Si les idées non exécutées sont des hallucinations, que sont les exécutions sans idées ? Des crimes ?

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Ideas without executions are hallucinations. Thomas Edison

Cette maxime convoquée à l’envi par les publicitaires militant pour le tournage d’un nouveau film ou l’ouverture d’une nouvelle plateforme digitale est une porte ouverte à toutes les dérives.

Pour vérifier que vous ne racontez pas des âneries, tentez de supprimer de vos documents toutes les phrases dont le contraire est absurde (là je dis merci Greg). Faites l’exercice dans vos recos.

  • Le devoir de penser outside the box. ORLY?
  • Pour gagner en part de marché, nous avons besoin de développer la présence à l’esprit. La présence à l’esprit n’est pas facteur de gain de parts de marché. Au mieux un vague corrélat parmi 1000 autres.
  • Le premium est affaire de CSP+. Le low-cost est affaire de CSP-?
  • Ces 100 autres exemples sont un bon entrainement.

Les idées non appliquées sont des hallucinations. Pourquoi pas. Mais que sont les applications sans idées? Peut-on penser l’objet sans le concept de l’objet? Sans doute pas.

Comme pour tout le reste, l’un ne va pas sans l’autre et vice versa. La beauté du monde réside dans la systémique et la complexité.

Les aphorismes péremptoires tels que celui d’Edison ne sont que des slogans publicitaires pour des fabricants de produits.

Les trucs qu’on va vite oublier

L’excellent magazine US Wired publiait la semaine dernière une liste des 100 trucs que nos enfants ne connaitront sans doute pas. L’idée de cette note n’est pas de se morphondre dans la nostalgie – très tendance – des neo-adultes mais de s’amuser à se souvenir des objets comme des usages et des gestes plutôt que pour leur fonction propre. Best of.

Catégorie « audiovisuel » :

  • Insérer une cassette VHS dans un magnétoscope
  • Se lever pour changer de chaine de télévision (pas de télécommande)
  • Faire un numéro de téléphone sur un cadran rotatif
  • Souffler dans son lecteur de Minidisque ou de cassette audio parce que la bande « fait de la neige »
  • Tourner le tuner d’une radio pour trouver une station cool

Catégorie « informatique » :

  • Ecouter la mélodie du modem 56K durant le début de sa connexion
  • Rendre un exposé d’anglais sur une disquette 3,5 pouces
  • Souffler dans une cartouche de Super Nintendo parce que le jeu ne veut pas se lancer (cf. minidisques…)
  • Tourner sa Playstation sur la tranche pour lancer un jeu

Catégorie « internet » :

  • Tourner les pages d’une encyclopédie ou d’un bottin pour trouver une info
  • Lécher une enveloppe pour la fermer
  • Parfumer une correspondance brûlante adressée à son amoureuse
  • Humecter un timbre

Catégorie « divers » :

  • Faire passer à la ligne une machine à écrire (OK, ça on le fantasme un peu, ça date de Colombo)
  • Se souvenir des numéros de téléphone de la famille et des copains
  • Ne pas savoir qui nous appelle
  • Tourner la clef pour déverrouiller manuellement une porte de voiture

NB : Wired exagère un peu sur certains aspects… On sent qu’il ont un peu d’avance sur les usages technologiques… Le jour où il n’y aura plus ni programme télévisé, ni argent liquide ni bibliothèques n’est pas encore arrivé…

Et vous? Quels sont les gestes qui vous manqueront?

Source : Wired

Clash des générations : la mémoire du geste du walkman

Une expérience intéressante a été menée en Angleterre en vue d’illustrer les comportements inhérents aux objets qui nous entourent. Consécutivement aux 30 ans du walkman, un journaliste anglais s’est amusé à confier pendant quelques jours un walkman à un adolescent habitué du iPod.

Les réactions générées par l’expérience ne manquent pas de piquant.

Pour commencer, le jeune a du mal à comprendre le système des 2 faces de la cassette. Ensuite, il exprime ses doutes quant à la qualité sonore des enregistrements magnétiques. Pour terminer, il s’étonne de la laideur de l’objet et des réactions produite par les passants dans la rue, ce qui donne un nouveau coup de marteau sur la caractéristique « accessoire de mode » du baladeur Apple.

Chaque objet produit ses propres utilisations, c’est une aspiration quasi universelle du design. De fait, le teenager réinvente la fonction shuffle en avançant ou rembobinant arbitrairement la cassette.

Cette interaction etait relativement prévisible, pourquoi?

La dématérialisation de la musique a induit un biais d’utilisation énorme dans la consommation et l’écoute de musique. L’album a quasiment disparu au profit d’une écoute « au morceau ». La musique ne s’apprécie plus comme un tout mais comme une somme de partis (donnant par là même du fil à retorde aux tenant de la holistique), ce qui réduit considérablement – dans certains cas uniquement – la portée de l’oeuvre.

Redécouvrira-t-on un jour des albums construits au sens opéra-rock du terme ? La génération zapping renoue-t-elle plus prosaïquement avec le sens premier de l’album qui était une compilation disparate d’inspirations et de ressentis?

Les remixs électro de plusieurs dizaines de minutes formatés en un unique mp3 en sont peut-être la réincarnation…

Source : PSFK