A partir de quand la consommation devient-elle anti démocratique?

Le capitalisme est responsable d’un fort enrichissement de la population durant les 200 dernières années. Le capitalisme est également responsable d’une distribution inégale des richesses : les revenus des classes aisées augmentent bien plus vite que ceux des classes moyennes et populaires.

De ce point de vue, j’ai toujours trouvé que la consommation avait agréablement oeuvré à l’avènement de la postmodernité.

[Parenthèse] La postmodernité désigne un basculement idéologique où l’idéal de modernité – demain sera meilleur qu’aujourd’hui – se fane au profit d’une philosophie où l’avenir n’est plus idéal mais discutable. Aussi depuis les années 70/80, les gens piochent dans le passé, apprécient le présent et optent avec parcimonie pour des visions d’avenir (notons que le déclin des institutions traditionnelles est pour beaucoup dans cette situation). Cette évolution idéologique se produit tout juste quelques années après le génie de Barthes et sa vision de la société de consommation, où les gens achètent des produits mais consomment des signes

Puisque nous ne sommes plus définis par notre religion, notre famille ou notre syndicat, nous nous rendons lisibles par les signes que nous consommons, aka les messages envoyés dans l’espace public. Aussi, la consommation, dans la société postmoderne, est un instrument d’affirmation de sa personnalité, de son rapport au temps, de son posi dans la société.

Par le jeu de la consommation, un prolétaire peut passer pour un bourgeois et vice versa. La consommation permet à n’importe qui de devenir n’importe quoi. Elle est de ce point de vue démocratique – même si les vêtements en eux-mêmes peuvent atteindre des sommes non démocratiques.

Je n’ai aucun problème avec cette soif de transgression. Je trouve ça super que le hip-hop ait inspiré la vogue actuelle du streetwear qui conduit Virgil Abloh à diriger la création chez Vuitton. Je trouve ça bien qu’un môme puisse être le plus cool de la cours de récréation avec une paire d’Air Max – malgré l’impact budgétaire pour les foyers (mais après tout qui sommes-nous pour apprendre aux gens à dépenser leur argent ?).

La question face à laquelle je ne réussis pas à me positionner : dans quelle mesure est-ce que la consommation, ou du moins l’accès à certains biens de consommation, constitue-t-elle une frustration inégalitaire ? 

Parmi les récriminations des gilets jaunes, on entend une soif de justice fiscale (faire payer plus les riches et taxer moins les pauvres), pas d’accès à la consommation. Les gens se mobilisent pour obtenir de quoi boucler la fin du mois, pas pour acheter des SUV.

Je vous laisse sur cette récente campagne pour Nordstrom.

5 réflexions sur « A partir de quand la consommation devient-elle anti démocratique? »

  1. De mon côté, je suis assez convaincu par les frustrations provoquées par l’incapacité de consommer tel ou tel bien. C’est simplement une question de priorités. Par exemple, pour ce qui est des revendications des gilets jaunes, rappelons-nous les travaux du psychologue Maslow quant à la hiérarchie des besoins (cf. la fameuse pyramide éponyme). Le fait est qu’avant de pouvoir/vouloir s’accomplir à travers une construction identitaire passant par cette consommation de signes, les gens pensent avant tout à pouvoir manger/avoir un toit sur la tête (qui sont les besoins rudimentaires, c.à.d. les besoins physiologiques et de sécurité).
    Finalement, si les revendications des gilets jaunes nous apparaissaient comme plus superficielles (acheter une paire de Nike ou un SUV), ce serait paradoxalement le signe d’une société moins malade qu’elle ne l’est aujourd’hui. Car leurs revendications sont bien la preuve que notre société ne garantit pas à ses membres une réponse aux besoins les plus essentiels.
    Bonne journée !

    J'aime

    1. J’entends votre point mais je ne suis pas sûr d’être d’accord. Il y avait un fond de « besoin de liberté » dans les revendications des gilets jaunes. Peut être que certains veulent plus consommer, peut être que d’autres veulent surtout avoir le choix de pouvoir le faire ou non.

      J'aime

  2. Très intéressant.
    En revanche tu opposes à la fin désir de consommation et soif de justice sociale dans le cas des gilets jaunes. Ils sont liés.
    La consommation, ce n’est pas nécessairement acheter des SUVs, ça peut être manger autre chose que des pâtes à la fin du mois.
    Le désir de justice sociale peut être indépendant de la frustration financière (exemple: toi… et c’est la raison pour laquelle une part aussi large de la population comprenait et soutenait le mouvement), mais ce n’est pas le cas dans le cas des gilets jaunes les plus virulents. Un des point de départ du mouvement, c’est le ras le bol généralisé d’être pris à la gorge, le « rendez l’argent » n’en est que la conséquence.

    J'aime

    1. Eh bien justement comme je le faisais remarquer à Théo je ne suis pas tout à fait d’accord. J’ai surtout ressenti un ras le bol vis à vis du sentiment d’imposition du fisc. Les gens se plaignent moins de ce qu’ils pourraient faire avec moins d’impôts que de l’impôt en lui même. C’est d’ailleurs bien pour cela que les doléances partent dans tous les sens. Les GJ partagent un constat mais pas de solution.

      J'aime

Qu'en penses-tu?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s