La technologie est neutre. Seul les usages leur prêtent des intentions.

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Depuis la France, les tueries collectives américaines paraissent stupides et évitables. Pourtant, voici un argument des pro guns qui ne manque d’interpeller : ce n’est pas le pistolet qui tue mais l’usage que l’on en fait. La technologie est étrangère aux actes de violences, seuls les gens peuvent leur conférer des intentions meurtrières.

Au premier coup d’oeil cela ne manque pas de culot. Au second, on réfléchit. Tout est dans tout sans aucun doute. On peut tuer au nom du bien et faire le bien au nom du mal.

Cet exemple sordide montre qu’il est malhonnête de se cacher derrière la technologie – aussi affordante soit-elle – pour justifier un comportement.

L’essor du mobile, des réseaux sociaux et des QR Codes est-il donc une seule et unique raison pour en vendre à ses clients? Non. Seuls les usages devraient motiver l’emploi d’une techno, jamais l’inverse.

A discuter.

Le reverse skeuomorphisme indique l’état de maturité de la digitalisation du monde

A rebours de la métaphore employée pour faire la pédagogie du web aux grandes masses, on ne répétera jamais assez qu’il n’y a pas de différence entre le réel et virtuel. Le digital est un calque, une noosphère* non organique (à des degrés de pénétration malheureusement encore trop épars).

Aussi, on voit depuis mois apparaitre de objets analogiques mais nés digitaux (au sens technologique du terme).

Dans le sens inverse, il s’agit de skeuomorphisme (comment un objet digital adopte le look d’un objet analogique pour favoriser l’affordance).

L’interpénétration digitale/analogique constituent une preuve intéressante de la thèse énoncée plus haut. Les objets, les idées, les inspirations circulent.

Il est amusant de constater que l’effet de diligence semble passé, l’ancien se joue du nouveau sans complexe… Un peu à la manière des autos qui revisitent un design rétro.

En espérant que les marques sauront observer ce qui se passe et en tirer le meilleur.

*Pour le fun, un petit deck sur la noosphère :

Quant la fonction s’affranchit de la forme : pourquoi la pub sur internet ne devrait pas toujours être cliquée

Les standards publicitaires en disent long sur la capacité d’une technique à dicter une fonction (un dogme très 20e). L’affordance cliquable de la bannière a fait du CTR un des mètres-étalon de la mesure de l’efficacité publicitaire. En y regardant de plus près, l’espoir des bannières de générer des clics ne domine pourtant pas.

Le cas du mobile est symptomatique : compte-tenu de la lenteur du web mobile (mauvaise réception, appareil fatiguée ou bas de gamme…), cliquer sur une pub ne peut être qu’accidentel. Un clic malencontreux nous redirige vers une autre page (sans toujours ouvrir un nouvel onglet dans notre navigateur) qui prendra également des heures à charger, ralentira l’accès au contenu préalable, fatiguera la batterie, et sera illisible puisque non adaptée au format mobile.

La pub cliquable est synonyme d’expérience gâchée. Un peu comme si une pub TV vous demandait de zapper ou un panneau d’affichage vous invitait à changer d’itinéraire.

Toutes les bannières n’ont pas vocation à être cliquées et ne devraient pas chercher à être cliquées. Tant pis pour la mesure. De toute manière, avec une moyenne internationale à 0,05%, gagner un millième ou deux n’y change rien. Les astuces produisant du clic accidentel n’y changeront rien (cf. bannière géantes qui se déroulent et vous empêchent de lire votre article).

Non seulement la bannière devrait être considérée comme de l’affichage mais de fait, elle est considérée comme tel. Apporter une information contextuelle et pertinente sans générer de clic n’est pas préjudiciable, bien au contraire, c’est de cette façon que fonctionnent les médias traditionnels.

Avec la digitalisation des vieux médias et l’essoufflement des formats pub online, on va sans doute assister à un mélange intéressant des genres entre vieille et nouvelle pub. D’un côté des spots cliquables (ou shazamables) à la telly, de l’autre des bannières visant à travailler la mémorisation ou la notoriété.

Comme pour tout le reste, ce qui compte, ce sont les indicateurs de performance retenus pour mesurer le succès d’une initiative.

Le spiral wishing well : la meilleure idée pour générer des dons

La slide 44 de ce deck consacré aux petites astuces du design plus efficaces que mille millions de messages publicitaires (les économistes comportementaux adorent) présente un objet jusqu’ici inconnu au bataillon : le spiral wishing well.

On n’a pas trouvé mieux pour inciter* les gens à donner**.

Un peu de fun, un peu d’affordance et le tour est joué :

* sans parler du denomination effect qui montre que les gens donnent plus volontiers une somme égale en menue monnaie qu’en billet.

**du moins pas depuis cette tuerie.

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #82

1. The dozens, sorte de concours d’insultes ghetto. Merci Erwan

2. Primé à l’exposition universelle de 1900, Le Tanneur équipe l’armée française pour la guerre de 14-18.

3. L’énigme Publius, cas précoce de marketing viral online initié par les Pink Floyd durant la tournée Division Bell en 1994. L’énigme n’a jamais été résolue.

4. L’expression y’a plus de saisons remonterait au 5e siècle. Merci Hélène.

5. Le Found art est un synonyme du readymade.

6. Les boutons d’ascenseur visant à fermer la porte sont des leurres (check minute 25). Ils ne servent qu’à nous donner le sentiment que nous maîtrisons notre  environnement :

7. Sur un litre d’essence vendu 1,5euros, un distributeur retire une marge moyenne d’un centime.

8. Skeuomorph, adjectif définissant un objet dont le design s’inspire des prédécesseurs de l’objet en question. Exemple : des colonnes sur le fronton d’une maison. Merci Sébastien.

9. Selon Peter Sloterdijk, 98% des textes savants, érudits ou universitaires – mémoires, séminaires, thèses, contributions scientifiques projets de recherche – sont écrits dans l’attente d’une non-lecture partielle ou totale.

10. Ugawood, le Bollywood made in Ouganda. Merci Erwan