La surveillance généralisée ouvre un nouvel âge d’or du secret

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Oui, nous devons nous méfier de la surveillance des institutions. Oui nous devons nous battre et nous indigner de ce viol de nos intimités.

Toutefois, en prenant le problème à l’envers, il y a aussi de quoi se réjouir.

D’abord parce que quand on voit ce que font les entreprises des datas, il n’y a pas (encore) de quoi s’inquiéter. Qu’un mec soit capable de savoir que j’ai texté ma copine pour acheter du gruyère râpé un soir de juin n’a aucune valeur. Qu’il sache que j’aime les bottes en caoutchouc ne lui permet pour l’instant que de revendre cette information inutile à d’autres tâcherons ou me retargeter comme un âne pour me le faire détester en 10 minutes.

Ensuite parce que cette situation globalement inédite (tout le monde a les moyens de surveiller tout le monde) a cristallisé une conscience collective qui mobilise des gens aux 4 coins de la planète. Sans parler de nouvelle idéologie, on ne peut que se réjouir de cet élan collectif post-historique.

Finalement parce que le secret a toujours survécu à la surveillance. Durant les grandes persécutions historiques (Inquisition, révocation de l’édit de Nantes…) ou au sein des récits fondateurs (Philip K Dick, Georges Orwell, Aldous Huxley…), l’individu réussit toujours à se soustraire au joug institutionnel.

Nous entrons dans une nouvelle ère du secret. Ce marché est fort prometteur.

[Update] cf. slides 21 et 28

Quitter Né Kid : merci à tous et à bientôt !

Après 4 années fabuleuses passées chez Né Kid (devenu Red Guy en janvier 2012), l’opportunité d’aller de frotter au monde des agences médias s’est présentée. J’ai rejoint la fine équipe du planning chez MediaCom le 15 juillet, agence du groupe WPP en charge du groupe VW, Nikon, Allianz, EA, Dell, Bose ou autre GSK, en France (nous aurons l’occasion d’en reparler).

A l’occasion de mon départ et en réponse à un superbe cadeau qui m’a été fait (cf. ma veille en bas de cet article), à mon tour de rendre hommage à un des plus beaux projets auquel il m’a été donné de participer.

Commencer sa carrière par 4 années chez Né Kid fut un privilège inestimable : une stimulation intellectuelle totale, des collègues brillantissimes, une entreprise à la mission claire et inspirante, des clients curieux et pionniers. On ne peut rêver mieux pour entrer un monde du travail dont l’image cruelle et cynique fomente quotidiennement la vindicte de la génération précaire. On ne peut rêver mieux pour commencer sa vie professionnelle en prenant espoir, plutôt qu’en le perdant.

Une de nos dernières missions – sous l’étendard Red Guy – consistait à positionner l’association HEC. L’insight fondateur de cette mission ne s’applique pas qu’aux HEC mais à tous les étudiants : le diplôme est un point de départ, pas une arrivée. Il n’est guère étonnant que cette idée ait émergé entre nos murs. C’est précisément la manière dont Né Kid considérait les métiers de la communication : un tremplin depuis lequel les choses ne sont jamais pleinement acquises, où la remise en question est fondatrice, où la curiosité n’a pas de limite.

Ce n’est pas un hasard si Naked a propulsé quelque uns des personnalités les plus en vues du marketing : Noah, Faris, MT, Alexandra et bien d’autres…

12 ans après la création de Naked en Angleterre, jamais le marché n’a autant eu besoin de vision. Les agences se taillent des croupières dans tous les sens, les frontières sont de plus en plus floues, les nouveaux entrants affluent, les groupes consolident. Il va y avoir du sang.

Au milieu de cette lutte à la Kramer contre Kramer, les gens, indifférents, font leur vie, et c’est très bien. 15 ans de marketing conversationnel n’y ont rien changé. Leur défiance pour les marques ne cessent de gagner du terrain. On ne peut que leur donner raison. Leur mépris est :

  • Légitime pour le demi-million de raisons que l’on connait : relations intéressées des marques, SAV honteux, petites arnaques en tout genre, tyrannies variées…
  • Salutaire pour les gens (les marques n’ont pas à nous dire comment être heureux) comme pour le marché : il n’est jamais trop tard pour se réinventer.

