Elon Musk est triste

En contraste à la sobriété improbable du selling pitch Uber posté hier, j’avais envie de poster au sujet d’un type que je trouve pathétique en plus d’être ringard : Elon Musk.

Son talent entrepreneurial n’est pas à discuter. Paypal était une boite incroyablement en avance – on se demande d’ailleurs ce qu’ils ont foutu pour ne pas devenir la fintech ultime  – Tesla également, tant d’un point de vue automobile que sociétal (on pourra un jour évaluer l’impact de Tesla dans l’acceptation de l’électricité comme source fiable et robuste d’alimentation énergétique dans le monde).

Toutefois, d’un point de vue de la communication, Elon Musk est assez mauvais. D’ailleurs en vérité, la communication de ses produits est bonne. C’est la communication du personnage qui est ridicule.

Alors que le chic du chic est de s’engager à reverser sa fortune aux populations défavorisées, à trouver un remède au cancer, à rester discret – cf. le projet de Bezos sur le tourisme spatial, tout honteux de silence. Alors que la Silicon Valley profite coupablement de l’élection de Trump dans un couvre-feu médiatique inhabituel, alors que la diversité dans les entreprises enflamment les débats, Musk s’engage dans des combats franchement grotesques : envoyer les gens sur Mars (pourquoi sauver la planète avec tes batteries si tu veux te barrer bouffon?) lutter contre les robots tueurs, construire un TGV supersonique…

Ces fantasmes puérils font fi des sanctions boursières des moonshots de Google (forcés de créer la holding Alphabet par les investisseurs les invitant à arrêter leurs fantasmes adolescents), font fi de l’ambiance économique socioculturelle sordide, font fi de la décence. Il faut dire que l’homme n’a jamais caché ses penchants libertariens, développés notamment avec son petit pote Peter Thiel – autre génie maléfique de la Valley, seul support digital de Trump durant les élections – quand il était chez eBay (souvenez-vous que Paypal était une filiale de eBay) et qu’ils se verraient déménager leur fortune sur une île sans loi ni impôts.

C’est sans doute la rançon des introductions en bourse et de la médiatisation que de devoir click baiter la presse internationale en surenchérissant sans cesse.

Mais quand même, moi je trouve que ça commence à faire pitié.

Pour un retour des études de réception vis-à-vis du discours sur les GAFA

C’est l’été, on a le temps de regarder ce genre de contenu. Un peu comme on feuillette un Voici entre deux bains de mer. 

Il est difficile de dénigrer les conférences TED tant elles m’ont ébloui il y a quelques années. Pourtant, j’ai l’impression qu’elles sombrent petit à petit dans une inquiétude de l’avenir. Un peu comme si nos ordinateurs allaient se réveiller la nuit pour étrangler avec des câbles USB (c’est loin d’être une blague puisque Elon Musk dirige ce qu’il croit être un mouvement de résistance face aux IA malveillantes).

Ca allait encore quand Eli Pariser se contentaient de nous alerter sur les risques des filter bubbles il y a quelques années. Mais quand un type comme l’ancien “ethical designer” de Google raconte que la firme de Moutain View “contrôle nos esprits”, ça devient assez pathétique.

Cette vision donnant une responsabilité unilatérale à l’émetteur d’un message au détriment de ses récepteur rappelle les premières théoriques de la communication béhavioriste. A l’époque on considère qu’un message pénètre l’esprit des gens comme une “seringue hypodermique”. La communication du début du 20e siècle est donc perçue – et pratiquée – comme de la propagande : on n’imagine pas que les gens puissent filtrer ce qu’on leur raconte, donc on leur bourre le mou. Du moins on essaie.

Il faudra attendre les années 60/70 pour voir apparaitre les premières études sur la réception des messages pour se rendre compte que les gens ne sont pas dupes de ce qu’on leur raconte, qu’ils sont éminemment plus intelligents que les marques et autres institutions cherchant à influer sur leurs comportements.

