Le digital c’est la liberté. Bienvenue chez les mad men du 21e siècle.

Pas la peine d’avoir connu l’époque des Mad Men ou la fin du 20e siècle dans les agences de pub pour percevoir l’unanime nostalgie émanant de l’âge d’or de la pub – ie. le métier d’avant la bulle internet.

Les prodigues héritiers de cette époque ressassent d’un air penseur un  temps où on avait du temps pour avoir des idées, où on était payé proportionnellement à l’effort fourni, où on pouvait s’amuser avec des formats, où la quête de la différenciation n’était pas un vain mot, où on ne pré-testait pas méthodiquement chaque début de piste…

Les filles étaient jolies, les garçons moustachus, le monde en ébullition, le métier s’inventait. Les premiers créatifs stars apparaissaient, les premiers réseaux d’agence s’ouvraient dans le monde, la profession distribuait des awards à tour de bras, tout le monde croquait.

C’était simple.

C’était magique.

C’était les trente glorieuses.

On fumait au bureau, on picolait entre collègues, on appelait les patrons par leur prénom, on sortait les clients dans des endroits improbables. Les clients achetaient une agence autant pour son travail que son esprit canaille.

A ceux qui regrettent cette époque, voici une grande nouvelle : le présent n’est qu’un éternel recommencement.

L’âge d’or que vous regrettez, c’est l’âge d’or des agences digitales du moment.

Réjouissez-vous, rangez vos chrysanthèmes et sortez vos souris.

Le shortcut paradoxe

Il est du ressort de l’intelligence collective de pointer les contradictions qui émergent de notre monde moderne dopé à l’innovation – au sens très large du terme – et à l’omniprésence des nouvelles technologies.

L’utilisation des raccourcis clavier en est une, à placer sous l’égide de la cohabitation du vieux et de l’ancien, que d’aucuns qualifient de vague néo-rétro. Ce mouvement englobe une très large palette d’applications : design automobile, vestimentaire, architectural, high-tech, gastronomique… Une lame de fond en quelque sorte.

En bref, un raccourci clavier vous permet d’accomplir une tâche informatique donnée plus rapidement qu’à l’aide d’un dispositif de pointage. 1984 marqua pourtant le lancement du premier Macintosh, doté d’une souris et d’une interface graphique révolutionnaire de par son abandon partiel de l’utilisation du clavier. Plus besoin de naviguer dans les menus de votre disque dur à l’aide des touches « flèches », la souris tira provisoirement un trait sur les nombreuses commandes anciennement exécutées au clavier.

La multiplication des fonctions et applications rendues possibles par l’informatique font actuellement rejaillir de nos cartons le spectre du clavier. Perdus dans les menus, notre bon vieil azerty nous immunise face à la complexité grâce à un nombre de commandes familières, acquises et maturées au cours de notre individuation informatique.

C’est donc très naturellement que je me pose la question : les shortcuts sont-ils une réaction de nostalgie inconsciente formulée à l’égard du progrès ou une madeleine historiquement indissociable de la pratique informatique ?

Réponse à suivre…