Redonner de la valeur au prix pour changer le monde

J’ai aimé cette interview de Benoit Heilbrunn.

Je suis totalement d’accord avec sa vision du marketing face aux enjeux environnementaux. Mais genre vraiment d’accord avec lui. Voici quelques morceaux choisis : 

La question me semble être de savoir comment concilier une approche frugale de la consommation avec la nécessité de créer constamment de la valeur économique, synonyme de travail et d’emploi. 

La voiture électrique est l’exemple par excellence de l’objet de consommation qui ne sert qu’à déculpabiliser les conducteurs sans régler la question de la transition énergétique puisqu’elle ne fait que déplacer les zones de pollution. 

Autrement dit, le prix est le facteur incitatif le plus efficace pour faire évoluer les pratiques. Mais aujourd’hui, l’économie des marques est totalement polluée par la question du prix bas, des soldes, de la promotion. Le marketing a contribué à déconnecter le prix de la valeur. L’industrie du transport aérien a ainsi totalement désancré le prix de l’avion en montrant qu’un vol Paris-Milan correspond au prix de 20 baguettes à la boulangerie. Dans tous les secteurs, il faut redonner de la valeur aux choses pour retrouver un juste niveau de prix. Il faut réarmer la question de la valeur. La valeur économique, et derrière la valeur humaine.

La valeur va de pair avec la notion d’utilité. Je suis d’ailleurs en train d’écrire un éloge de l’utile pour montrer comment on peut essayer de redonner à l’utilité toute sa place dans le système marchand. Mais l’utilité a été phagocyté par des émotions et du symbolique qui la plupart du temps tournent à vide.

Or le marché est confronté à une crise de la signification et à une montée de l’insignifiant qui ne contribue qu’à produire de la souffrance à mesure qu’elle enrichit des actionnaires peu scrupuleux de la valeur des biens. La plupart des marques ne disent plus rien. Et quand on ne dit plus rien, soit on répète ce que racontent les autres, soit on parle du prix.

Cette discountisation de la société crée un ordre marchand dans lequel plus rien n’a véritablement de valeur. Mais il faut bien comprendre que si les biens n’ont plus de valeur, c’est parce que l’on considère que les personnes n’en ont plus guère. C’est pourquoi il faut lutter contre la généralisation de la promotion qui ne fait qu’entretenir un ordre social régi par l’égoïsme et l’instrumentalisation des relations. 

C’est en acceptant que les choses ont un prix que l’on peut construire des relations sociales plus harmonieuses.

Orwell et la libéralisation de la vérité

Article immanquable du Monde sur les 70 ans de la mort de Orwell. D’une modernité dingue.

Les 100 trucs à suivre en 2020 selon (J)WT

Inutile de revenir sur la qualité de ce document, voici plutôt quelques petits coups de projecteurs sur les idées que j’ai trouvé intéressant.

005 : reframing time. Cela n’est pas trés bien expliquée mais dans la mesure où on admet que les médias ont construit l’emploi du temps des occidentaux en imposant leur flux et leurs horaires, la délinéarisation de leur consommation pourrait participer de *l’archipelisation* de la société.

008 : breakup coaches. Incroyable mais après tout pourquoi pas, surtout s’il s’agit de réduire la souffrance de son prochain.

013 : new digital communities. Probablement le phénomène le plus intéressant de la prochaine décennie. Les réseaux sociaux sont en train d’évoluer vers des groupes de discussions de moins en moins ouverts. La pression sociale va tuer l’esprit vitrine incarné par Instagram (qui vient de lancer une messagerie privée).

018 : haptic tech. Une idée qui va et qui vient. J’aime aussi la capacité du tactile à créer de la confiance. J’aime la texture des coques de téléphones, douce et rassurante. Les vibrations de téléphones de moins en moins mécaniques et de plus en plus sensorielles.

026 : legacy preservation. Une des grandes batailles du siècle à venir, malmenée par la globalisation et l’urgence climatique (imposant de regarder devant nous et pas derrière). Attention à ne pas laisser ce sujet entre les mains des nationalistes et autres souverainistes.

029 : disaster-proof destinations. C’est le grand retour des bunkers domestiques (cf. le film Parasites) mis à la mode pendant la guerre froide. Résistants aux inondations, aux incendies, aux cataclysmes. Coupant un peu plus les riches du commun des mortels.

As climate concerns mount, the next generation of luxury homes is being built to provide heightened protection from extreme conditions.

033 : single lexicon. Première communauté de nombreux pays occidentaux, les célibataires revendiquent leurs singularités (célibat, subi, choisi, temporaire…). Les nationalités finiront pas être le dernier trait que les citoyens partageront.

042 : anti-instagram interiors. Enfin des restaurants qui se concentrent sur ce qu’ils cuisinent plutôt que ce qu’ils offrent à photographier. Les instagrammeurs devraient faire attention à ce qu’ils mangent.

073 : jet setting pets. A mesure que l’antispécisme prend de la place, les riches vont probablement continuer à chouchouter leurs animaux de compagnie (dans leurs bunkers anticyclones) aux enfants qui meurent en Afrique.

074 : health concierge. Je crois fermement au besoin de réapprendre à vivre vertueusement : manger, bouger, dormir.

090 : death doulas. La mort est probablement le prochain gros marché à disrupter pour les années à venir.

[Alerte mauvaise foi] Et si le luxe montrait le chemin de la frugalité ?

Je n’y connais pas grand chose en luxe.

Je jette pourtant un oeil distrait aux défilés et aux articles qui défendent des points de vue intéressants. C’est le cas de cette chronique du FT sous forme de bilan des 25 ans de collaboration de Lucia van der Post dans le supplément magazine mensuel du quotidien.

Alors qu’en l’espace de 25 ans, l’accroissement généralisé de la richesse mondiale a démocratisé de nombreux objets traditionnellement réservés aux aficionados du luxe (le cachemire, l’avion, le saumon fumé…), la nouvelle définition du luxe ne passe plus par la possession mais par la dépossession :

What they want are things rarer still: pure air, silence, starry skies, an absence of social media and, as every purveyor of bespoke travel will tell you, an opportunity to give back. They expect their children to visit the local schools and orphanages, they want to know their money is helping preserve rare species or transform the lives of the local communities they visit.

Par-delà cette quête de sens et d’acceptation, peut être que les super riches finiront par comprendre – dans la lignée des Buffet et Gates – qu’ils ont un devoir d’exemplarité en matière de réduction de notre dépendance aux économies carbonées.

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #410

1. L’environnement est 32 fois plus cité que le footballeur MBappé dans les bios Tinder. Merci Marion

2. Le sable est la 2e ressource naturelle la plus exploitée au monde derrière l’eau.

3. 80% des viennoiseries vendues chez nos artisans boulangers seraient d’origine industrielle.

4. Les larmes féminines contiennent des hormones qui diminuent l’excitation des hommes.

5. 45 milliards de dollars sommeillent sur des cartes cadeaux, uniquement aux USA.

6. Ce tiroir ne sert pas à ranger ses plats mais à les maintenir au chaud.

7. Les enfants sourds babillent aussi avec le langage des signes.

8. L’apprêt utilisé par les pressings pour lisser les chemises repassées est fait du même matériel que les thanatopracteurs pour embaumer les cadavres.

9. Le Swaziland n’existe plus, il s’appelle désormais Eswatini, un nom non connoté colonialement.

10. Les motivations de la création du livret A par Louis XVIII étaient de solder la crise financière léguée par les guerres napoléoniennes.