Les incompétents manquent des compétences nécessaires pour se rendre compte de leur incompétence

jean_neige

C’est le bon moment de parler de stupidité.

L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif expliquant que les gens incompétents manquent précisément des compétences nécessaires pour se rendre compte de leur incompétence.

Ironie.

John Cleese résume la situation.

Cet article de Eaon Pritchard – strategic planning director de Red Jelly – établit un lien de bon aloi entre l’effet Dunning-Kruger et les publicitaires, notre incompétence se mesurant à l’aune de notre gourmandise pour les assomptions péremptoires telles que « la pub est morte », « la TV est morte », « dites bonjour aux nouveaux consommateurs » et « pourquoi le marketing du mois d’avril ne sera pas celui du mois de mars », « nous n’avez jamais rien compris à PowerPoint » ou « votre marque n’est pas sur internet elle est donc morte »…

Plus nous prétendons savoir, plus le signal de notre ignorance est manifesté.

Cultivons l’ignorance, l’humilité et le goût de la curiosité.

Restons Jean Neige.

Le chic est affaire d’éthos plutôt que de logos : l’avenir du luxe est no logo

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Cette petite vidéo consacrée au concept de cloud branding est intéressante. Les 2 dernières minutes sont consacrées aux marques de luxe.

Benoît Héry y pointe la tendance des marques de luxe à privilégier la forme au détriment du fond, ce qui a pour conséquence de les affaiblir, notamment dans leurs perspectives respectives de mondialisation/masstigeation/diversification/digitalisation.

Ne mettons pas toutes les marques dans le même panier, de charmantes exceptions existent.

Toutefois, tant que l’industrie du luxe n’aura pas compris que le chic est affaire d’éthos plutôt que de logos, elles continueront à produire à la chaîne de vulgaires produits siglés adorés dans les pays émergents.

Toute initiative dirigée par le logos les servira économiquement à court/moyen terme mais affaiblira leur capital à long-terme.

C’est un biais cognitif, c’est le moment de faire preuve de sang froid, chers bourgeois.

I’ll have what she’s having : nous sommes moitié responsables de nos mauvaises relations avec les gens

Dans l’ouvrage (édité par le MIT) I’ll have what she’s having, on nous explique pourquoi et comment l’homme est un être social. Contrairement à l’héritage des Lumières qui rêve un homme rationnel face au choix, une immense partie de nos comportements et attitudes s’expliquent par le herdism, ie. une confiance inconsciente et irrationnelle pour ce que fait le voisin (d’où des apps qui jouent la pression des pairs).  Sociologues, anthropologues, ethnologues et neurologues sont formels.

Ce constat n’est pas un désaveu de notre cogito mais un simple biais. Nous ne sommes pas individuellement responsables de nos actes, nous agissons par conformité. Par confort aussi.

La métaphore qui correspond le mieux à la manière dont nous nous comportons, c’est le fonctionnement des deux hémisphères cérébraux. Contrairement aux romantiques qui imaginent une rive de la raison et une rive de l’émotion, les hémisphères dissimulent une zone du focus et une zone des « tâches de fond ». Exemples : on utilise le cerveau gauche pour lire, marcher sur un fil ou brancher sa Freebox / on utilise son cerveau droit pour marcher, se tenir debout ou respirer (cf. talk infra).

On pourrait appliquer la métaphore des hémisphères cérébraux à notre processus de décision. Certains de nos choix sont conscients, d’autres automatiques.

Dans ce contexte – j’en viens à mon point – comment peut-on sérieusement imaginer que ses clients sont bêtes? Est-il possible d’imaginer que l’intelligibilité d’une argumentation relève de la rationalité?

Le plus souvent, se plaindre de la sottise de son client, c’est se plaindre de sa propre incapacité à communiquer un point de vue. Rejeter la faute sur les autres est une souffrance, la souffrance d’un constat d’échec. La quantité de blogs façon viedecom est là pour le rappeler.

Nous sommes des animaux sociaux, la présentation d’une hypothèse ou d’un argument doit être envisagée dans cette perspective.

Soyons constructifs que diantre !

Bienvenue dans la civilisation du oui

Il est fréquemment question de faire apparaître un bouton dislike sur les pages Facebook. Quelques hackers y parviennent laborieusement mais la plateforme freine des 4 fers. Pourquoi?

Plus on y pense et plus cela saute aux yeux : le seul succès de Facebook repose sur le like. A la différence près que le like Facebook n’a pas de contraire littéral. Sur Facebook, on ne peut qu’aimer ou se taire (et qui ne dit mot consent n’est-ce pas?). Aucun dispositif n’invite à manifester son mécontentement, sinon via les commentaires ou les messages privés. Sur Twitter, même principe, on voit qui nous suit mais on ne peut pas savoir quand les gens arrêtent de nous suivre (à moins d’employer une application tierce). Idem pour Google+.

A notre insu, on nous a transformé en Yes Men. On ne peut être que d’accord. C’est la dictature de la positivité.

Est-ce que cela anesthésie le sens critique? Difficile à dire. Est-ce que la silencieuse majorité qui ne like pas est considérée comme dislikeuse? Dur à dire.

Pour les milliers de marques qui partent à la conquête de fans, les risques encourus ne sont pas anodins. La tyrannie du yes repose sur un biais cognitif : la pensée désirée (ou pensée magique). Nous avons tendance à croire que lorsqu’on espère très fort quelque chose, elle a plus de chance de se réaliser. En somme, plus on regarde la vie du bon côté, plus nous serons heureux.

Aussi, dans ce contexte, si le désir manifesté ne se convertit pas en véritable amour, les marques pourraient déchanter. De la même manière que sur-promettre quelque chose est a un double tranchant, vivre dans un monde ou le seul OUI est possible est étonnant.

En fait, au-delà de ces quelques remarques, il est difficile de prédire les incidences à moyen terme de ces modalités d’échange.

Quel est votre avis sur la question?

L’erreur fondamentale d’attribution comme grille de lecture au quotidien

On a déjà eu l’occasion d’aborder le sujet de l’erreur fondamentale d’attribution, un biais cognitif qui tend à nous faire expliquer une situation en nous faisant préférer les causes individuelles aux causes contextuelles.

Ce petit défaut de nombrilisme explique bon nombre de comportements et certains l’exploitent avec talent.

Une étude de l’Université de Londres montre que le quidam est plus susceptible de donner de l’argent à une association caritative en cas de catastrophe naturelle qu’en cas de crise générée par l’homme.

Une autre manière de décrypter les publicités pour la liberté de la presse, le dépistage du cancer du sein ou la prévention contre le sida…