Voilà ce qui se passe le jour où tu découvres que ton idole corporate est une merde

Quelques pensées qui font écho aux primaires américaines, à propos d’un article de Paul Graham, cofondateur de l’incubateur Y Combinator.

L’auteur y produit un réquisitoire pour l’acceptation de la création de richesse et oppose aux détracteurs des grandes fortunes de la Silicon Valley qu’on ferait mieux de s’attaquer au problème de la pauvreté plutôt que celui de la richesse.

And while it would probably be a good thing for the world if people who wanted to get rich switched from playing zero-sum games to creating wealth, that would not only not eliminate great variations in wealth, but might even exacerbate them.

Au-delà d’une lecture partisane de cet article, quelques points culturels sont fondamentaux pour mieux comprendre la logique néo-néo-néo-libérale des acteurs de la Valley.

D’abord, il s’agit d’un modèle où chacun est responsable de son propre sort. On nie absolument le rôle de l’état ou de la société dans l’aide aux entrepreneurs ou aux collectivités.

Ensuite Paul Graham obstrue totalement la logique d’héritier. Tout le monde a potentiellement sa chance dans le nouveau monde :

Closely related to poverty is lack of social mobility. I’ve seen this myself: you don’t have to grow up rich or even upper middle class to get rich as a startup founder, but few successful founders grew up desperately poor.

Son point, c’est de laisser les créateurs de start-up devenir en créant de la richesse. Parce que leur richesse ne vole pas les pauvres mais fait globalement grossir le PNB. Graham prétexte la création de richesse et le gain de productivité. Jamais la desctruction créative ni même la uberisation (aka la précarisation).

Most people who get rich tend to be fairly driven. Whatever their other flaws, laziness is usually not one of them.

Variation in productivity is far from the only source of economic inequality, but it is the irreducible core of it, in the sense that you’ll have that left when you eliminate all other sources.

Non seulement les gains de productivité du à l’informatique sont toujours à prouver, mais ensuite la création de richesse est également très discutable. Certes les entreprises créent un écosystème de prestataires et partenaires (ex : les développeurs d’applications sur l’app store) mais ne jouant pas le jeu de la fiscalité, cette création de richesse potentielle est très surévaluée.

Par ailleurs, aucune référence au bénéfice sociétal de la création d’entreprise. C’est une vision 10% égoïste de la création de valeur.

Bref, de quoi relativiser le génie de nos start-up préférées. Elles sont montées par des cons.

Future Founders de Bloomberg Beta est un algorithme de détections de hauts potentiels

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Article glaçant du NYT sur les modes d’investissements des capital-risqueurs de la Silicon Valley.

Etant globalement des matheux, ils compilent les statistiques socio-culturello-démographiques des fondateurs de start-ups à succès : ayant réussi à réaliser xxx levées de fonds, générer xxx millions de chiffres d’affaires en xx mois, le temps que cela a pris, leur âge, sexe, etc.

Une fois le portrait-robot du fondateur profilé par la machine, Bloomberg Beta – l’exemple de l’article – l’utilise à l’envers pour identifier de potentielles futures stars des internets. Puis l’entreprise les rencontre et leur donnent des conseils pour monter leur boîte…

L’outil new biz ultime en quelque sorte. Qu’on n’a pas parallèlement pas du tout envie de voir se populariser dans les départements ressources humaines.

Ironie de l’histoire, les profils identifiés par la machine sont plus féminins que les profils observés car l’algorithme ne comprend pas la discrimination

Le monde que nous fabrique la Silicon Valley est nul.

L’impossibilité de prédire justement l’avenir impose une « brutale ouverture d’esprit »

futur graphique chart courbe impossible

Pour faire état de la difficulté à prédire l’avenir – dans nos métiers comme de façon générale – il n’est nulle besoin de convoquer la très-à-la-mode accélération du temps, l’empirisme semble souvent suffire à expliquer la dynamique des marchés libres.

Comme dirait le célèbre investisseur Paul Graham :

When experts are wrong, it’s often because they’re experts on an earlier version of the world.

Ce qui a été vrai à une époque ne l’est plus forcément aujourd’hui.

C’est pour cette raison que le business n’est pas une science et que les économistes néo-classiques se berçent d’illusions. Mis à part quelques grandes règles relevant plus du bon sens que d’une lumière initiée, il n’y a pas ou peu de constante dans le business.

Au-delà du biais de Saint-Thomas qui nous incite à donner plus de crédit à ce que nous connaissons, un certain nombre de vérités périment avec le temps.

Pour re-citer Paul Graham :

It seems to me that beliefs about the future are so rarely correct that they usually aren’t worth the extra rigidity they impose, and that the best strategy is simply to be aggressively open-minded.

Soyons brutalement ouverts d’esprit. Un peu comme avec ces collègues avec qui on vous a confié un appel d’offre pour les deux mois qui arrivent.

Ca vous inspire?

Merci Olivier pour l’article sur le pike syndrome

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #97

1. Le recency bias ou chronological snobbery tend à nous faire croire que nos aïeux étaient plus sots que nous.

2. Les téléphones (mobiles et fixes) produisent de microscopiques étincelles en fonctionnant. En cas de fuite de gaz, leur utilisation peut être explosive.

3. L’ordre des adjectifs.

4. Les Français mangent plus de pizzas que les Italiens (et autant que les Américains). Merci Sébastien

5. La différence entre zoophage et sarcophage. Merci Sébastien.

6. La hiérarchie du désaccord de Graham. Merci Alex.

7. 40% des comptes des réseaux sociaux seraient du spamming.

8. La convent pornography, the Good Old Naughty Days, A Free Ride et toute sorte de réjouissances porno publiées sur Wikipédia. Merci F******

9. En retard sur le territoire de la musique (idéal pour renouveler l’audience), TF1 lance le tube de l’été en 1989, tactique de recrutement réitérée plusieurs fois après.

10. La Maison Blanche brasse sa propre bière (sur demande d’Obama) : la White House Honey Ale.