Quand l’économie des réseaux n’explique pas les facteurs soft de la sociologie

Point d’information intéressant : deux chercheurs travaillant sur les sites de rencontre en ligne ont mis à jour un impact de fond sur la manière de faire de se mettre en couple dans les sociétés développées.

Alors que les liens faibles jouaient autrefois un lien prépondérant dans les rencontres amoureuses, le développement des sites de rencontre accélère les rapprochements entre parfaits inconnus.

Ce phénomène pourrait conduire à l’accroissement d’unions plus stables, puisque les tourtereaux peuvent vivre leur idylle sans être influencés par le regard de leurs connaissances communes :

And there is another surprising effect. The team measure the strength of marriages by measuring the average distance between partners before and after the introduction of online dating. “Our model also predicts that marriages created in a society with online dating tend to be stronger,” they say.

Alternatives Economiques ne manque cependant pas de préciser que ce phénomène n’empêche pas l’homogamie, à savoir la compatibilité intellectuelle de groupes sociaux dont les codes sont propres à chacun.

Bref, tout ça pour dire que même sans filter bubbles, on ne peut décidément pas facilement s’extirper de son environnement socioculturel.

Pour un retour des études de réception vis-à-vis du discours sur les GAFA

C’est l’été, on a le temps de regarder ce genre de contenu. Un peu comme on feuillette un Voici entre deux bains de mer. 

Il est difficile de dénigrer les conférences TED tant elles m’ont ébloui il y a quelques années. Pourtant, j’ai l’impression qu’elles sombrent petit à petit dans une inquiétude de l’avenir. Un peu comme si nos ordinateurs allaient se réveiller la nuit pour étrangler avec des câbles USB (c’est loin d’être une blague puisque Elon Musk dirige ce qu’il croit être un mouvement de résistance face aux IA malveillantes).

Ca allait encore quand Eli Pariser se contentaient de nous alerter sur les risques des filter bubbles il y a quelques années. Mais quand un type comme l’ancien “ethical designer” de Google raconte que la firme de Moutain View “contrôle nos esprits”, ça devient assez pathétique.

Cette vision donnant une responsabilité unilatérale à l’émetteur d’un message au détriment de ses récepteur rappelle les premières théoriques de la communication béhavioriste. A l’époque on considère qu’un message pénètre l’esprit des gens comme une “seringue hypodermique”. La communication du début du 20e siècle est donc perçue – et pratiquée – comme de la propagande : on n’imagine pas que les gens puissent filtrer ce qu’on leur raconte, donc on leur bourre le mou. Du moins on essaie.

Il faudra attendre les années 60/70 pour voir apparaitre les premières études sur la réception des messages pour se rendre compte que les gens ne sont pas dupes de ce qu’on leur raconte, qu’ils sont éminemment plus intelligents que les marques et autres institutions cherchant à influer sur leurs comportements.

De fait, la théorie de Tristan Harris n’est de mon point de vue qu’une résurgence béhavioriste (un courant de pensée qui a repris de l’importance avec le web et le formidable corpus comportemental que nous disséminons au quotidien dans nos interactions digitales). Les gens sont capables de filtrer les informations, de se les approprier, de les croiser avec leurs connaissances personnelles.

Que Google soit un monopole publicitaire est un problème, sans question possible.

Qu’on leur prête la capacité à manipuler les esprits est fantaisiste et vain.

Si notre définition du luxe est dépendante des médias de masse, comment le luxe va résister à la fragmentation des médias de masse?

On parlait de la théorie de la consommation ostentatoire pas plus tard que lundi et voici qu’une idée neuve jaillit, à la lecture de Blink, revue interne de Mediacom.

Selon Joerg Blumtritt (auteur de la note), la consommation ostentatoire est le fruit du modèle mass media. Lorsque tout le monde est exposé aux mêmes images, les références sont communes et universelles. Aussi, lorsqu’on possède un objet, une immense quantité de personne connait la marque en question. D’où naît le besoin de se singulariser, se hiérarchiser, dans un environnement où chacun comprend ce que vous achetez. C’est de cette situation que naît le cool (cf. veille en pied de page), consacrant le non advenu dans les médias de masse.

Demain, le développement des filter bubbles et d’un internet taillé sur mesure va ébranler l’hégémonie mass media au profit d’un équilibre entre messages universels et personnalisés.

En diminuant les références communes, la définition du luxe sera bouleversée, un peu à la manière de la culture et des genres, très dépendante des médias de masse, comme l’explique Johanna Blakley :

* La veille de Né Kid sur le cool :