Face à l’ubiquité de la technique, le langage SMS va sauver le monde

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Conformément à son habitude, Hubert Guillaud pose les bonnes questions : oui, les algorithmes font évoluer notre langage (cf. cette note).

Face au raz-de-marée technologique, deux approches sont possibles.

A. S’en moquer. C’est la voie du progrès, le cours de l’histoire, personne n’y peut rien, autant s’adapter, nous nous en sommes très bien sortis jusqu’à présent.

B. S’en défier. Niquer le système, braconner la machine, être plus malin que l’ordinateur (#double sens équivoque).

Si tu optes pour le plan B, sache que tout jargon est plus compliqué à comprendre pour une machine, donc potentiellement subversif. Sache également que le jargon étant moins institué, il a plus de facilité à évoluer dans le temps et en fonction de ses utilisateurs, et donc de passer perpétuellement sous le radar de l’algorithme.

Le langage SMS est un braconnage de haut-vol, pas un hold-up sur la langue française.

Le capitalisme linguistique : comment l’algorithme Google fait évoluer notre langage

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Histoire de finir l’année en beauté, voici une présentation magistrale de Frédéric Kaplan.

Avec force et simplicité, il explique comment l’algorithme de Google créolise la langue selon une multitude d’indices : la suggestion d’idiomes (parfois même vernaculaires), l’invitation à penser en mots clefs et le mélange de notre langage aux textes générés automatiquement.

Les techniques modifiant le langage est un grand classique des théories mcluhaniennes.

Pour reprendre un des exemples utilisés dans un travail universitaire il y a quelques années, la police de caractères Helvetica a été pensée pour la machine. Son fonctionnalisme épuré est le fruit d’un impératif de productivité (les empattements supportant mal la rapidité des rotatives modernes), ses proportions le produit de la technologie de l’époque (le caractère mobile a laissé place aux « lignes mots »). Non content d’avoir influencé le design de la police, la technique a également modifié la manière dont les imprimeurs composaient leurs annonces.

Un peu comme si vous ne pouviez composer un texte qu’avec les lettres d’un Scrabble. Tout est possible mais vous ne disposez que d’un Z…

La beauté de la langue réside dans le dynamisme de son infinie modularité.

Bonne lecture et bonnes fêtes ! Retour de NLQ jeudi 27.

Le triomphe des littéraires : pourquoi la data devient smart grâce au texte

Le meme : une des milles nouvelles écritures née ces dernières années

Pas un jour ne passe sans qu’on nous rabatte les oreilles avec la big data et le nouveau paradigme du tout mesurable. On se quantifie, on travaille son personal ROI, on manage sa maison à distance… Selon les termes des ingénieurs, tout devient smart.

Ce triomphe apparent de la science dissimule avec peine un retour en grâce de la littérature. La data ne naît pas smart, elle le devient, grâce au texte.

Primo, nous lisons chaque jour un peu plus, sous des formes de plus en plus variées : livres, e-books, bd, mangas, magazines, SMS, blogs, réseaux sociaux… N’en déplaise aux totalitaristes et autres obsédés du mono-format : l’écriture n’a jamais été aussi vivante.

Cette multiplication des formats porte en son corolaire une évolution des modalités d’écriture : syntaxes, formats, grammaires et figures s’adaptent petit à petit à leurs nouveaux chez-soi, pour le plus grand plaisir des rédacteurs et des lecteurs. Aucun secteur ne passe à côté de cette aubaine littéraire : les livres et les comics s’adaptent au cinéma, le cinéma se décline en jeux vidéo, le jeu vidéo génère des jeux de plateaux, le jeux de plateaux des jeux télévisés, des jeux télévisés des magazines, les magazines des blogs… Tout le monde inspire tout le monde, c’est l’état de grâce.

Dans les métiers de la communication, si le slogan a perdu de sa superbe, la pub se fait désormais contenu de marque et redonne ses lettres de noblesse au texte : dans des romans, au cinéma, à la télé ou sur des points de vente. On nous propose des expériences, on nous donne des recettes, on nous raconte les histoires des marques, on nous fait lire des manifestos, les codes se multiplient, on gère des communautés en ligne, le jargon vit un âge d’or, une auto-régulation se met en place…

Tout est texte, tout est langage.

Vive l’écriture !

MàJ : un point de vue sur les algorithmes.

Détente : Unsuck it

Pour ceux qui se sentent un peu dépassés par le jargon professionnel

Un micropoint sur le langage vernaculaire

Une note PSFK inspire ce post. Un chercheur travaille actuellement pour Lego afin de comprendre et analyser la manière dont les enfants nomment les briques multicolores. Il apparait en effet que dans chaque foyer propriétaire de Lego, les joueurs inventent un argot facilitant l’appellation de chaque brique, notamment lorsque les constructions sont collectives.

Cette pratique est une des nombreuses illustrations des jargons propres aux communautés : métiers, classes sociales, musiciens, etc. En linguistique, on les appelle des langages vernaculaires. A l’origine, cet adjectif qualifie les caractéristiques propres à un pays ou un groupe de personnes. In extenso, il recouvre également les dérivations de langage utilisées par des catégories de personnes.

Dans le fond, le langage vernaculaire observe un avantage majeur : il joue le rôle de ciment communautaire. Il permet d’identifier ses utilisateurs : untel est charpentier, untel est breton, untel est emo, untel est un nerd…

La capacité des briques Lego a créé du langage vernaculaire est évidemment intéressante, il y a peu de marques qui génèrent un tel effort intellectuel. Certaines parviennent bien à intégrer des gimmicks langagiers dans la vie de tous les jours (« la vie est une question de priorité, « what else? », etc.) mais peu induisent la création non imposée d’un jargon vernaculaire, clef d’entrée cruciale à la dimension communautaire d’une marque.

Pour la blague, on peut évoquer le klingon, la langue de Star Trek, dont il existe quelques locuteurs fans (quelques uns ont même essayé de l’inculquer naturellement à leurs enfants ou en faire des pubs…).

Pour terminer, il est difficile de passer à côté du langage vernaculaire geek (cf. image d’en-tête), mix d’anglais et de SMS mélangé à la sauce gaming. En voici une sélection de choix :

Verra-t-on des marques tenter de créer des langages vernaculaires? Des tentatives ont sans doute été lancées mais jusqu’à preuve du contraire, elles ont du être marginales…

Source : PSFK