Standardisation musicale : le phénomène Golden Throat

Roger Troutman était un musicien américain, connu pour avoir grandement influencé le hip-hop west coast – dans un premier temps – puis une grande partie des productions musicales grand public.

Musicien électronique précurseur, il est un des premiers à avoir couplé sa voix à des effets numériques. Le résultat est délicieusement robotique, il baptisa son appareil le Golden Throat.

Troutman est devenu mondialement célèbre pour avoir prêté sa voix au refrain du tube California Love de Dr Dre et Tupac :

On retrouve également la trace de la Golden Throat chez BlackStreet ou T-Pain.

Au-delà de la performance, Roger a posé les bases du phénomène Autotune, un logiciel de production audiovisuel visant à harmoniser les arrangements vocaux. Tous les tubes des années 90 à nos jours doivent quelque chose à Autotune et RT. Cette uniformisation va de pair avec la philosophie capitalistique de l’époque : le think global. Le nec plus ultra de la dernière décennie était de produire un tube formaté, appréciable aux 4 coins de la planète.

L’imaginaire chaotique véhiculé par un monde standardisé et Orwellien est d’ailleurs exploité par l’esthétique du clip de Tupac à travers un clin d’oeil adressé à l’univers post-apocalyptique de Mad Max.

Pour le plaisir, on finit sur une petite performance de Roger enregistrée dans les studios Nova :

Pour aller plus loin, l’article Wikipédia dédié ou un article du Time sur le phénomène Autotune.

Bonus : un titre de Kanye West très très autotuné…

Demain tous low-tech?

Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de constater un étrange phénomène, sans doute inhérent à l’abondance de produits technologiques dans nos vies : le développement du low-tech.

Certes, chaque tendance produit sa contre-tendance. Il est bien naturel que tout le monde n’adhère pas corps et âme à l’injonction technologique dont nous sommes les proies. Toutefois, il est amusant de remarquer comme le progrès passe parfois par une simplification – à outrance – des appareils, contrecarrant par là même un des textes favoris des geeks : la loi de Moore.

Nous apprenions pour commencer  il y a quelque jours que le disque vinyle marquait un retour inattendu dans le coeur des consommateurs. Bizarre mais pas saugrenu. Il existe depuis des lustres des adeptes de la galette noire, incapable de reconnaitre au compact disque les valeurs émotionnelles attachées au microsillon.

Vient ensuite l’univers de la photo. Tant il est vrai que l’appareil photo numérique est un des immenses succès technologiques de ce nouveau millénaire, on note que le Lomo, les Polaroïd voire même les Holga sont à la pointe de la hype. L’appareil photo jetable n’a de surcroit toujours pas disparu des bureaux de tabac (il doit dépanner les touristes en goguette).

Du côté des téléphones, on va passer sur la tendance vintage qui a réhabilité les cadrans rotatifs en bakélite orange. Les cartes téléphoniques ont bel et bien disparu de la circulation, en revanche le Bic Phone fait un tabac. Asus, le fabricant du EeePC a de ce fait annoncé sortir un EeePhone très bientôt, en réponse au trop plein de technologies embarquées dans les iPhone, Palm et autres BlackBerrys.

Les ordinateurs, ne sont logiquement pas épargnés par cette lame de fond commandée par les voies de la simplicité. Le EeePC au système d’exploitation simplifié cartonnent, Linux grignote progressivement des parts de marché et équipe l’Ordissimo, un PC à destination des seniors. Et si l’ordinateur ne se résumait pour une large frange de la population qu’à envoyer des mails et relever ses comptes?

Ce mouvement n’est pas réservé aux pourfendeurs de la technologie. En conclusion – provisoire – voici une tendance sur laquelle je reviendrai plus longuement : le steampunk. Pourquoi des fans de high-tech s’amusent-ils à détourner leurs appareils à la sauce Mad Max VS. Jules Verne? Qui se cache derrière ces grands enfants se réclamant d’une autre ère?

Un point sur le modding très bientôt.