Le marketing créé autant de nouveaux produits qu’il n’en supprime

Les critiques formulées à l’égard du marketing ne manquent jamais de mentionner la création de besoins inutiles. Les gens regrettent un temps où on se contentait du nécessaire, où la pub ne nous incitait pas continuellement à renouveler nos équipements.

La société de consommation n’a rien inventé. Elle a simplement démocratisé l’accès à la consommation.

Prenons pour exemple le mobilier. En chinant dans n’importe quelle brocante, on comprend que les incitations commerciales ne datent pas d’hier. Pis, elles étaient bien plus vicieuses jadis. Réservées à une élite certes, mais bien réelles.

La variété de meuble existant en offre un témoignage frappant. Absolument chaque objet du foyer semblait posséder son meuble attitré :

  • Une panetière pour stocker le pain,
  • Un chiffonnier pour ranger le linge,
  • Un semainier pour ranger son linge par jour de la semaine,
  • Une bonnetière (ou coiffière) pour ranger les coiffes,
  • Un confiturier pour stocker les douceurs fruitées,
  • Le scriban (un secrétaire) pour les hommes et le bonheur du jour (et sa variante Louis XVI le billet doux) pour les femmes, prémisse du gender marketing
  • Les banquettes n’étaient pas en reste : chauffeuse, boudeuse, indiscret, confident… Toutes les configurations existaient.

La liste est infinie. On aurait pu employer l’exemple de la vaisselle pour illustrer ce point. La variété d’objets qui compose une argenterie assure n’importe quel contemporain d’un abîme de perplexité.

Si ces objets ne sont pas nés à la même époque ni dans les mêmes régions, ils disent à quel point l’aristocratie a très tôt pris possession du signe pour se distinguer par la variété et la fantaisie de ses objets, ce qui ne manquaient pas de froisser certains intellectuels, déjà à l’époque.

Nos banquettes/convertibles, frigo/congélateur, machines à laver/à sécher ou autres smartphones/couteaux suisses ont l’air bien malins à côté de la multitude passée d’objets dédiés…

Oui le marketing crée de nouveaux produits, mais il en a supprimé aussi des tonnes.