Le nouvel âge d’or de l’artisanat signale la fin de l’effet de diligence digital

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Pas la peine d’avoir un oeil du lynx pour observer l’état des métiers artisanaux. Les secteurs primaires et secondaires pèsent moins de 20% des jobs en France et dans la plupart des pays occidentaux. A de rares exceptions près, ils peinent à recruter et suivent un inexorable déclin depuis des années.

Chaque tendance porte en son corollaire son opposé : on assiste à l’émergence de nouveaux avatars primaires et secondaires. De l’agriculture (urban gardening, AMAP, localisme, bio, etc.) et de l’industrie (makers, arduino, impression 3D, made in France, etc.). Le tertiaire n’est pas épargné par ce besoin de faire les choses (ou du moins de se les réapproprier, façon hacking).

L’exemple des entreprises ouvrant/soutenant des incubateurs est emblématique (même Seb a un fond d’investissement pour les startups de food!), cf. ce film incroyable pour celui de Nike :

La dématérialisation des biens de consommation qui fait suite à la standardisation globalisée des 50 années d’après-guerre est en train de générer un nouvel âge d’or – ou du moins un nouvel appétit – pour l’artisanat.

Chaque seconde nous rappelle aux limites du tout-industriel. Tout ne peut pas être dématérialisé. Même si demain nous téléchargeons nos maisons sur bittorrent, il y aura toujours besoin des gens pour fabriquer des prototypes.

L’émergence du métier de creative technologist est symptomatique de ce nouvel artisanat mêlant fabrication manuelle, création de service, design d’interface.

Au passage, on constate que cette discipline se joue des frontières de classification des métiers : le CT est primaire, secondaire et tertiaire à la fois. Cela fait partie des choses qui bougent sous l’impulsion du numérique.

Le CT est symbole de la maturité de la révolution digitale. Il en signale la fin de l’effet de diligence : jusqu’à présent, le digital copiait l’industriel. Désormais, c’est l’inverse. Même les artisans s’y mettent en partageant leurs modèles, leurs API, leurs techniques. C’est l’heure du crafting open source, incarné par des nouveaux espaces de créativité façon ICI Montreuil.

Les marques qui tirent leur épingle du jeu à notre époque ont compris la valeur d’une relation d’égal à égal avec les gens. Leur marketing s’en trouve changé. Les marques inspirent, stimulent, soutiennent. Le contraire des discours unilatéraux et autocentrés. Il ne s’agit pas uniquement de passer un vernis participatif sur la vieille pub mais d’envisager les milliards d’humains comme autant de sources d’innovation et de chiffres d’affaire. La relation est gagnant gagnant.

Donner les moyens aux gens de faire des trucs qui dépassent la frime et l’égotisme (l’apprentissage d’un savoir-faire, d’un métier, donner des idées, réhabiliter des matériaux…), voici un beau projet pour les marques.

Le tuning est-il une forme de hacking?

Sous le capot d’un PC moddé

Une discussion récente avec un collègue a mis sur la table un sujet qui titille les geeks. Le tuning automobile est-il une forme de hacking?

Dans un sens large, le hacking concerne les activités visant à détourner un objet de sa fonction première.

Selon Wikipédia, aucun doute n’est permis, le tuning rentre dans la catégorie. Tout dépend de ce qu’on entend par détourner de sa fonction première.

S’agit-il d’adapter un objet à son goût (coller des stickers sur son laptop) ? De l’utiliser à d’autres fins (repasser ses chemises sur son laptop) ? Le combiner à d’autres objets (relier à son laptop à un grille-pain pour programmer ses toasts) ? Depuis les mini modifications chères aux DIYers* en passant par les gros moddings compliqués, le hacking se décline sur une palette aussi vaste verticalement qu’horizontalement.

On peut ainsi considérer le tuning auto comme une forme de hacking. Malgré les connotations recelées par cette communauté, ils font partie de la grande famille des hackers, voire des makers (les plus mordus ré-usinent carrément des pièces). L’informatique n’est d’ailleurs par épargné par la vogue de la customisation. Cerise sur le gâteau, les tuners ont petit imposé leur griffe chez les marques qui leur font du pied un peu honteusement mais avec grand succès.

En espérant que cette mince contribution participera du changement de regard sur cette communauté pionnière, grassroots et bottom-up, qui n’a pas attendu le web 2.0 pour faire la nique aux marques.

La passion tuning vivra.

cf. cette veille sur le sujet :

Attention : révolution industrielle en cours

Si le sujet était traité il y a quelques jours chez Né Kid, je ne résiste pas au plaisir de (re)partager ces quelques informations sur les Makers.

Cette communauté de bricoleurs fous, représentée sous nos latitudes par le collectif Hackable Devices défend une vision absolument inspirante, mâtinée d’open-source et de débrouille productive.

Ce type notamment, Marcin Jakubowski, a dessiné et mis à disposition online les plans des 25 objets nécessaires pour bâtir une civilisation à partir d rien. Une connexion internet suffit.

Ni plus ni moins qu’une expression de la révolution industrielle digitale :

FYI, la veille de Né Kid sur les Makers :