Une mythologie (pas que) publicitaire : la dualité humaine

Entre la pièce de Denis Podalydès au théâtre de Suresnes et les multiples films croisés en quelques jours, il faut le reconnaitre : la dualité des individus est un thème battu et rebattu dans la vie et dans la pub.

Ce thème puise ses racines dans l’éternel conflit entre le bien et le mal dépeint dans bon nombre de religion. Naturellement, la puissance de cette idée fait son chemin et demeure très prégnante dans la société…

Qui n’a pas en tête cette allégorie du dilemme :

La version de Gainsbourg par Joann Sfar nous offre un joli exemple de la schizophrénie créative des artistes, par le biais d’une représentation exogène au protagoniste : Gainsbourg et son Gainsbarre.

L’idée que l’inspiration créative est du à un facteur extérieur date de la Grèce Antique (jetez un coup d’oeil à cette présentation TED, 6’20). A cette époque, les Grecs attribuaient l’inspiration aux démons, les Romains leurs préféraient le terme génie : dans les deux situations, le souffle créateur vient d’ailleurs (d’où la représentation de Gainsbarre).

cf. cette vidéo de Betty Boop où le génie sort du pot d’encre sous forme de clown fou :

Bref.

Nous nous plaisons à imaginer la nature humaine comme double.

Comme la publicité propose – on en dira ce qu’on veut – un certain reflet de l’époque, elle exploite volontiers cette croyance.

Toutes catégories confondues, le petit ange et le diablotin sont fréquemment convoqués pour symboliser les difficultés de prises de décision.

Dans le sport, la dualité s’exprime par la capacité à se dépasser et combattre sa nature : Just do it, Impossible is nothing, etc.

Voici quelques exemples :

Le footballeur Rooney pour une boisson énergisante :

Quelques sportifs luttant contre leur résilience interne :

La plus belle, Nike encapsulant cette idée en un insight à la signature formidable : “There’s no finish line”

Une idée qui propose finalement une certaine vision de la société.

En stigmatisant notre tendance à devoir lutter contre nos vices internes (paresse, égoïsme, etc.), le thème du bien et du mal nous offre sa vision de “ce qui est bien”, “ce qu’il faut faire pour être un type bien”.

Qu’est ce qui est bien? Qu’est ce qui nous empêche de nous laisser aller au vice sinon les règles et normes sociales édictées par la société, démocratique dans notre cas?

La boucle est bouclée.

La société (ce qui est extérieur) est le mal nécessaire qui nous évite d’être subjugué par nos bas instincts (intérieurs).

La finish line de Nike cristallise notre penchant a considérer que les choses peuvent être terminées, et se reposer sur ses lauriers.

Écoutons la société pour ne pas sombrer.

Une certaine idée du progrès… du contrôle et de l’inertie aussi…

Quand Brigitte Bardot militait pour le développement durable

BB, c’est une affaire de patrimoine. A 75 ans, elle ne manque pas une occasion de faire parler d’elle : racisme, antisémitisme, antifourrurisme… On va même tous aller la voir au ciné dans l’adaptation de la vie de Gainsbourg par Joann Sfar le mois prochain.

Brigitte, c’est une grande bouche au service de la cause animale. Pourquoi on en parle? Parce qu’une campagne PETA (l’association US anti massacre des animaux) défraie la chronique outre-Atlantique.

Il faut dire que la mise en scène du crucifix et de Joanna Krupa (la playmate chrétienne choisie) a de quoi choquer, surtout auprès de la communauté catho intégristes pas fun, généreusement représentée en territoire Yankee.

En toute mauvaise foi (gnarf gnarf), on remarque tout de même que le fond du message évolue. Moins “stratégie du choc gratuit” que les précédentes campagnes PETA. Là où l’association se contentait de faire du bruit pour le bruit (aussi un peu pour les animaux) il y a quelques mois, elle préfère aujourd’hui militer pour l’adoption des animaux, soit une forme dérivée du re-use, une philosophie anti jetable (abordée ici ou ) liée à la slow consommation, au recyclage, au développement durable.

Certes, on ne se refait pas. Peta ne peut s’empêcher de provoquer le chaland. Mais le fond du message a changé et ça c’est vraiment cool.

Peu importe ce qu’en pensent quelques bigots réactionnaires. Pas la peine de pointer le doigt à l’ouest, nous avons les mêmes en France. On se souvient du tollé général de la campagne inspirée de la Cène par Marithé et François Girbaut.

Alors voici un petit conseil pour booster la notoriété de Brigitte : dénudez-vous pour dénoncer la culture du jetable, vous marquerez des points.

A bon entendeur…