Le web est-il en train de devenir une force du mal?

Il y a 10/15 ans, le web était déjà très populaire. Le premier milliard d’humains connectés n’était pas loin. Adopté essentiellement dans les pays développés, le web était assez *petit* pour rester proche de ses racines intellectuelles ; décentré, libre, neutre.

De nombreuses initiatives virent le jour pour industrialiser ces préceptes originaux : les creative commons de Lawrence Lessig, l’open source… Il s’agissait à tout prix de garder le web tel qu’il avait été pensé : un espace alternatif, au-dessus des démocraties, où l’anonymat était une chance, où l’économie pouvait s’écrire selon une grammaire nouvelle et pleine d’espoir.

Mais que s’est-il passé entre temps?

Est-ce la popularisation d’internet? Est-ce que l’économie a pris le contrôle du web? Est-ce que le web a stimulé les esprits malveillants?

Non seulement cela fait bien 5 ans que je n’ai plus entendu parler d’open source (mis à part peut-être pour les API mises à disposition par les grands groupes mais dont la finalité de training décentralisé par les utilisateurs ne fait aucun doute), mais en plus l’internet semble catalyser une grande partie de nos angoisses modernes : terrorisme, bullying, trafics en tout genre, collecte de data, virus rançonneurs, ubérisation, AI racistes, trolls, anonymous…

Le web des années à venir va très probablement continuer sa lente mue vers un reflet des travers de l’humanité au détriment de ses préceptes originaux.

Gardons ça en tête.

Innovation round-up #27

1. An algorithm reconstructing sound with the tiny vibrations it causes on video.

2. The Brainwriter is an open source project allowing people do direct object with their mind.

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3. A pizza box transforming into plates then storage for leftovers.

4. Turtle Taxi is a company providing low-speed cabs for cautious customers (only in Japan).

Le nouvel âge d’or de l’artisanat signale la fin de l’effet de diligence digital

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Pas la peine d’avoir un oeil du lynx pour observer l’état des métiers artisanaux. Les secteurs primaires et secondaires pèsent moins de 20% des jobs en France et dans la plupart des pays occidentaux. A de rares exceptions près, ils peinent à recruter et suivent un inexorable déclin depuis des années.

Chaque tendance porte en son corollaire son opposé : on assiste à l’émergence de nouveaux avatars primaires et secondaires. De l’agriculture (urban gardening, AMAP, localisme, bio, etc.) et de l’industrie (makers, arduino, impression 3D, made in France, etc.). Le tertiaire n’est pas épargné par ce besoin de faire les choses (ou du moins de se les réapproprier, façon hacking).

L’exemple des entreprises ouvrant/soutenant des incubateurs est emblématique (même Seb a un fond d’investissement pour les startups de food!), cf. ce film incroyable pour celui de Nike :

La dématérialisation des biens de consommation qui fait suite à la standardisation globalisée des 50 années d’après-guerre est en train de générer un nouvel âge d’or – ou du moins un nouvel appétit – pour l’artisanat.

Chaque seconde nous rappelle aux limites du tout-industriel. Tout ne peut pas être dématérialisé. Même si demain nous téléchargeons nos maisons sur bittorrent, il y aura toujours besoin des gens pour fabriquer des prototypes.

L’émergence du métier de creative technologist est symptomatique de ce nouvel artisanat mêlant fabrication manuelle, création de service, design d’interface.

Au passage, on constate que cette discipline se joue des frontières de classification des métiers : le CT est primaire, secondaire et tertiaire à la fois. Cela fait partie des choses qui bougent sous l’impulsion du numérique.

Le CT est symbole de la maturité de la révolution digitale. Il en signale la fin de l’effet de diligence : jusqu’à présent, le digital copiait l’industriel. Désormais, c’est l’inverse. Même les artisans s’y mettent en partageant leurs modèles, leurs API, leurs techniques. C’est l’heure du crafting open source, incarné par des nouveaux espaces de créativité façon ICI Montreuil.

Les marques qui tirent leur épingle du jeu à notre époque ont compris la valeur d’une relation d’égal à égal avec les gens. Leur marketing s’en trouve changé. Les marques inspirent, stimulent, soutiennent. Le contraire des discours unilatéraux et autocentrés. Il ne s’agit pas uniquement de passer un vernis participatif sur la vieille pub mais d’envisager les milliards d’humains comme autant de sources d’innovation et de chiffres d’affaire. La relation est gagnant gagnant.

Donner les moyens aux gens de faire des trucs qui dépassent la frime et l’égotisme (l’apprentissage d’un savoir-faire, d’un métier, donner des idées, réhabiliter des matériaux…), voici un beau projet pour les marques.

Un concept actuel : l’économie éthique ou “ethonomics”

L’économie éthique est un concept visant à ajouter aux méthodes traditionnelles de mesure économique des variables qualitatives, telles que le système de valeurs d’un individu.

En clair, elle mesure l’adhésion des gens à des valeurs par le prisme du temps et de l’argent dépensé.

En effet, on mesure classiquement les dépenses d’une personne selon la théorie objective de la consommation sans y inclure ses valeurs (un agent économique dépense en fonction de son revenu et de son temps disponible, point barre).

Afin de se faire une idée des notions gravitant autour des ethonomics, voici un petit nuage Wordle :

Qualifié de “futur du business” par la revue US Fast Company, l’éthonomie s’illustre dans ces nouvelles pratiques qui allient le  commerce à l’éthique ou la responsabilité sociale :

  • Le commerce équitable,
  • Le localism ou marketing local (urban gardening, AMAP, etc.),
  • L’écologie et le développement durable,
  • La croissance verte,
  • Les nouvelles utopies collectives : on en croise souvent sur le web > creative commons, open source, etc.
  • La micro-finance,
  • La RSE : entreprises proposant à leurs salariés de consacrer du temps à des projets extra-professionnels…

Attention toutefois à ne pas verser dans le suivisme et le greenwashing…

Une des plus belles initiatives éthonomique, c’est le BIB (Bonheur Intérieur Brut). Il mesure le “niveau de vue” en mixant des facteurs rationnels quantitatifs (revenus économiques, etc.) avec des facteurs qualitatifs (valeurs, confiance, etc.).

A l’aune des multiples initiatives business exploitant ces nouvelles approches, on ne doute pas de son succès en devenir…

Je laisse la parole à Yvon Chouinard, brillant fondateur de Patagonia, une entreprise de produits de montagne, pionnier en matière d’éthonomie (no packaging, produits anti fast-fashion garantis à vie, engagement des salariés dans des associations, etc;) :

Source : Fast Company

Big Buck Bunny : pas mal les gratuiciels !

Au chapitre la prouesse du vendredi : le film d’animation Big Buck Bunny ne se contente pas d’être d’une beauté à couper le souffle, il a surtout été réalisé à l’aide de logiciels open source. Un joli pied-de-nez aux géants du secteur Final Cut ou Adobe Premiere.

Je ne suis pas fan de dessins animés mais on ne peut que s’extasier sur la qualité technique de cette réalisation, à porter au crédit de la Blender Fondation. Je vous laisse juger par vous même.