Le ressac technologique : quand les machines Nespresso nous raconte le règne sarkozien

Dans le tourbillon permanent de l’innovation technique (conférant parfois de l’injonction), il y a peu de place pour le ressac technologique.

Ce phénomène désigne l’abandon d’une technologie récente au bénéfice d’une plus ancienne mais éprouvée.

Nous avons tous en tête l’image d’une vieille calculette qui traîne sur les bureaux ou de la cafetière filtre ayant repris ses droits sur la Nespresso, récemment délaissée.

Tout comme il existe plusieurs formes de ressacs (du rejet temporaire à l’abandon total en passant par la cohabitation), il n’y pas une mais plusieurs explications du phénomène : l’innovation ne tient pas ses promesses, on se rend compte que l’outil substitué n’était finalement pas si mal, la nouveauté génère un corollaire inattendu, l’environnement change, la tendance s’inverse

Comment expliquer le retour en grâce de certains titres papier, des cartes postales ou des agences de voyage brick and mortar?

Le progrès n’est pas toujours là où on l’attend. Derrière la beauté efficace d’une machine Nespresso, il y a des règles anti-concurrence d’un autre âge, une vision environnementale catastrophique, un reliquat statutaire suranné.

Les métiers du marketing et de la com sont pourtant bien placés pour en témoigner : le progrès est populaire. Il n’est pas de succès sans pertinence, sans affordance, sans plébiscite. Si le digital a bien amplifié un phénomène, c’est celui de la route bottom-up de l’innovation.

Le progrès vient d’en bas, pas d’en haut.

L’effet jogging du succès d’Instagram nous raconte la dimension rétrograde du progrès

L’article récent sur le paradoxe de Jevons fait écho à un phénomène cousin : l’effet jogging. Ce dernier désigne une tendance selon laquelle une innovation technique peut produire un corollaire une recrudescence de la pratique remplacée.

Son nom provient de la course à pied, une pratique propre au 20e siècle qui doit son succès au développement de l’automobile.

Si Jevons présente ce phénomène par le prisme de l’économie, l’effet jogging lui préfère l’approche plus hybride de la médiologie de Régis Debray. Selon ce dernier, le progrès est rétrograde.

Les innovations techniques se suivent et se ressemblent : elles ne se substituent pas mais valorisent l’obsolète.

L’automobile fait courir à pied les gens, la photo numérique remet au goût du jour le Lomo le Polaroïd, l’informatique revalorise l’écriture manuscrite (du moins celle des cartes postales).

Comme dirait Régis : ce qu’outils et objets déverrouillent, nos oeuvres et nos mémoires le referment.