S’il est une chose que je garderai de Né Kid, c’est le consumer centrism. Les gens n’ont pas à s’adapter aux marques. Les marques doivent s’adapter aux gens.

Cet adage très orwellien n’a rien d’une vérité générale, c’était une vision du monde défendue chez Né Kid. Elle me restera ancrée aux tripes, je ne vois pas mon métier autrement.

Eric, Grégory, Nicolas, Xavier, Emilie, Olivier, Alexandra, Chloé, Alexandre, Delphine, Karine, Camille, Laurène, Anne et Charlie : un immense merci et beaucoup de love.

Mythologie : la seconde chance

La seconde chance est une mythologie très Jesus friendly, motivée par le pardon et l’espoir de pouvoir rebâtir quelque chose malgré les obstacles. Une image finalement liée à la modernité, définie par la croyance d’un lendemain chantant.

La seconde chance exprime par ailleurs une forme d’ultimatum. La grammaire française veut que le terme second soit employé lorsqu’il arrive en fin d’énumération, ie. s’il y a une 3e ou une 4e chance, je n’ai pas le droit de dire seconde mais je dois dire deuxième. De fait, après la seconde chance il n’y a rien, il s’agit donc de savoir la saisir.

On ne compte plus les romans, films, séries, feuilletons, disques, “grandes causes” ou autres fictions exploitant le terme.

Forcément, de nombreuses campagnes de communication déclinent ce thème.

Celle-ci m’a marqué, grâce à sa capacité à donner corps à une promesse sportive vue et revue : le dépassement de soi. Attention, sortez les Kleenex, y’a du storytelling dans l’air.

Gatorade, une boisson énergisante (comprenez ultra sucrée) a récemment pris le parti de défendre les sportifs amateurs. Ils ne sont ni les premiers, ni les derniers à adopter cette stratégie. Après tout, il faut bien :

  • Arrêter de systématiquement glorifier les brutes dopées,
  • Caresser dans le sens du poil les 99% de clients qui ne seront jamais médaillés olympique,
  • Reconnaitre aux amateurs la même qualité que les pros à tout donner.

La campagne Mission G donne ainsi une seconde chance aux membres de deux équipes universitaires de football qui se disputaient la place de champion dans les années 90.

Les Easton Area Red Rovers et les Phillipsburg Stateliners disputèrent une finale épique en 1993, qui se termina sur un match nul.

Parce que Gatorade est une marque cool qui milite pour des gens qui n’ont pas peur d’aller au bout de leurs rêves, elle a décidé de faire rejouer le match 16 ans plus tard. Le génie de l’agence TBWA/Chiat/Day (une des gloire des années 90, à l’origine du film 1984 d’Apple) est d’avoir su créer un brand content en 10 épisodes : entrainements, souffrances, galères et finalement, le fameux match. Ou comment mélanger feuilleton, suspens et émotion. Vive l’Amérique !

Je vous laisse découvrir le trailer :

Ce film nous fait également vivre un fantasme : remonter le temps et corriger ses erreurs. Tout ça grâce à une boisson. Coolos non?

L’insight pas glop de ce film, c’est que les consommateurs Gatorade ont vieilli/grossi et vivent dans le passé… Gatorade leur donne l’occasion de refaire le match, en imagination…

La chaine Youtube de Mission G.

Source : Zoé

Cas pratique : comment injecter de l’émotion dans l’informatique

C’est un film en provenance d’Amérique Latine qui inspire cette note sur un ordinateur Sony VAIO.

Sa promesse : “et si la technologie vous permettez de vous sentir plus humain?”

L’observation sous jacente n’est pas idiote. Chacune des images en atteste, un ordinateur peut nous aider à mieux ressentir les choses : émotion pour le sport, touché/frisson lors des rencontres en ligne, etc.

Un lieu expérientiel ou une boutique aurait sans doute mieux fait le travail. La télé n’est pas le meilleur média, même si cela fait penser au film 1984 d’Apple qui avait plutôt bien marché.