L’année où le *nudge* est devenu un problème

J’ai chroniqué à plusieurs reprises le récent changement de statut des GAFA. Considérés comme des modèles d’entreprises (tant en termes de modèle économique que de bonnes pratiques environnementales ou RH), ces 24 derniers mois ont dangereusement entamé le capital confiance des géants de la Silicon Valley : piratage des élections sur Facebook, discours haineux sur Youtube…

Ce portrait de Libération de Tristan Harris fait émerger un paradoxe intéressant concernant un domaine universitaire qui a enfanté 2 prix Nobel durant les 10 dernières années (Daniel Kahneman en 2002 et Richard Thaler en 2017) : l’économie comportementale. C’est d’ailleurs Thaler qui a popularisé la notion de nudge (ou paternalisme libertarien, un bel oxymore) en 2009, devenue depuis un succès.

Il est amusant de constater qu’en l’espace de 10 ans, les nudges sont entrés dans le viseur des nouvelles voix dissidentes de la Valley qui dénoncent leur capacité de manipulation, leur manque d’éthique, leur sombre dessein.

Même refrain dans cet article d’Antoinette Rouvroy publié dans Le Monde la semaine dernière :

En 2018, résistez aux algorithmes

Bon bref, ça sent la grosse tendance pour les années à venir : le design éthique et la transparence des intentions. Du moins dans le domaine du marketing, sous peine de vilaines crises de réputation.

Botnik génère du contenu thématique à la manière d’un clavier SMS prédictif

botnik app ui.png

Botnik c’est l’histoire de la rencontre entre un créatif et un ingénieur, mutuellement fascinés par la création automatisée.

Ils sont particulièrement fans du moteur prédictif des claviers SMS.

Ils ont décidé d’en tirer un outil, à base de machine learning.

Qui dit machine learning dit verticales thématiques : Botnik est en train d’apprendre à gérer plusieurs univers linguistiques. Des épisodes de Seinfeld. Des publicités pour des produits de beauté. De la poésie. Et bien plus encore.

C’est génie, c’est disponible en ligne, on aime beaucoup.

La personnalisation du web est-elle un mythe? Réaction à un article de la Fing.

Ca faisait un bout de temps qu’on n’était pas tombé sur un article intéressant d’InternetActu de la Fing. Cette tribune sur le mythe de la personnalisation du web rattrape le temps perdu, malgré une absence étonnante de données scientifiques mais après tout, je ne suis pas le dernier à partager des opinions plutôt que des théories.

Grosso modo, Hubert Guillaud reproche au web d’avoir perdu la bataille de la personnalisation au bénéfice de la catégorisation (le regroupement de personnes en cohortes d’individus). Allant jusqu’à considérer que de fait, la collecte de données est inutile.

J’adore ce genre de pavé dans la mare. Et pourtant, si j’entends la critique je ne peux pas m’empêcher d’y opposer quelques contre-arguments.

D’abord, on peut tout à fait considérer que la catégorisation est une étape qui précède la personnalisation. Les données dont les éditeurs disposent, le coût du calcul informatique et des ressources de traitement de la donnée ne permettent à date « que » de catégoriser. Sans que la vision de la « personnalisation totale » soit écartée.

Ensuite, il me semble que cette vision du web personnalisée n’a jamais été aussi radicale que ce que semble penser Hubert Guillaud. La culture repose sur des arbitraires collectifs, pas des mini-réalités individuelles. Comme il le suggère lui-même, il faut être plusieurs pour constituer une filter bubble.

Finalement j’ai l’impression que pas mal de personnelles confondent la collecte de données et la collecte de données personnelles. Ces dernières sont nominatives, or, il est désormais acquis qu’elles ont moins de valeur que les innombrables traces de navigation.

Merci Guillaume pour le lien.

Le démon de Laplace est une super métaphore de l’intelligence artificielle

Dégotée hier lors d’une conversation animée, l’expérience de pensée dite du Démon de Laplace illustre parfaitement la vision animant les enthousiastes de l’intelligence artificielle.

« Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était suffisamment vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. »

La quantité de données produite par les milliards de produits connectés au web (aujourd’hui ordinateur et smartphones, demain objets, voitures, maisons…) va produire une telle quantité de donnée que des super-calculateurs pourront à tout moment « connaitre toutes les forces dont la nature est animée ».

Donc en déduire le futur à partir des évènements passés et présent.

A titre d’exemple, c’est de cette manière dont fonctionne les prévisions météorologiques. Demain, la puissance et la complexité des calculs de la météo seront accessibles au plus grand nombre : banquier, assureur, e-commerçant, industriels en tout genre.

Qu’en pensera la théorie du chaos ?

Merci Grégoire pour la découverte.

Les enjeux de la ville connectée sont ceux de l’entreprise connectée

Cette semaine, un député a remis à l’assemblée nationale un rapport sur les enjeux de la ville connectée.

Ses préconisations engagent – sans surprise – au décloisonnement des méthodes de travail et la mise en place d’une gouvernance nationale sur le sujet.

Ce chantier illustre sans grands efforts métaphoriques les enjeux des SI d’une entreprise.

Le système d’information d’une entreprise est comme une ville : les bâtiments qui la composent ont progressivement été implantés, les matériaux utilisés sont hétérogènes, les règles métiers de chaque entité sont différentes et en même temps tout le monde parvient – à peu près – à vivre ensemble.

Avoir des idées innovantes à base de digital dans une entreprise est aussi compliqué que de faire fonctionner une ville.

Les gens qui sortent des trucs sont des génies.

Les villes de demain fourniront de la connaissance.