La pop music doit son existence à la technologie

Dans cette interview d’Agnès Gayraud donnée aux Inrocks il y a quelques jours au sujet de son dernier ouvrage La dialectique de la pop, on trouve quelques pépites d’inspiration.

Premier point génial : le poids de la technique dans la définition du genre pop. L’enregistrement est la condition d’existence de la pop, puisqu’elle est le plus souvent calibrée pour passer à la radio en format court et intelligible par tous (voire qu’elle conduit à produire du fétichisme de la part de certains collectionneurs à la recherche de versions précises « dans leur jus » d’enregistrements). De quoi satisfaire les amateurs de McLuhan ou de Debray.

La première détermination de cette façon de faire de la musique qu’a introduit à mon sens la popular music dès le début du XXe siècle, c’est la place accordée à la technique de l’enregistrement, pas seulement comme véhicule de la musique, d’œuvres musicales lui préexistant (il existe d’innombrables enregistrements de « musique savante », c’est-à-dire d’interprétations de partitions où la musique a été d’abord notée, c’est-à-dire, rationalisée, dans un langage déterminé, celui de la portée, des clés, des hauteurs de notes prédéfinies), mais comme condition de production. Pour les œuvres pop, l’enregistrement n’est pas que ce véhicule, contingent, il est leur condition de production, de réalisation, et donc d’existence. Même s’il y a des reprises, des versions différentes, les œuvres pop sont des œuvres enregistrées, dans lesquelles ce que nous admirons (ou détestons) ce ne sont pas seulement les accords isolés, la composition en tant que telle, mais ce grain de voix, cet arrangement, ce mixage, voire ces parasites audibles sur la bande.

Je me suis souvent demandé pourquoi les quelques concerts de pop musique auxquels j’ai assisté étaient prodigieusement nuls (contrairement à un opéra, un boeuf de jazz ou même un récital de piano). Je suis satisfait de cette explication : le genre pop est pensé pour être enregistré, pas joué en live :

Mais quelle est la place du live alors dans cette pop? Elle est essentielle culturellement, mais je ne crois pas que le live soit vraiment constitutif de la définition artistique de la pop. Les œuvres pop, ce sont les enregistrements. Il y a de la pop sans live. En live, on fait autre chose, on incarne des chansons, en reproduisant plus ou moins les sonorités d’un album.

Finalement la magie de la pop c’est sa condition de production, d’où le poids monumental des producteurs, dont la patte devient une marque sur certains titres (cf. point 10 au sujet de Mike Will Made it).

Le « hit absolu » en pop c’est ça, c’est notre façon de dire qu’il y a une réussite esthétique totale car c’est à la fois une œuvre qui nous semble hyper accomplie sur le plan artistique et en même temps, évidente, irrésistible, telle que tout le monde y succombe. Cette utopie, à mon sens, est comme un astre qui exerce sa force d’attraction sur la musique « populaire » enregistrée.

A ce sujet, n’hésitez pas à regarder le documentaire en 4 épisodes sur Jimmy Iovine et Dr Dre The defiant one, c’est super.

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