Le scenius : une définition de la créativité collective par Brian Eno

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“Scenius stands for the intelligence and the intuition of a whole cultural scene. It is the communal form of the concept of the genius.”

Posté il y a quelques semaines sur Twitter, cette intervention de Brian Eno – un demi-dieu – pour Alfred Dunhill résume plusieurs points clefs de ses approches créatives. Il y aborde notamment la notion de scenius qui par coïncidence se trouve l’objet d’un talk de Faris à la SMW de la semaine dernière.

Le scenius est un néologisme inventé par Eno : la rencontre de scene et genius. Le scenius, c’est le moment de grâce qui se produit sur une scène lorsque les membres d’un groupe sont au diapason, se comprennent mutuellement et sont inspirés par tout. Le scenius est une osmose intellectuelle collective.

On comprend pourquoi cette notion refait son apparition dans des conférences consacrées à l’innovation et à l’intelligence collective (cf. les métaphores capitalistiques convoquées dans le document infra).

Cette notion cratyléenne (elle inspire elle-même des tas d’autres trucs) constitue un excellent alibi pour aborder la théorie des espaces liminaux, ces lieux de marge entre sujet et collectivité toujours en fragmentation-recomposition, en roue libre dans la noosphère*. Le scenius est un avatar des espaces liminaux, ces derniers offrant une excellente métaphore de la créativité comme espace de potentiels à cheval entre l’individuel et le collectif.

On y reviendra dans une note consacrée à Morin. Bon week-end !

* En savoir plus sur la noosphère :

Créativité et sérendipité : deux alliés de choix réunis dans plusieurs applis

Présentée sur le blog de Geoffrey Dorne (abonnez-vous si ce n’est pas déjà fait), l’application L’Imprévisibile (adaptée du jeu de société Le Jeu de la règle) enchante le quotidien à travers un système d’envoi d’e-mails aléatoires à ses contacts :

1/ Côté agenda personnel ou carnet de bord : les notes que vous aurez prises sur la page du jour de votre choix pourront être sauvegardées. Elles s’afficheront alors sur une page d’archivage recensant tous les jours que vous aurez annotés au fil du temps. Cette page d’archivage, intitulée « jours annotés », bénéficie d’une secourable fonction de recherche. Vos notes pourront être complétées ou revues à loisir.

2/ Côté envoi d’e-mails : vos destinataires recevront la page du jour de L’Imprévisible que vous aurez sélectionnée, avec votre texte écrit au centre.

Voici la vidéo de présentation :

Pensé comme un jeu, L’Imprévisible rappelle diablement les stratégies obliques (ou obliquity) de Brian Eno, pensée pour résoudre des dilemmes quotidiens et exercer sa créativité (voir détail ici).

On pense également à Serendipitor ou au jeu chinois plus ancien du Yi-Jing (à la mode dans les 70’s, votre mère sait peut être le tirer) tous les deux pensés pour stimuler la créativité et porter un regard neuf sur son environnement.

Un pas de côté et la perspective a déjà changé.

Un concept puissant : l’obliquity

Relayé par le blog de Mother, le nouveau bouquin de l’économiste John Kay parle de l’obliquity, une théorie selon laquelle la meilleure manière d’atteindre ses objectifs et de ne pas les poursuivre.

L’exemple qu’il cite est le bonheur : on le ressent plus facilement en s’accomplissant dans la vie professionnelle ou personnelle qu’en le recherchant dans l’absolu. Le bonheur est un résultat, non une quête (pour le plaisir, cette conférence TED de Dan Gilbert ajoute à la quête du bonheur un éclairage darwiniste : l’homme est programmé pour être heureux, quelque soit sa situation, sans quoi, nous aurions sans doute déjà disparu du globe…)

John Kay y connecte ces nouvelles tendances corporate utilisées par quelques boites innovantes (Patagonia, Burton, Google…) pour aider les salariés à se sentir bien : investissements dans des causes humanitaires, temps libre dédiés à des travaux personnels, responsabilité sociale, etc. (on en parlait déjà dans la note consacrée à l’éthonomique). L’idée sous-jacente est de s’épanouir dans le travail au travers des projets parallèles.

Autre idée à lier à l’obliquity : les stratégies obliques, un jeu de créativité inventé par Brian Eno.

Le principe de cet exercice est simple : prenez un jeu de 100 cartes sur lesquelles est écrit une petite maxime (cf. image). Chaque matin, vous tirez une carte et l’aphorisme qu’elle vous enseigne doit être le précepte qui guidera votre manière de réfléchir pour le jour à venir. (plus d’infos ici).

Liée à la sérendipité, les stratégies obliques permettent de focaliser l’attention d’un sujet sur un comportement, une attitude, un défi ou une action à réaliser afin de l’aider à se laisser surprendre par ce qui peut arriver à côté pendant ce temps là.

NB : la technique de défocalisation des contraintes quotidiennes guide à peu prés 99% des méthodes de créativité… Voilà ce qu’on appelle le lateral thinking.

En clair, pour vivre heureux, vivez occupé.

Laissons le dernier mot à John Lennon et sa chanson Beautiful Boy, élégamment quoté par Mother : “Life is what happens when you’re busy making plans”