouvons faire quelque chose que nous devons le faire.

A la croisée de la loi de l’instrument de Maslow et de la pensée du libre arbitre, cette interrogation sur l’Homme et son environnement fait assez naturellement écho à de nombreuses problématiques, commerciales a fortiori. Faut-il se précipiter sur Pinterest lors de son lancement? Les marques doivent-elles se rompre au jeu du web social? Le QR code est-il le nouveau mode d’emploi? (pour creuser le sujet, allez donc potasser la présentation infra)

La question levée par Patrice Duchemin est brûlante car elle nous renvoie à notre capacité de prise de décision. Dois-je suivre la nouveauté? M’y opposer?

Entre les deux pôles, la zone grise du choix argumenté (rationnel ou émotionnel) effraie. Notre cerveau n’est pas programmé pour réinterroger les évidences acquises lors de notre expérience, au contraire.  Il crée des raccourcis qui lui permettent de gagner du temps et se consacrer à d’autres sujets.

La nouveauté s’oppose ontologiquement aux enseignements de l’expérience. On ne peut savoir si Pinterest est une bonne ou une mauvaise chose, contrairement à la plaque brûlante de la cuisinière que l’enfant touche accidentellement avant de comprendre et d’enregistrer que c’est désagréable.

L’adhésion à la nouveauté est de nature idéologique : toujours plus, toujours mieux, toujours plus heureux. Elle s’inscrit dans une forme de progressisme. Est-ce que les agences de pub sont progressistes? Possible. Pour tout un tas de raison : la mode se démode et que vive l’accélération des renouvellements, essentiellement.

Pour le reste, si les agences de pub versent dans l’innovation, c’est moins par progressisme que par manque de libre-arbitre. Opter pour un des deux pôles est rassurant, rapide, facile, confortable, parfois rentable. Peser le pour et le contre, surtout en matière d’innovation, n’a rien d’évident. C’est pourtant le seul intérêt du métier que nous faisons. Sans réflexion, nous sommes morts, nous n’avons plus qu’à programmer les ad exchanges qui nous remplacerons demain.

L’innovation ne doit pas être accueillie aveuglément mais les yeux ouverts, au service d’un dessein plus large. On peut tout faire avec l’innovation. Le meilleur comme le pire. L’innovation est un moyen pas une fin.

Quelle est votre fin?

* Pour les gourmands aveuglés par l’innovation, prenez un quart d’heure pour revenir sur terre (merci Greg pour le lien) :

17 thoughts on ““Ce n’est pas parce que nous pouvons faire quelque chose que nous devons le faire” : ce que l’innovation dit de notre rapport au monde”

  1. Je ne suis on ne peut plus d’accord avec ce que tu dis (et pas que parce que Patrice Duchemin était un de mes profs !)

    Cependant comme tu dis il faut raison garder, quid des start-up innovantes que les gourous annoncent comme révolutionnaires, Quora… la liste est longue.

    Sur la question de l’innovation et du choix “Dois-je suivre la nouveauté? M’y opposer?” ce que Coca-Cola fait sur sa stratégie de contenu illustre bien ce point 70/20/10 avec 20% de contenus innovants ett 10% de contenus à risques mais avec un potentiel de reward + important

    Question d’arbitrage

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    1. Je pense qu’en arbitrant entre l’innovation et la resucée, Coca tente déjà de théoriser leur rapport à l’innovation, ce qui est une bonne chose. Il est également important d’avoir des gourous sur un marché, cela permet d’étirer les frontières.

      Néanmoins, ils ne connaissent souvent rien à la manière dont les choses se passent effectivement et prônent trop souvent l’innovation au nom de l’innovation. Cela n’aide pas les gens à prendre de la hauteur.

      Il ne faut pas non plus lésiner à essayer les outils pour se forger une opinion à leur égard. A l’opposé, il est parfois trop facile de se réfugier derrière cette phase de test and learn pour vendre des merdes. Si le choix est rénoncement, il est surtout tentative d’appréhension de son environnement. Les gens se laissent trop porter par le courant, ce qui a le don de m’agacer…

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  2. En reunion, quelqu’un a sorti cette phrase que j’ai beaucoup aime

    “without a strategy, everything looks like an opportunity”

    Je pense que la reflexion sur l’innovation ainsi son role peut etre pense a travers cette phrase.

    Au passage, a peine lancer, je commence deja a etre decu par les http://inventioni.st/ de chez Deutsch LA qui clament deja haut et fort leur “innovation” avant mene qu’elle soit dispo

    http://www.fastcocreate.com/1681852/could-a-new-pop-secret-app-re-socialize-movies-and-popcorn

    Dommage bud caddell m etait tout a fait sympathique

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