De fait, la théorie de Tristan Harris n’est de mon point de vue qu’une résurgence béhavioriste (un courant de pensée qui a repris de l’importance avec le web et le formidable corpus comportemental que nous disséminons au quotidien dans nos interactions digitales). Les gens sont capables de filtrer les informations, de se les approprier, de les croiser avec leurs connaissances personnelles.

Que Google soit un monopole publicitaire est un problème, sans question possible.

Qu’on leur prête la capacité à manipuler les esprits est fantaisiste et vain.

L’intelligence artificielle rejoue au quotidien le débat Voltaire-Rousseau

La dispute historique entre Voltaire et Rousseau semble se rejouer quotidiennement dans les communautés des praticiens de la data et de l’intelligence artificielle.

Les voltairiens croient en la capacité de la machine à élever l’homme à l’état de raison pure, tandis que les rousseauistes nous rappellent à quel point la machine ne peut devenir rusée qu’à la solde d’un programmateur chafouin.

Les premiers défendent la singularité – moment où la machine va penser plus vite que l’homme – à la manière de Musk ou Hawking prévenant l’humanité d’un risque de révolte robotique.

Les seconds apprennent aux machines à ruser (cf. DeepBlue de IBM ou Alphago de Google), reconnaissant que dans la data ou l’informatique, il faut faire confiance à ses émotions et ses intuitions.

La vérité est sans doute ailleurs.

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #296

1.A la manière du canular d’Orson Welles à la radio, la BBC a diffusé ce documentaire sur les cueilleurs de spaghettis en 1957 pour forcer les gens à développer leur esprit critique.

2. Elon Musk n’est à l’origine qu’un investisseur de Tesla. Il a rejoint la société an après sa création en 2003. Les fondateurs sont Martin Eberhard et Marc Tarpenning.

3. Les encorbellements ont été inventé pour contourner le fisc, qui calculait les impôts locaux sur la surface au sol des logements.

4. La Sega Master System continue à sortir des jeux au Brésil.

5. De l’encre de stylo issue de gaz d’échappement.

6. Le fond d’écran Android du LG G6 est une vraie photo.

7. Les vieilles méthodes anti-piratage utilisées par les jeux vidéo.

8. Les dealers mexicains envoient leur dope aux USA via des patators géants.

9. L’intégralité du chiffre d’affaire de Mitsubishi pèse 10% du PIB du Japon.

10. Historiquement, un métis est l’enfant d’une union indien-blanc ou asiatique-blanc. L’enfant d’une union noir-blanc est mulâtre.

La vraie menace de l’IA, c’est sa stupidité

On a aimé cet article de Motherboard déniché dans l’excellente newsletter Warped : The Real Threat Is Machine Incompetence, Not Intelligence.

Les progrès des capacités de calcul, la hype autour de l’IA et notre imagination ont tendance à nous figurer des ordinateurs doués d’une intelligence proche voire supérieure de celle des humains (cf. Musk ou Hawking qui signent des trucs pour prémunir l’humanité de sa destruction par les machines).

En vérité comme le prédit le chercheur Alan Bundy, nous avons bien plus de chance d’être confronté à des IA stupides que brillantes.

D’abord parce qu’on met des IA à toutes les sauces, y compris dans un chatbot par exemple, alors qu’en l’état actuel il s’agit essentiellement d’un script informatique basique (idem pour les correcteurs orthographiques comme me le faisait remarquer Neil).

Ensuite parce qu’une IA reste un programme informatique, même très complexe. Donc il peut répondre à des questions simples mais ne peut en aucun participer à des conversations complexes, faire de l’esprit ou rebondir sur une remarque.

Finalement parce que nos attentes vis-à-vis des IA vont probablement augmenter plus vite qu’elles, donc créer une frustration permanente.

Attendons-nous à un retour en force de l’humanité dans les années qui viennent.