La fin du bureau fait tomber un bastion supplémentaire du vivre ensemble

La fin d’année s’annonce difficile.

Avec ou sans (re)confinement, une large partie des salariés du tertiaire favorisent d’ores et déjà le télétravail, croisant les doigts pour que les établissements scolaires restent ouverts.

Les passages au bureau de plus en plus rares laissent une drôle d’impression, à cheval entre le plaisir de retrouver un aperçu du vivre ensemble et l’étrangeté d’espaces clairsemés.

S’il était prématuré d’imaginer un *monde d’après* au bout de quelques semaines de confinement au printemps, il apparait désormais que certains comportements ne reviendront pas en arrière.

La poésie des visioconférences bercées des chants d’oiseau du manager qui travaille sur sa terrasse va devenir un lieu commun. La précarité des jeunes dont le bureau fait également office salon salle à manger va se cristalliser.

Ce que l’entreprise participait à gommer va désormais sauter aux yeux.

Les riches disposent de conditions de travail de bien meilleure qualité que les pauvres.

Et l’entreprise n’est plus là pour atténuer ces inégalités qui piquent les yeux.

Je ne m’étais jamais rendu compte à ce point du rôle d’égalisateur social que pouvait jouer une entreprise pour des équipes aux histoires, trajectoires et modes de vie différents. En entreprise, chacun dispose – ou presque – du même espace de travail, de la même machine à café, du même comité d’entreprise, du même parking à vélo, de la même cantine, de la même moquette, du même collègue qui fait des bruits de bouche, de la même chaise ergonomique, de la même qualité de connexion internet, de la même assistance informatique.

En démocratisant le télétravail, c’est toute la valeur de ce tiers lieu égalisateur et égalitaire qui pourrait disparaitre.

Le bureau est un autre bastion du vivre ensemble qui tombe.

D’un point de vue managérial, à court terme, on se félicite d’imaginer les modes de production du futur. Mais manager des premiers de cordée ce n’est pas du management, c’est de la collaboration. 

Le management est une discipline du vivre ensemble, pas uniquement de l’empowerment individuel. Sous peine de souffler sur les braises d’un phénomène dont personne ne veut : l’impossible vivre ensemble. L’intolérance pour les voisins qui n’écoutent pas la même musique, pour les comportements de plages qui ne sont pas les nôtres, pour les véhicules dont on méprise les bénéfices, pour les écoles qui n’adaptent par leurs méthodes aux enfants, pour les restaurants qui ne pensent pas aux vegans.

L’entreprise doit rester un lieu de partage et de mélange.

L’industrie créative dépend du mélange. 

3 thoughts on “La fin du bureau fait tomber un bastion supplémentaire du vivre ensemble”

  1. Merci Jean. Ton texte m’interpelle beaucoup. Il aborde un sujet très préoccupant pour l’avenir.
    Bises. ça me ferait plaisir qu’on se croise un de ces quatre autour d’un dej. on tente ? (ce sera décembre ou janvier :-) Olivier

    Liked by 1 person

  2. C’est un sujet qui m’obsède en ce moment.
    Et tellement d’accord avec les différences terribles en particulier à Paris avec la fête au mal logement, aux colocations minus et aux studios où on reste dans es 20m2 comme un lion en cage.
    Et d’ailleurs je le vois déjà direct pour nous où ceux qui font du “forcing” pour venir quand même un peu au bureau sont justement ceux-là.
    Et ça va sans doute avoir des conséquences sur le logement à Paris d’ailleurs, mais je partage bien ton inquiétude sur le vivre ensemble au bureau.

    Like

Qu'en penses-tu?

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s