Le jour où je suis devenu protectionniste

Ce billet de Benjamin Ferran est tiré d’une édition du Figaro Economie d’il y a quelques jours, je dirais autour du 10 juin. Je vous invite à le lire :

Si la référence à RGPD est tirée par les cheveux, le sujet soulevé par ce projet de réglementation européenne pose des questions qui commencent à me chauffer.

On a d’un côté les éditeurs de presse qui se font piller par les GAFA : depuis les bannos qui apparaissent sur Google News (dont les revenus tirés ne profitent aucunement aux éditeurs de presse) à l’algorithme Facebook qui joue avec les nerfs des trafic managers. Sans oublier la vidéo qui sous la pression des billets de banques posés sur la table par Amazon, Netflix et autre Facebook, voudrait faire plier les principes de financement de la culture européenne.

Micro parenthèse : vous râlez contre la chronologie des médias ? Soit. Ne perdez pas de vue que ce système repose une triple création de valeur. 1/ Une primeur à l’expérience cinématographique. 2/ Un modèle économique de chaine payante façon Canal. 3/ Une dernière monétisation sur les chaines privées/publics gratuites via des recettes publicitaires. Chacune de ces 3 phases de rentabilisation d’un film permet de financer la création, garantissant à la France et à l’Europe un dynamisme culturel superbe et indépendant politiquement.

Bref, comme le rappelle l’association des services internet communautaires, le web n’est pas un far west. Le *principe de responsabilité* des plateformes technologiques c’est du foutage de gueule néo-libéral qui repose sur un dogme d’une naïveté hypocrite : dans la vie, les gens veulent faire le bien autour d’eux. C’est la même argumentation que la NRA vis-à-vis du port d’arme : un pistolet ne peut pas appuyer tout seul sur sa gâchette. Résultat : le terrorisme prolifère sur Youtube et les Russes interfèrent dans l’élection de Trump. C’est le moment d’arrêter de se voiler la face (sans mauvais jeu de mot).

Déception immense, les gourous historiques de l’internet s’opposent naturellement à ce projet de réglementation qu’ils qualifient de censure et n’hésitent à comparer au débat sur la neutralité du net (didascalie : vous n’imaginez pas à quel point je lutte pour ne pas devenir grossier).

Dans la vie, NLQ aime les gens, aime la tolérance et la solidarité. Cet amour s’arrête là où la négation de la sociologie commence. Comment peut-on être assez naïf pour faire confiance à ces entreprises gouvernées par des libertaires? Faut-il vraiment acheter des voitures électriques à un abruti dont le passe-temps consiste à lancer une société qui commercialise des lance-flammes ?

Contrairement à ce que ces pseudo-babacools bourgeois appellent censure (sous couvert d’un profond conservatisme protégeant leurs propres profits de mâles blancs diplômés gardons ce point en tête : « à qui profite le crime? »), il s’agit de protéger des éditeurs de presse, des producteurs de contenus, des tonnes de métiers indispensables à l’essor du net, dont la vertu repose sur l’accès à l’information. Considérer que les agrégateurs qui pillent les éditeurs c’est de la censure, c’est cautionner que les distributeurs tordent le bras des producteurs de nourriture. C’est inadmissible et talionesque.

C’est difficile de se retrouver dans la position de l’Européen menacé par une hégémonie sans foi ni loi. Défendre le protectionnisme est un drôle de délire. Mais dans le cas présent, je ne peux pas soutenir l’electronic Frontier Foundation dont l’idéologie aveuglée pose trop de problèmes away from keyboard. Tant pis s’il faut fermer les frontières, mettre des droits de douane ou virer Netflix du festival de Cannes.

Il est hors de question qu’on se laisse ken par les GAFA aujourd’hui et les BATX demain. Il est sans doute déjà trop tard pour gagner la guerre mais comptez sur moi pour animer avec ferveur et patriotisme la résistance dont l’Europe a besoin pour faire valoir sa vision démocrate et solidaire de la politique économique.

Bisous.

2 réflexions sur « Le jour où je suis devenu protectionniste »

  1. Voilà une attitude que certains qualifieront de Don Quichottesque mais qui est frappée au coin du bon sens. Les faits dans des secteurs similaires lui donnent raison. Par ex. en Italie, qui a arrêté de « protéger » son cinéma, les blockbusters américains calibrés ne passionnent pas les foules et ne suffisent pas à assurer la survie des salles… ou de la vidéo. Du coup, c’est une industrie jadis exemplaire qui est en train de mourir.

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