Si on ne voit que les choses qu’on aime, qu’advient-il des choses qu’on n’aime pas?

iceberg

Cette question posée par Danah Boyd il y a quelques années est obsédante (cf. 2’20 de la conférence infra).

Les likes, les clics, les bookmarks, les hashtags et les pins s’accumulent en une masse de données impossible à analyser. Aveuglés par les potentiels offerts par la big data, on n’en vient à oublier que :

  1. la plupart de nos traces comportementales digitales n’existaient pas il y a quelques années
  2. la majorité des conversations a toujours lieu offline

L’objet de cette note n’est pas d’établir une frontière entre off et on mais de prendre le recul pour ne pas perdre le nord. Facebook n’a ni inventé l’amitié, ni ré-inventé l’amitié. La richesse des interactions digitales nait de structures socioculturelles existantes. Internet n’est pas un nouveau continent mais une surcouche de l’humanité. Il convient donc de mettre en perspective les (nouvelles) données nées du net avec des objets existants.

Faut-il rappeler qu’à de rares exceptions, nous sommes encore dans la première étape d’un énorme effet de diligence et que les corbeilles de nos macbooks ont la forme d’un objet designé il y a 100 ans?

Dans la civilisation du visible (ou de la transparence radicale comme l’appelle Danah Boyd), on finit par oublier l’invisible, voire en souffrir. Or, les réflexions établissant les problèmes liés à l’absence de feedback des audiences invisibles ne manquent pas. Si Facebook est une rue, on finit par ne plus voir que les gens qui nous parlent, oubliant tous ceux qui se baladent silencieusement sur les trottoirs. Pourtant, ces derniers sont toujours là. Même constat pour les sites d’hôtellerie : les 123 likes générés par cette chambre d’hôtel tendent à faire oublier les 1450 mécontents qui n’ont pas eu la chance de pouvoir disliker. Comment juger correctement les choses dans ces conditions?

Si la data peut dessiner les étoiles sur lesquelles nous plaqueront nos constellations, n’oublions jamais que les supernovas ne sont pas la galaxie, la carte n’est pas la territoire. Tout se joue ailleurs, dans les espaces vierges, dans l’invisible, dans l’infiniment petit ou l’infiniment grand.

En sport, un bon meneur de jeu en sport collectif voit autant ce qui se passe que ce qui ne passe pas. Le débat des Grecs sur la réalité et le visible a été disqualifié il y a plus d’un siècle par un certain Einstein.

Levons la tête du guidon.

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