Le bruit du silence : ne laissons pas l’idiotie truster notre temps de cerveau

J’ai trouvé frappant cet article de Jessica Livingston (partner chez Y Combinator) : the sound of silence.

Son point se résume en une phrase :

There’s too much downside in sharing any opinion that could easily be misinterpreted online. Even facts are dangerous to share if they don’t align with what people want to believe.

There’s a lot of concern about « fake news » lately. That is a real problem, but there’s also the opposite problem: true things that aren’t being said.

Que rajouter?

Si les populistes font de l’intox et que les diplômés se taisent, il est assez naturel que la représentativité du débat – fuel de la démocratie – soit biaisée.

Est-ce bien ou mal?

Les riches devraient-ils plus parler que les pauvres? Les cols blanc sont-ils plus légitimes que les cols bleus pour prendre la parole? Est-ce que les décisions et les avis des cols blancs sont meilleurs que ceux des cols bleus?

Bien sûr que non.

N’empêche : l’auto-censure c’est quand même un peu embêtant.

A minima parce qu’à moyen terme, l’asymétrie d’information produit de l’incompréhension, donc de la colère, donc du populisme.

Ouvrons nos bouches, au moins pour ré-équilibrer le débat vis-à-vis des bâtards frontistes qui trustent nos newsfeed.

Love.

Le combat de la bonne pub ce n’est pas la bonne pub, c’est la disparition de la mauvaise.

“Half the money I spend on advertising is wasted; the trouble is I don’t know which half.”

Personne ne sait qui a dit cette phrase mais vous voyez l’idée : il y a 50 ans, on estimait que 50% des budgets marketing étaient gaspillés. Aujourd’hui, sur internet, on est plus proche de 90% (pour ne pas dire 99%).

Le dogme du ROI fait long feu, à juste titre. Le marché de la pub mondiale pèse 500B$, autant faire en sorte qu’il soit un accélérateur de business plutôt qu’une gigantesque pollution atmosphérique.

Parce que l’autre sujet dont on se préoccupe peu, ce sont les 50% gaspillés. Sont-ils vraiment inutiles ou peuvent-ils avoir un impact négatif sur la société?

Pis, le ratio de pub efficace vs. pub inefficace est-il en voie de détérioration à cause de la mauvaise pub?

Bottom line : si votre métier consiste à cibler/segmenter/optimiser, dites-vous que les incréments d’efficacité que vous mettez en place sont autant de mauvaise pub en moins. Le combat de la bonne pub ce n’est pas la bonne pub, c’est la disparition de la mauvaise.

Comment le principe de solidarité est battu en brèche par le travail

Le 1er janvier dernier, deux groupes français, Axa et Kering, annonçaient l’amélioration des avantages salariaux pour les parents.

L’enjeu pour ces entreprises, à la manière des géants de la Silicon Valley, est d’attirer et retenir les talents dans leur giron.

Au-delà de la générosité de ces mesures, ces avantages posent une question : comment vivre ensemble si le monde du travail opère à deux vitesses?

Certes, ces entreprises sont dans leur bon droit d’octroyer des privilèges à leurs salariés, mais ce symptôme est également le signe d’une dé-solidarisation des modèles sociaux dans lesquels les entreprises opèrent.

A la manière d’un paradis fiscal (ou d’une niche), certains salariés, au nom de leur talent – hérité dans la majeure partie des cas – mènent grand train. Au nom d’un savoir-faire, on peut avoir accès à un rang privilégié.

Dans cette mesure, l’individualisme est totalement institué.

Demain, les piliers qui font société ne seront peut-être plus impulsés par les nations mais par les entreprises, qui par le truchement de leurs politiques salariales, proposeront des mini programmes politiques : au service des parents, de la diversité, du diplôme, de l’industrie, de l’innovation, etc.

[Naturellement, cet article n’a nul objet d’épingler les entreprises privées : les entreprises publiques offrent – souvent depuis plus longtemps – des avantages salariaux.]

La question que je me pose : qu’est-ce qui fait société aujourd’hui? Les nations ou les entreprises?

De quoi remettre en perspective la confiance supérieure que l’opinion accorde aux entreprises au détriment des gouvernements.

A qui faut-il faire confiance? Certainement pas aux agences de RP.

La dernière édition du baromètre Edelman sur la confiance fait état d’étranges enseignements pour les entreprises.

Slide 10 : les gens donnent plus de confiance aux entreprises qu’à leurs gouvernements.

Slide 21 : ce phénomène n’épargne pas les classes aisées et diplômées, même si on constate un delta slide 5 (ce dernier ayant tendance à s’accroitre).

Ce qui n’augure rien de très encourageant pour l’avenir naturellement. Qui est capable de redonner de l’espoir aux gens?

A moins que ce ne soit une vilaine étude d’une vilaine agence de RP qui veut expliquer à ses clients entreprises qu’elles sont le seul espoir de redonner un peu de foi dans l’humanité aux gens? D’où l’entretien généralisé de la peur, au service de la vente de leurs médiocres services.

Je ne dis pas que ces chiffres sont faux. Mais ce genre de mauvaises taules devraient faire attention à ne pas jouer avec le feu. A force d’agiter le torchon de la crainte, elles finiront par se brûler. A moins qu’elles ne pensent que la population aura de la clémence pour les publicitaires une fois l’extrême droite installée au pouvoir.

En tant que pollueurs publics, nous gagnerons – a minima – à ne pas prendre au sérieux notre profession de guignols et tâcher d’apaiser nos audiences.

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #289

1.L’équipe de football US de SF s’appelle les 49ers (forty nines). Ce nom vient des colons arrivés pour la ruée vers l’or en 1849 auxquels on offrit de bonnes conditions de travail.

2. En Italie, l’arnaque sportive consistant à se mettre d’accord entre 2 équipes pour pénaliser une 3e s’appelle le biscotto en référence au petit gâteau où les 2 bouts de biscuit squeeze la glace au milieu. Merci Olivier

3. La pronoia c’est le contraire de la paranoia : on a l’impression que tout le monde nous veut du bien.

4. Le shittyflutting.

5. Les 5 endroits les plus sales d’un restaurant : les tables, les couverts, les menus, les chaises pour bébé, les citrons.

6. Cette époque où le lancer de renard était un sport à la mode.

7. Il est indiqué d’offrir des fleurs en nombre impair, pour signifier qu’elles ne proviennent pas d’un grossiste mais d’un fleuriste. Merci François

pizza-hut-name

8. L’origine du nom de Pizza Hut.

9. Les turbo buttons des vieux PCs ne faisaient que ralentir les processeurs pour permettre de jouer à de vieux jeux.

10. Les symboles I/O indiquant l’ouverture ou la fermeture d’un circuit électrique sont composés de code binaire.