Les algorithmes sont politiques : Edgerank le bourgeois

Discutant hier avec mon ami Erwan de l’algorithme de Facebook (celui qui choisit les contenus affichés sur nos walls – cf. formule ci-dessous), il me révèle la hiérarchie des contenus appliquées par Edgerank : Video Update > Picture Update > Link Update > Status Update.

Une photo vaut plus qu’un like. Une vidéo vaut mieux qu’un commentaire.

[Avis aux non spécialistes : vos contacts Facebook ne voient pas tout ce que vous postez sur vos murs]

Je ne parviens pas à retrouver cette information mais il semblerait que l’objet doté du poids le plus fort est le statut marital, parce qu’il est celui qui est censé changer le moins souvent.

En d’autres termes, pour Facebook, c’est la situation maritale qui compte le plus dans la série des informations à faire apparaître sur les murs des gens. Le mariage prime sur les vacances en Thaïlande. Le célibat est plus important que le score de l’équipe de France…

Qui a dit que Facebook ne se résumait qu’à une conversation de bistro au sujet des lolcats ?

Cette donnée illustre parfaitement la slide 11 de ce deck d’Hubert Guillaud (ou cette colonne de Dominique Cardon sur l’affaire google x juif / Merci Aurélien) consacré à l’open data :

“Non seulement nous devons reconnaître que ces algorithmes ne sont pas neutres, qu’ils codent des choix politiques, et qu’ils “armaturent” l’information d’une manière particulière, mais nous devons également comprendre ce que signifie de nous appuyer sur eux, pourquoi voulons-nousqu’ils soient neutres, fiables, qu’ils soient des moyens efficaces pour atteindre ce qui est le plus important. » Tarleton Gillespie

Les algorithmes n’ont décidément pas bon goût.

Ceux qui veulent en savoir plus sur Edgerank :

Abbé Pierre 2.0 : à quand l’e-mmaüs?

Prenez un grand saladier durable : versez y 250 grammes de développement du troc et de la vente d’occasion, ajoutez un peu de tendance smart shoppers et un demi-litre de re-use/recyclage, mélangez avec deux cuillers de nouvelles solidarités et de communauté, émiettez une pincée de mode de vie locale, un soupçon de vintage, laissez cuire pendant 1 heure…

Voici la recette du gâteau célébrant les 60 ans d’Emmaüs, une association dont le rôle n’a jamais cessé de se renforcer. Aujourd’hui, elle colle aux dernières tendances de consommation post-crise.

C’est l’opération eBay Live IRL (in real life) qui m’y a fait penser. Si la boutique virtuelle eBay s’amuse à créer des structures de vente physique éphéméres, pourquoi le champion du débarras et des fripes ne lancerait pas une version électronique?

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L’article publié dans Le Monde Magazine de la semaine passée dressait un portrait élogieux du nouveau responsable de la structure parisienne : un jeune polytechnicien animé par la passion et le goût de la réinsertion. Actuellement cantonné (à Paris tout du moins) à un entrepôt dans le 14e arrondissement, Emmaüs devrait se développer et ouvrir des antennes locales dans d’autres arrondissements.

Nul doute que ces initiatives devraient rencontrer un succès qui conjugue plusieurs facteurs : le désir de vie locale, de reconnexion avec son quartier, de sociabilité, de récupération, de solidarité, de réinsertion, d’authenticité, de vraie vie… Une occasion en or de redonner du sens à sa consommation.

Qu’ils parlent aux hipsters, aux personnes dans le besoin ou aux bobos, les membres de la communauté des pèlerins d’Emmaüs n’en finiront jamais de nous surprendre et de nous aider à garder les pieds sur terre.

Certains regrettent l’existence de ces associations, y voyant le reflet de la déliquescence du lien social et l’échec d’une vision de la République. Je crois au contraire que ces structures sont indispensables et indissociables des sociétés développés. Si l’on s’en tient au système de la consommation selon Barthes, c’est grâce aux pauvres que les riches se sentent riches.

Il était temps de leur rendre hommage. Ils tiennent leur revanche sur la bourgeoisie.

Joyeux anniversaire.