Le progès en pédalant

Comment renforcer son amour de la petite reine ? En l’enrichissant d’une perspective historique qui n’a rien à envier au storytelling, si bien décrit par mon ami Sébastien.

La bicyclette a pris son essor à la fin du 19e siècle, de manière concomitante au développement des transports (les routes, canaux, chemins et fer ont connu un déploiement fulgurant à cette époque) sous l’impulsion de quelques grands intellectuels technocrates dont Claude-Henri de Rouvroy (ou Comte de Saint-Simon pour les intimes) est un représentatif symbole.

De fait, la bicyclette peut-être considérée comme un témoin actif des progrès sociaux.

Sa démocratisation accompagne la baisse du temps de travail et permet le développement du tourisme. Par conséquent, c’est l’ouverture d’esprit des cyclistes qui s’en trouve flattée. A l’époque, le voyage étant réservé aux élites, on passait sa vie dans le même patelin où on était peu confronté à de nouvelles idées… Ceci explique entre autre le fait que les villes ferroviaires (ie. de passage) aient été plus tôt que les autres sensibilisées aux idées nouvelles et progressistes (mais c’est une autre histoire).

Assez tôt, la petite reine cultive la mixité : femmes comme hommes s’éprennent de l’engin.

De fait, on peut raisonnablement admettre que le vélo a participé à l’émancipation des femmes. Un thèse corroborée par les sceptiques de l’époque qui voyaient dans la bicyclette un double danger pour la fertilité humaine :

  • Troubles des fonctions de reproduction occasionnés par les frottements de la selle autour des fesses,
  • Crise de la nuptialité causée par les escapades à bicyclette détournant les jeunes gens de leur besogne.

Dieu merci, le médecin français Ludovic O’Followell va rétablir la vérité et prescrire l’usage du vélo pour rapprocher les couples, repeupler le pays mais également détourner la classe ouvrière de l’alcool…

Un point sur les scopitones

On en entend parler à tous les coins de rue. En pleine vogue du low-tech, les branchés de France et de Navarre ne jurent que par lui. Même mon ami Alexandre, jamais à court d’idées, me faisait la réflexion récemment… Mais que sont les scopitones?

Les scopitones désignent à la fois des machines et des petits films. Elles ont jeté les bases des clips vidéos. Sortes de gros juke-box apparus dans les cafés en 1960, elles proposaient 36 petits films à l’esthétique très polaroïdesque. On gravait sur une bande magnétique une image filmée en 16mm puis on rajoutait du son au mixage. Les yéyés et autres chanteurs cools ont utilisé les scopitones pour bâtir leur notoriété.

Forcément, les résultats sont délicieusement surannés et authentiques.

Tété les a remis au goût du jour dans le clip de la chanson A la faveur de l’automne (3’15”):

A la faveur de l’automne
Tu redonnes
A ma mélancolie
Ses couleurs de super-scopitone
A la faveur de l’automne

Mareva Galanter lui consacre une émission sur Paris Première : Do you do you scopitone ?

Un festival leur est dédié dans la marmite culturelle nantaise, c’est le nom du club qui remplace le Paris-Paris.

Assez d’éléments pour qualifier le Scopitone de cool.

Qu’est ce que cela inspire?

  • L’émancipation des chanteurs pour ados des années 60 s’est faite par la technologie, au même titre que les SMS ont généré un langage vernaculaire (comprenez codé, donc communautaire) entre ados ;
  • Les technologies et le langage sont un système : la technique induit des nouvelles formes de langages (pensez à la contrainte des 140 signes) et le langage s’adapte à la techno (pensez aux mot poker qui devrait rentrer dans le Robert un de ces jours…)
  • Grâce aux scopitones, la musique n’est s’écoute plus, elle se regarde, elle se montre.
  • De fait, les scopitones développent la notion de look, illustrent de nouvelles danses et émancipent le corps (suintant la sexualité…)
  • Clou du spectacle : le développement des looks et des styles différents ont concouru à l’émancipation des communautés musicales : blousons noirs, yéyés, romantiques, surfeurs…

Pas de doute, le scopitone a sans doute joué un petit rôle dans les évènements de mai 68.

Quelques exemples de tribus scopitones cools :

La fille à Papa coquine (depuis Gainsbourg un an plus tôt) France Gall : Baby Bop

Les pro-ricains The Legendaires : Good for nothing Bill

Les blousons noirs et Gene Vincent : Peppermint twist

Les danseurs sexy et Stacey Adams : Pussycat a gogo

Pour une liste plus exhaustives : Wikipédia