Agences médias : l’ère Tricatel laisse poindre un avenir foooding

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La folie de l’industrialisation des méthodes de travail va produire des dérives qui stimuleront un retour à la qualité (peut-on parler de loi de Poiret?). Les agences de communication étant encore encore majoritairement artisanales, les médias en seront les premiers acteurs et témoins.

Pourquoi les bénéfices de l’industrialisation de nos métiers ne dureront qu’un temps ? Principalement parce qu’industrialiser ne fait pas souvent gagner de temps.

Le paradoxe de Jevons énonce qu’à mesure que les améliorations technologiques augmentent l’efficacité avec laquelle une ressource est employée, la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer. Source

Plus on améliore nos méthodes de production et plus la production augmente. Le gain temps espéré en temps 1 s’évapore en temps 2 par l’effet chronophage des plus fortes capacités de production. Seule une lourde R&D est capable de canaliser l’énergie économisée au service d’un dessein plus ambitieux.

C’est l’histoire de la plupart de nos clients (en food, en énergie, en transports, en telecom…), séduits consécutivement par la mécanisation, la mutualisation ou la globalisation, aujourd’hui en difficulté pour recréer de la valeur – réelle ou perçue – auprès de leurs publics (interne, clients, fournisseurs, distributeurs…).

Qu’est ce qui se passera la jour où nos coûts de production et nos prix de vente seront au plancher? Est-ce un modèle de croissance pérenne? Non. C’est un modèle de conquête agressif et agile pour lutter contre des pays bien plus compétitifs que les nôtres.

Autant anticiper le jour où les compétitions se gagneront sur des taux à 0,1 point. C’est demain. La juniorisation / paupérisation / fuite des talents ne permettra pas tout de suite de facturer le temps passé de manière satisfaisante. La pente va être longue à remonter mais les agences médias disposent de nombreux atouts et compétences pour revaloriser leur rôle.

Il convient juste de faire un choix et de l’assumer. Prendre des risques, perdre en compétitivité, en productivité (dans un premier temps).

Les agences ont semé le ROI des années durant. Elles récoltent aujourd’hui le fruit amer de la productivité. A elle de réenclencher un cycle d’agriculture raisonné, prodigue et au service de l’enrichissement d’un écosystème.

Le nouvel âge d’or de l’artisanat signale la fin de l’effet de diligence digital

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Pas la peine d’avoir un oeil du lynx pour observer l’état des métiers artisanaux. Les secteurs primaires et secondaires pèsent moins de 20% des jobs en France et dans la plupart des pays occidentaux. A de rares exceptions près, ils peinent à recruter et suivent un inexorable déclin depuis des années.

Chaque tendance porte en son corollaire son opposé : on assiste à l’émergence de nouveaux avatars primaires et secondaires. De l’agriculture (urban gardening, AMAP, localisme, bio, etc.) et de l’industrie (makers, arduino, impression 3D, made in France, etc.). Le tertiaire n’est pas épargné par ce besoin de faire les choses (ou du moins de se les réapproprier, façon hacking).

L’exemple des entreprises ouvrant/soutenant des incubateurs est emblématique (même Seb a un fond d’investissement pour les startups de food!), cf. ce film incroyable pour celui de Nike :

La dématérialisation des biens de consommation qui fait suite à la standardisation globalisée des 50 années d’après-guerre est en train de générer un nouvel âge d’or – ou du moins un nouvel appétit – pour l’artisanat.

Chaque seconde nous rappelle aux limites du tout-industriel. Tout ne peut pas être dématérialisé. Même si demain nous téléchargeons nos maisons sur bittorrent, il y aura toujours besoin des gens pour fabriquer des prototypes.

L’émergence du métier de creative technologist est symptomatique de ce nouvel artisanat mêlant fabrication manuelle, création de service, design d’interface.

Au passage, on constate que cette discipline se joue des frontières de classification des métiers : le CT est primaire, secondaire et tertiaire à la fois. Cela fait partie des choses qui bougent sous l’impulsion du numérique.

Le CT est symbole de la maturité de la révolution digitale. Il en signale la fin de l’effet de diligence : jusqu’à présent, le digital copiait l’industriel. Désormais, c’est l’inverse. Même les artisans s’y mettent en partageant leurs modèles, leurs API, leurs techniques. C’est l’heure du crafting open source, incarné par des nouveaux espaces de créativité façon ICI Montreuil.

Les marques qui tirent leur épingle du jeu à notre époque ont compris la valeur d’une relation d’égal à égal avec les gens. Leur marketing s’en trouve changé. Les marques inspirent, stimulent, soutiennent. Le contraire des discours unilatéraux et autocentrés. Il ne s’agit pas uniquement de passer un vernis participatif sur la vieille pub mais d’envisager les milliards d’humains comme autant de sources d’innovation et de chiffres d’affaire. La relation est gagnant gagnant.

Donner les moyens aux gens de faire des trucs qui dépassent la frime et l’égotisme (l’apprentissage d’un savoir-faire, d’un métier, donner des idées, réhabiliter des matériaux…), voici un beau projet pour les marques.