Get Lucky et Daft Punk : phénomène de compréhension des us et coutumes digitaux

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Le dernier album des Daft Punk pulvérise tous les records : de ventes, de téléchargements et de covers.

On a rarement vu un disque générer autant de reprises en si peu de temps : l’aboutissement d’une profonde compréhension du medium internet.

Pensé pour la participation et le partage, le web demande du doigté pour obtenir les résultats escomptés auprès du public. Intégrer un like au bas d’une bannière publicitaire ou réclamer un éloge contre un bon de réduction procède d’une profonde incompréhension de la mécanique du partage (qui n’est pas don, rappelons-le).

Les Daft Punk, au contraire, maîtrise avec maestria les us et coutumes du net :

  • La rumeur savamment orchestrée de leur nouveau disque, appuyée de leakings successifs et de teasers dispensés en des lieux propices à l’enregistrement individuel et au partage (Coachella and co)
  • Une mise en vente évidemment digitale, avec avant-première en streaming sur des sites d’écoute sociale
  • Vidéoclip en gif animé, dans le plus pur esprit low-tech folksonomique
  • Choix d’un tube de composition enfantine stimulant les reprises au coin du feu
  • Aucune consigne relative à l’exploitation du morceau (contrairement aux initiatives hyper marketées d’un Beck qui donne son disque sous forme de partitions)

Faire participer les gens n’est pas si compliqué quand les choses sont faites en concordance avec les usages culturels.

On assiste à une guerre des mondes entre la vieille garde des artistes anti-piratage ayant brûlé leur réputation par avarice et la nouvelle vague consciente du potentiel des réseaux sociaux et de la recommandation entre pairs.

Tant que les marques n’auront pas compris qu’une parodie/reprise/hommage/mash-up est un signe de succès, elles auront du mal à comprendre la logique digitale (cf. le cas récent de la fermeture du site de fan par Nutella). Parodier un objet est signe d’institution d’un objet devenu parodiable, donc partie intégrante d’une culture valorisante pour le parodieur.

Get Lucky des DP est tellement reprise qu’on se croirait un plein streaking, où des gens profitent d’une forte affluence pour faire passer un message et se faire remarquer. Le volume de requêtes de Get Lucky est tel que des centaines de personnes veulent profiter de l’aubaine pour prendre une petite part du gâteau et se tailler la part du lion.

Le tout pour une centaine d’euros en investissement et paid media. Exemple à suivre.

C’est la crise : comment changer de positionnement en 2 mots et une nouvelle langue

ketchup knack langue

Outre l’éthique discutable des repas servis, comment ne pas tirer son sombrero à Taco Bell dont la signature Live Màs est espagnole depuis un an ?

L’exploitation publicitaire de ce positionnement plus intéressant (un lifestyle espagnol succédant à des promesses très rationnelles de quantité) est judicieuse puisqu’elle consiste à produire des mash-up de tubes anglophones traduits en espagnol.

Astucieux, pas cher et fédérateur dans un pays qui parle désormais autant l’espagnol que l’anglais.

Voici la copy pour le lancement d’un nouveau sandwich :

… celui de la mi-temps du super-bowl :

… celui du pré-match au superbowl grande papi

La prépondérance des points de contact et des mécaniques de ces 10 dernières années prend parfois le pas sur le texte dans la communication. L’ère des slogans et des signatures est terminée, on en change désormais tous les 2/3 ans. C’est dommage, la langue demeure un indémodable outil bon marché pour transmettre… On se souvient notamment de Coca ou Pepsi qui s’amuse des jargons locaux.

Electronic wingman

En matière de marketing et d’innovation, on ne répètera jamais assez que tout est question d’usages. Faciliter une pratique déjà existante en fournissant à ses utilisateurs les moyens d’enrichir leur expérience est un gage de succès.

Le blog de Mother signalait récemment plusieurs applications surfant sur la vague des rencontres géo-localisées, basées sur la pratique consistant à cibler différents bars avec sa bande de potes puis prévenir les autres par téléphone du taux de partenaires potentiels disponibles dans les lieux visités…

Voici comment quelques outils permettent de faciliter ce genre d’approches :

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Nike Grid : la preuve qu’il y a des gens qui bossent en agence interactive

La campagne Nike Grid s’inscrit parfaitement dans son temps. En empruntant moult caractéristiques à des sites/programmes/pratiques à la mode sur la toile, elle propose un solide mash-up au service de la marque.

Pour mieux la comprendre, commençons par rappeler le contexte : Nike est une marque de sport qui cherche à développer la pratique sportive. Jusqu’ici, rien de fou.

Elle s’appuie sur un insight générique : plus les gens pratiquent et découvrent le(s) sport(s), plus les gens achètent. OK.

Largement acclamée grâce à Nike+ (Nike + Apple), Nike est également célèbre pour les courses à pied qu’elle organise chaque année un peu partout, notamment en France ou encore à Londres (cf. Run Fat boy Run, un product placement géant très sympa).

Nouveau projet : Nike Grid. Le principe est simple : une fois loggé sur le site, la marque invite les membres à parcourir à pied Londres en vue de conquérir des quartiers (cf. carte ci-dessous, au graphisme proche du jeu Seigneur de Guerre).

Pour ce faire, les joueurs doivent passer des coups de fil depuis des cabines téléphoniques brandés aux couleurs de l’opération. Un numéro unique à composer et vous voici propriétaire d’un badge du quartier.

But du jeu : courir plus pour remporter plus de badges.

En 2 mots, Nike Grid est un remix de :

  • Nike + : pour l’invitation à la course,
  • Les réseaux sociaux pour le partage et l’esprit compétitif engageant les gens à comparer leur score,
  • La représentation visuelle du jeu de plateau + son aspect social (le Scrabble tout seul, c’est moyen), cf. Hasbro et Monopoly en ligne,
  • Four Square pour le système de badges et de géolocalisation,
  • L’attachement local et l’enjeu d’identification à travers son quartier.

Le plus intéressant dans tout ça, c’est bien sûr l’application très concrète des interactions réelles/virtuelles rendues possible par le web actuel, dépassant largement le stade de 6e média.

Le succès de Nike Chalkbot (tweet virtuels taggés sur la route réelle du Tour de France l’été dernier) et Nike Grid nous montrent que demain, on trouvera du web partout (ordi, mobile, objets, etc.).

Avec un peu d’imagination, on pressent très bien le type d’aubaine potentielle qui se présentent aux marques.

Voici le teaser du clip musical créé pour l’occasion :

Les mash-up de jaquettes : le meme le plus intello du web

On les croise un peu partout sur le web : banques d’image, blogs, tweets… Qui est à l’origine de cette super idée de mash-up de pochettes de vinyles?

Pour une fois, il ne s’agit pas d’un délire de memes mais d’une véritable démarche artistique.

Christian Marclay est un plasticien américain (apparenté un temps au mouvement Fluxus) auquel certain attribuent la paternité du turntablism (création à partir de disques vinyles joués simultanément sur des platines, dont les porte drapeaux actuels sont les Birdy Nam Nam ou les C2C).

Son délire : explorer le lien entre la musique, la vision, l’art et la performance simultanément.

De fait, les assemblages qu’on croise aujourd’hui sont des hommages aux travaux de CM… On ne l’aurait pas parié. Demain qui sait, peut-être découvrira-t-on que les lolcats rendent hommage à l’art rupestre…

Découvrir le bonhomme :

Quelques assemblages sympas :