De l’art de hacker la mémoire : comment nos souvenir se jouent de nous

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Cette conférence TED d’Elizabeth Loftus démontre un défaut de la mémoire. Cette dernière est facilement influée par des évènements jamais advenus.

De quoi remettre en cause les tests publicitaires ou les méthodes d’étude telles que les groupes ou les interviews.

Non seulement les restitutions des gens ne sont pas fiables mais le mode d’administration d’un questionnaire – on pense aux questions directives par exemple – participe activement de changer la perception d’un souvenir.

Perception is reality me direz-vous, nous sommes dans l’hyper-réalité me direz-vous. Certes. A garder en tête ceci dit.

On en parlait la dernière fois, vous ne vous souvenez pas.

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #152

1. Le soap opera effect : une affaire d’images par seconde.

2. L’histoire du menu enfant prend racine dans la prohibition.

3. Pourquoi les restaurants jouent de la musique lente.

4. Les frères Wachowski ont contacté Baudrillard pour collaborer dans Matrix 1. Merci Chloé

5. Le paradise ranch.

6. L’âge des mecs qui ont participé  à la déclaration d’indépendance des USA.

7. La jolie étymologie d’influence.

8. Le point commun entre The perfect storm, Top Gun, The Fast and the Furious, Argo, Live Free Or Die Hard, American Gangster, Saturday Night Fever, Dog Day Afternoon, Urban Cowboy et On The Waterfront : ces films ont été inspirés par des articles de presse.

9. 15 entreprises qui ne vendaient pas ce qu’elles vendent aujourd’hui : Avon, Nokia, 3M, Wrigley, DuPont, Tiffany & Co, Hasbro, Colgate, Xerox, John Deere, Abercrombie & Fitch…

10. Pourquoi le tournesol est-il le symbole des anti-nucléaires?

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Que raconte le “product displacement” sur notre rapport à la consommation?

Ryan Watkins-Hughes, Shopdropping

Dans la même veine que les films post publicitaires, je vous recommande chaudement cet article (la version PDF illustre les exemples cités) du journaliste Rob Walker sur le product displacement.

Ce qualificatif détourné désigne le fait de placer des fausses marques dans des environnements commerciaux traditionnels : depuis les bières Duff arrivée dans nos linéaires aux happenings de la Surf Rider Foundation plaçant dans les supermarchés des sachets de déchets maritimes en passant par ce genre détournement ordinaire (cf. image).

Outre une parfaite illustration de l’hyper-réalité interrogeant l’omniprésence de l’image, ces objets créent des ruptures dans notre rapport machinal et mécanique à l’acte d’achat. Qu’elles viennent d’artistes ou de la culture populaire, elles témoignent d’une appropriation réussie des codes de la mercatique – dans la même veine que le personal branding – qui nous dit : nous sommes biberonnés au marketing, ne restons pas passifs.

Toutes proportions gardées, le product displacement, c’est la création pilotée de black swans visant à faire disjoncter notre rapport au quotidien trivial.

Une autre forme de poésie, plus que jamais rafraichissante à l’heure du tout algorithme.

Le marketing créé autant de nouveaux produits qu’il n’en supprime

Les critiques formulées à l’égard du marketing ne manquent jamais de mentionner la création de besoins inutiles. Les gens regrettent un temps où on se contentait du nécessaire, où la pub ne nous incitait pas continuellement à renouveler nos équipements.

La société de consommation n’a rien inventé. Elle a simplement démocratisé l’accès à la consommation.

Prenons pour exemple le mobilier. En chinant dans n’importe quelle brocante, on comprend que les incitations commerciales ne datent pas d’hier. Pis, elles étaient bien plus vicieuses jadis. Réservées à une élite certes, mais bien réelles.

La variété de meuble existant en offre un témoignage frappant. Absolument chaque objet du foyer semblait posséder son meuble attitré :

  • Une panetière pour stocker le pain,
  • Un chiffonnier pour ranger le linge,
  • Un semainier pour ranger son linge par jour de la semaine,
  • Une bonnetière (ou coiffière) pour ranger les coiffes,
  • Un confiturier pour stocker les douceurs fruitées,
  • Le scriban (un secrétaire) pour les hommes et le bonheur du jour (et sa variante Louis XVI le billet doux) pour les femmes, prémisse du gender marketing
  • Les banquettes n’étaient pas en reste : chauffeuse, boudeuse, indiscret, confident… Toutes les configurations existaient.

La liste est infinie. On aurait pu employer l’exemple de la vaisselle pour illustrer ce point. La variété d’objets qui compose une argenterie assure n’importe quel contemporain d’un abîme de perplexité.

Si ces objets ne sont pas nés à la même époque ni dans les mêmes régions, ils disent à quel point l’aristocratie a très tôt pris possession du signe pour se distinguer par la variété et la fantaisie de ses objets, ce qui ne manquaient pas de froisser certains intellectuels, déjà à l’époque.

Nos banquettes/convertibles, frigo/congélateur, machines à laver/à sécher ou autres smartphones/couteaux suisses ont l’air bien malins à côté de la multitude passée d’objets dédiés…

Oui le marketing crée de nouveaux produits, mais il en a supprimé aussi des tonnes.

Show him some respect : le consommateur est mort, vive la personne

Un adage qui peine à faire changer les communicants

L’individualisme triomphant dans les sphères publiques comme privées, les nouveaux moteurs de rassemblement affinitaires ou tribaux, nos vies online et offline, nos avatars…

Comment peut-on encore raisonnablement parler des gens au singulier ?

Au-delà de cet excès de simplification conduisant à juger une galaxie par le petit trou de la lorgnette, cela constitue une négation de la richesse d’une personnalité, une erreur d’appréciation.

Aussi, par pitié, arrêtons de parler de consommateurs autrement que dans le cadre des études sur les relations marchandes ou symboliques entre les gens et les marques. Si tout est signe, les gens ne se résument pas qu’à leur fonction économique…

La communication grandirait à peu de frais si elle considérait ses interlocuteurs autrement que comme des porte-monnaie sur pattes.

Il suffit de lire la presse professionnelle, parfois même économique, les blogs ou les présentations : il y a du conso ou du consommateur partout, parfois même encore de la ménagère (sans parler des digital mum)…

Un petit effort et un peu de respect svp.