Le web est-il en train de devenir une force du mal?

Il y a 10/15 ans, le web était déjà très populaire. Le premier milliard d’humains connectés n’était pas loin. Adopté essentiellement dans les pays développés, le web était assez *petit* pour rester proche de ses racines intellectuelles ; décentré, libre, neutre.

De nombreuses initiatives virent le jour pour industrialiser ces préceptes originaux : les creative commons de Lawrence Lessig, l’open source… Il s’agissait à tout prix de garder le web tel qu’il avait été pensé : un espace alternatif, au-dessus des démocraties, où l’anonymat était une chance, où l’économie pouvait s’écrire selon une grammaire nouvelle et pleine d’espoir.

Mais que s’est-il passé entre temps?

Est-ce la popularisation d’internet? Est-ce que l’économie a pris le contrôle du web? Est-ce que le web a stimulé les esprits malveillants?

Non seulement cela fait bien 5 ans que je n’ai plus entendu parler d’open source (mis à part peut-être pour les API mises à disposition par les grands groupes mais dont la finalité de training décentralisé par les utilisateurs ne fait aucun doute), mais en plus l’internet semble catalyser une grande partie de nos angoisses modernes : terrorisme, bullying, trafics en tout genre, collecte de data, virus rançonneurs, ubérisation, AI racistes, trolls, anonymous…

Le web des années à venir va très probablement continuer sa lente mue vers un reflet des travers de l’humanité au détriment de ses préceptes originaux.

Gardons ça en tête.

Un concept actuel : l’économie éthique ou “ethonomics”

L’économie éthique est un concept visant à ajouter aux méthodes traditionnelles de mesure économique des variables qualitatives, telles que le système de valeurs d’un individu.

En clair, elle mesure l’adhésion des gens à des valeurs par le prisme du temps et de l’argent dépensé.

En effet, on mesure classiquement les dépenses d’une personne selon la théorie objective de la consommation sans y inclure ses valeurs (un agent économique dépense en fonction de son revenu et de son temps disponible, point barre).

Afin de se faire une idée des notions gravitant autour des ethonomics, voici un petit nuage Wordle :

Qualifié de “futur du business” par la revue US Fast Company, l’éthonomie s’illustre dans ces nouvelles pratiques qui allient le  commerce à l’éthique ou la responsabilité sociale :

  • Le commerce équitable,
  • Le localism ou marketing local (urban gardening, AMAP, etc.),
  • L’écologie et le développement durable,
  • La croissance verte,
  • Les nouvelles utopies collectives : on en croise souvent sur le web > creative commons, open source, etc.
  • La micro-finance,
  • La RSE : entreprises proposant à leurs salariés de consacrer du temps à des projets extra-professionnels…

Attention toutefois à ne pas verser dans le suivisme et le greenwashing…

Une des plus belles initiatives éthonomique, c’est le BIB (Bonheur Intérieur Brut). Il mesure le “niveau de vue” en mixant des facteurs rationnels quantitatifs (revenus économiques, etc.) avec des facteurs qualitatifs (valeurs, confiance, etc.).

A l’aune des multiples initiatives business exploitant ces nouvelles approches, on ne doute pas de son succès en devenir…

Je laisse la parole à Yvon Chouinard, brillant fondateur de Patagonia, une entreprise de produits de montagne, pionnier en matière d’éthonomie (no packaging, produits anti fast-fashion garantis à vie, engagement des salariés dans des associations, etc;) :

Source : Fast Company