La contradiction indispensable à la qualité démocratique pâtit des réseaux sociaux

Chaque minute passée en dehors des réseaux sociaux me donne envie de célébrer la vie et l’amour. 

Mis à part Linkedin très conditionné par la vie professionnelle, la rumeur des réseaux sociaux qui arrive désormais à mes oreilles est exclusivement négative. Harcèlement, attaque, négativité, conspirationnisme, colère et défiance.

Je vais vous épargner le petit couplet sur la responsabilité des hébergeurs qui, à la lumière des dernières auditions au Congrès, font état de leur mépris pour la modération et le civisme.

Ce qui me chagrine, c’est la vitesse à laquelle la promesse conversationnelle des réseaux sociaux s’est travestie.

L’algorithmie des réseaux sociaux force la polarisation et favorise le conflit. Flattant nos bas-instincts, les algos nous régalent de combat, de colère et de dispute, incapables que nous sommes de résister au plaisir de commenter, liker, partager ces conflits.

Où est le problème pourriez-vous me rétorquer ? La démocratie progresse du débat d’idée, des échanges, des confrontations de points de vue. C’est typiquement le rôle de facilitateurs que jouent les réseaux sociaux.  

Non. Je ne suis pas d’accord. Il n’y a pas de débat, il n’y a que des agressions.

Ce qui manque aux réseaux sociaux, c’est l’atmosphère de bienveillance indispensable au débat constructif. Les réseaux sociaux amplifient la brutalité, probablement en partie à cause de l’étroitesse des espaces d’expression. 

La preuve de l’impossibilité de mener des conversations constructives sur les réseaux sociaux, c’est que le principe de “correction bienveillante” n’existe pas. 

Quand vous êtes dans une salle de classe, une salle de réunion ou le salon d’amis, vous pouvez vous hasarder à faire une suggestion, tout en sachant qu’elle pourra être fausse, parce que vous savez qu’au pire vous vous ferez un peu vanner, au mieux on vous expliquera pourquoi votre théorie ne tient pas debout. Quoi qu’il arrive, vous osez dire les choses car vous savez qu’on ne va pas vous trainer dans la boue des semaines pour avoir émis une suggestion.

Cet espace de liberté, cette zone des possibles bienveillants est inexistante sur les réseaux sociaux.

Résultat : émettre une idée contestable produit quatre effets. 

1. Vos détracteurs vous pourrissent plutôt que vous expliquent pourquoi ils ne sont pas d’accord avec vous. C’est le torrent de boue.

2. Seuls les gens qui étaient d’accord avec vous restent d’accord avec vous. Rien ne bouge.

3. Vous êtes désormais dans une case, qui va vous suivre toute votre vie. Sans possibilité d’en sortir.

4. Vous êtes humilié. Et l’humiliation est un sentiment puissant et destructeur.

Je ne souscris pas à la théorie du grand pistage généralisé par les réseaux sociaux (cf. le refrain de 5G de Booba sorti la semaine dernière) et les institutions (elles-mêmes surveillées par des instances intermédiaires type CNIL en France), par contre je soutiens largement le droit à l’oubli.

C’est le dernier rempart pour la survie du dialogue.

Je ne veux pas d’une démocratie campée sur ses positions.

Je veux une démocratie active, bienveillante, constructive.

C’est finalement pour cette raison que si je condamne inconditionnellement les attentats commis contre la liberté d’expression, je considère qu’il ne faut pas abuser d’un droit, surtout quand on sait qu’il heurte sciemment autrui.

Qu'en penses-tu?

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