Un micropoint sur le langage vernaculaire

Une note PSFK inspire ce post. Un chercheur travaille actuellement pour Lego afin de comprendre et analyser la manière dont les enfants nomment les briques multicolores. Il apparait en effet que dans chaque foyer propriétaire de Lego, les joueurs inventent un argot facilitant l’appellation de chaque brique, notamment lorsque les constructions sont collectives.

Cette pratique est une des nombreuses illustrations des jargons propres aux communautés : métiers, classes sociales, musiciens, etc. En linguistique, on les appelle des langages vernaculaires. A l’origine, cet adjectif qualifie les caractéristiques propres à un pays ou un groupe de personnes. In extenso, il recouvre également les dérivations de langage utilisées par des catégories de personnes.

Dans le fond, le langage vernaculaire observe un avantage majeur : il joue le rôle de ciment communautaire. Il permet d’identifier ses utilisateurs : untel est charpentier, untel est breton, untel est emo, untel est un nerd…

La capacité des briques Lego a créé du langage vernaculaire est évidemment intéressante, il y a peu de marques qui génèrent un tel effort intellectuel. Certaines parviennent bien à intégrer des gimmicks langagiers dans la vie de tous les jours (“la vie est une question de priorité, “what else?”, etc.) mais peu induisent la création non imposée d’un jargon vernaculaire, clef d’entrée cruciale à la dimension communautaire d’une marque.

Pour la blague, on peut évoquer le klingon, la langue de Star Trek, dont il existe quelques locuteurs fans (quelques uns ont même essayé de l’inculquer naturellement à leurs enfants ou en faire des pubs…).

Pour terminer, il est difficile de passer à côté du langage vernaculaire geek (cf. image d’en-tête), mix d’anglais et de SMS mélangé à la sauce gaming. En voici une sélection de choix :

Verra-t-on des marques tenter de créer des langages vernaculaires? Des tentatives ont sans doute été lancées mais jusqu’à preuve du contraire, elles ont du être marginales…

Source : PSFK

Le corps, média communautaire

Un article passionnant était publié sur le site du Monde hier. Le chercheur de l’EHESS Georges Vigarello pointe un nouveau domaine d’étude d’historique jusqu’ici ignoré en tant que tel : le corps.

De nombreuses disciplines s’intéressaient pourtant de près ou de loin au corps. Les sciences humaines étudiaient le corps en tant que média, ie. support d’expressions culturelles (vêtements, bijoux, tatouages…) ; les sciences dures leur préféraient sa dimension physiologique (squelette, ADN…).

D’après Georges Vigarello, le corps a rarement été l’objet d’études consacrées alors qu’il nous renseigne en soi des représentations ancrées dans une époque.

Exemple : quand Bourdieu analysait les attributs symboliques du pouvoir (bijoux, vêtements, mobilier…), il omet de décrire la plastique corporelle indépendamment. Au-delà du symbole de l’opulence, être bedonnant au Moyen-âge peut être analysé comme une allégorie de son statut social.

Il en va de même pour le corset au 19e qui par delà les canons esthétiques en vigueur à l’époque, évoque la finesse, la gracilité des dames ; en opposition à l’empattement ostensible des messieurs, donné en représentation incarnée – au sens charnel – de la force physique et de la puissance.

Of course, ces modalités évoluent dans le temps. Aujourd’hui, les statistiques montrent que ce sont les populations les moins favorisées qui souffrent d’obésité. La minceur est par conséquent un attribut noble, il connote l’appartenance à des couches sociales où le bien manger participe à un mode de vie.

Je ne sais plus quel nutritionniste évoquait la minceur des jeunes neuilléens du film Neuilly sa mère comme un langage corporel communautaire (allégation renforcée par l’empattement d’une des caillera et de Faf Larage, interprète de la bande-originale du film).

Plus qu’un simple outil au service d’attributs accessoires, le corps est un média, particulièrement dans notre société du geste.

Source : Le Monde