Comment les fausses informations auraient pu inverser la tendance de vote alors que les filter bubbles nous tiennent prisonniers dans nos idées existantes?

Un sujet me taraude depuis l’élection de Donald Trump.

On accuse Facebook d’être – partiellement – responsable de son élection à cause de deux phénomènes :

  1. Les filter bubblesnos bulles socioculturelles nous conduisant à interagir avec des contenus qui nous confortent dans nos opinions donc qui finissent par s’imposer dans nos newsfeed sans laisser de place aux idées alternatives (n’oubliez pas que edgerank est un modèle basé sur l’intérêt individuel manifesté).
  2. Les fausses informations envoyées depuis de faux sites. Elles auraient permis de faire de l’intox à grande échelle, d’autant plus que les réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter ont reconnu avoir désactivé leur modération durant les élections afin d’assurer une liberté optimale de la pluralité d’opinion.

Le problème : si les filter bubbles favorisent la reproduction sociale, elles maintiennent le statu quo. Que ces infos qui maintiennent le statu quo soient vraies ou fausses ne changent rien : les filter bubbles nous empêchent d’être exposés à des contenus qui ne nous intéressent pas.

On accuse Trump d’avoir utilisé des fausses informations mais les conséquences de cette démarche ne peuvent donc que renforcer le statu quo, donc n’expliquent pas son succès inattendu. Les filter bubbles ont du empêcher les démocrates d’être exposées aux inepties de Trump.

Que s’est-il passé? Plusieurs hypothèses s’offrent :

  1. Avec de vraies ou de fausses informations, l’électorat de Trump était sous-évalué sur les réseaux sociaux : soit tous les électeurs n’étaient pas sur Facebook, soit ils n’étaient pas sortis du bois sur Facebook.
  2. Les sondeurs ont effectivement mal calibré la représentativité de leurs échantillons, eux-mêmes biaisés par leur croyance en Hillary Clinton.
  3. Les journalistes ne comprennent décidément rien à rien et blâment Facebook – comme on blâmerait la société – alors qu’ils sont également responsables de la situation en ayant accordé une place dingue et gratuite à Trump dans leurs colonnes (2.5x fois exactement), ce dont NLQ s’inquiétait il y a 2 mois.

Quoi qu’il arrive, je ne comprends toujours pas comment on peut accuser Facebook d’être en même temps une machine à production de statut quo et une machine à produire de l’inattendu…

Les fausses informations n’ont pu que confirmer le sentiment de ras-le-bol sous-jacent. Les gens n’auraient pas autant partagé ces fausses infos s’ils n’étaient pas en colère. N’oublions jamais que :

“L’autonomie et le fonctionnement en réseau ne sont pas des inventions d’Internet, ce serait plutôt Internet qui serait le produit de l’autonomie et du fonctionnement en réseau.”

Comment réagir face à la maîtrise angoissante des racistes sur les réseaux sociaux?

 

En matière de publicité, on a tendance à croire qu’il y a corrélat entre la part de voix d’une marque et sa part de marché. Plus on vous entend et plus vos ventes se développent.

Sur le papier cela a l’air assez rassurant.

Sauf quand la marque qui parle est une pute. Genre Marine Le Pen ou Donald Trump. Là on s’inquiète.

On s’inquiète encore plus quand on constate à quel point ils maîtrisent la science des réseaux sociaux en balançant des punchlines stupides mais volontairement sociogéniques. Résultat : on ne voit qu’eux, on n’entend qu’eux. Ils infestent nos newsfeeds. La part de voix de ces candidats est vraisemblablement en train de leur garantir une bonne part de marché.

Et pourtant.

Sommes-nous coupables de ne pas nous auto-censurer, nous citoyens et amis journalistes? En les retweetant, sommes-nous complices de leur démagogie?

Sommes-nous coupables de ne pas exiger des candidats de l’opposition d’opter pour des stratégies similaires afin d’occuper le terrain et assurer une pluralité de représentativité?

Allons-nous assister aux limites de cet exercice en cas de défaite de Trump et de mauvais score du FN en 2017?

On ne peut pas reprocher à des marques de bien gérer leur communication. Oui mais que penser de ces marques quand elles mettent l’humanité en danger?

NB : vous voyez, même pour les critiquer je me retrouve à parler d’eux. Damned.