Non je ne crois pas que l’augmentation de la quantité d’information consommée par jour rende les gens sots

time information knowledge

Avant hier, le canard Influencia postait cette image. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais de mon point de vue, c’est une parfaite ânerie.

D’abord la plupart des gens sérieux – ie. pas des gratte-papiers de presse professionnelle – nous expliquent que si nous consommons de plus en plus d’informations, nous n’avons jamais autant lu, jamais autant été cultivé, jamais été aussi exposés à la culture  (dernier en date : Claude Hagège, excusez du peu).

Ensuite les gens qui disent souffrir de l’infobésité s’adaptent : on sait que certains se débranchent, d’autre se digital detox. Il y a même certaines entreprises qui prennent les devants et bloquent les serveurs à e-mails pendant les week-ends.

Finalement et c’est sans doute le plus inquiétant de la part d’un titre qui se veut *accompagnateurs des nouvelles tendances*, c’est que nous savons pertinemment que notre manière de processer le savoir évolue avec le temps. Relisez Phèdre si vous souhaitez vous en convaincre.

Il y aura toujours des gens pour plaindre le progrès mais de leur part, c’est assez scandaleux. Bref. Influencia, je ne te lis pas mais je ne te lirai plus.

Platon le musicien : enfin une vraie théorie du complot

Dans la Grèce Antique, l’écriture n’existait pas. Le savoir était appris par coeur et transmis oralement. Les aèdes, poètes troubadours de l’époque, chantaient les textes. Pourquoi en chanson? Parce que de cette manière, les textes étaient plus faciles à retenir… Exemples célèbres, L’Iliade ou l’Odyssée étaient des chansons.

Les textes étaient donc pensés pour être chantés, d’où le développement de la musicalité des mots. Accents toniques, allitérations, assonances et compagnie participaient de la bonne mémorisation d’un texte (cf. la très sale habitude de la pub d’utiliser la rhétorique).

Et puis l’écriture arriva. Gros débat, grosses craintes. On a peur de confier son précieux savoir à une feuille de papyrus ou une tablette de cire. D’un coup, tout le monde peut avoir accès au savoir… Cela n’arrange que moyennement les souverains et les patriarches.

NB : le modèle patriarcal est né de cette asymétrie cognitive. Le savoir étant affaire de mémoire, les personnes les plus vieilles (du moins jusqu’à un certain seuil) possédaient mécaniquement plus de connaissances. D’où la figure du vieux sage à qui on demande conseil car il connait plus de choses.

Bref, les plus fans peuvent retrouver une excellente compilation des querelles entre Platon et Socrate dans le Phèdre de Racine. Cet opuscule relate les dialogues entre un Platon progressiste pro-écriture et un Socrate réactionnaire anti-écriture.

Or, et c’est l’objet de cette note, un certain Jay, ayant examiné de près les écrits platoniques, a mis à jour une étonnante géométrie verbale. La présence de chiffres ronds, la rémanence du chiffre 12 donne lieu aux plus vastes spéculations : je vous laisse vous faire votre propre opinion.

Quoi qu’il en soit, le plus important n’est-il pas d’avoir appris que Platon continuait à écrire musicalement alors que le bon sens scripturale ne l’y obligeait plus?

Pour le plaisir, retour sur une veille Né Kid dédiée à la rhétorique :