Donnes-nous notre buzz quotidien : amen !

Les faux lancements qui annoncent un vrai produit, c’est un best-seller qui marche depuis toujours. Souvenons-nous par exemple des affiches Voyages-SNCF pour Transatlantys, le tunnel transatlantique ou le film Fast-huître pour le sucre :

L’éditeur de jeux vidéo Prayer Works vient de remettre le couvert de belle manière. Mass we Pray est un faux site qui fait la promotion d’un jeu vidéo catholique. Tout est bien pensé : le site, les manettes en formes de crucifix, les modes de jeu, la vidéo explicative… On se laisserait presque avoir.

En cliquant sur n’importe quelle fenêtre, on tombe sur une page qui annonce un autre jeu, beaucoup moins catholique (du moins si on se conforme à l’identité visuelle de la page). Après avoir rentré sa date de naissance – façon site pour les alcooliers – on visualise un trailer à l’ambiance darkos…

Jusqu’ici, rien de fou. La qualité de cette opération réside dans ses détails. Par exemple, la société Prayer Works n’est pas pas enregistrée au registre du commerce US… Numerama a sa théorie sur la question et pense que ce site est une pique adressée à l’arrivée de la Bible sur Xbox (gasp!)

The Escapist y voit de son côté une campagne pour la sortie du jeu Dante’s Inferno…

L’avenir nous livrera la réponse. En tout cas, il y a de la conversation en ligne, les gens s’interrogent. C’est tout ce qu’on peut attendre de ce genre de stratégie… Comme quoi, il est encore possible de lancer des buzz efficaces…

Il est également amusant de noter le rapport d’amour/haine entre les américains et la religion. Malgré leur implication dans l’église (40% croient en la Création par Dieu en 8 jours), ils réussissent à s’en moquer (cf. campagne PETA) alors qu’en France, république laïque, on fait des scandales pour quelques annonces pourries…

Donne-moi ta liste et je te dirai qui tu es…

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Désolé pour le titre. Avez-vous remarqué à quel point l’internaute a la tendance de tout classer/lister/ranker ?

C’est très vraisemblablement une donnée qui existe depuis que le monde est monde – un paramètre sine qua non d’organisation – seulement du haut de mon petit âge et à l’aune des heures perdues sur la toile, force est de constater – la profusion de contenus aidant – que les listes pullulent.

C’est simple, il y en a pour tous les goûts. Vous désirez être tenu au courant à la seconde près de l’évolution de l’audience de votre page? Pas de soucis, une pléiade d’outils vous permette de sur-statistiquer toutes vos données (Alexa, Comscore, Google Analytics…), qu’il s’agisse de classer la popularité des blogs ou sites (Technorati, Wikio, Bloglines) vos pages vues, etc. Jusqu’ici rien de bien étonnant, le Web est au diapason du Saint Graal algorithme du PageRank Google de référencement.

Mais pour ce qui est des listes d’items à proprement parler, j’ai des doutes. Commençons ce micro panorama par la Bible du listing improbable, j’ai nommé Forbes. Plus grosse fortune, femme/homme les plus puissants classés par âge, sexe, origine géographique, appartenance religieuse, groupe sanguin et accointance politique : l’acmé de la vacuité.

La musique et le cinéma ne sont pas les parents pauvres de cette drôle de manie. Rétrospectives, hommages, monographies ou cartes blanches à motivent sans arrêt la constitution de listes : films ou albums préfères – voire haïs – héros chéris et admirés, souvenirs d’enfance… (Ellipse assumée sur les festivals de cinéma, de Cannes à Sundance en passant par les Gérards).

Rolling Stone – il reparaitra bientôt en France ! – établis également des listes : meilleurs disques de l’année / de la décennie / du siècle, meilleure percée, meilleure découverte, le tout recouper selon une infinité de modalités. Dernière trouvaille en date : le BBC SoundIndex, classement des 1 000 artistes les plus commentés sur les sites communautaires consacrés à la musique, donnant par la même du grain à moudre à tous les excités du buzz (je compte parmi eux les majors).

Nous sommes en droit de nous demander si les vieilles pratiques du marketing – le Top 50 en est la parfaite cristallisation – n’ont pas déteint sur nos petites vies en nous obligeant à systématiquement hiérarchiser nos goûts afin de garder – ou pas – dans le landerneau de nos goûts tels ou tels artistes/évènements/pratiques ou dieu-sait-quoi.

En bref, nul ne peut échapper à la puissance des listes, avatar subjectif des préférences de chacun classées, déclassées et reclassées. Une manière de rationnaliser notre petit univers, de se constituer des repères tangibles, de se comparer aux autres surtout.