La curiosité est stimulée par l’incomplétude : le point commun entre les médias et notre cerveau

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L’explication de la curiosité par Mario Livio est top (12e minute) :

There’s a gap between what you know and what you think could be known.

On retombe sur la logique de l’incomplétude, déjà évoquée par Philippe Michel et la définition du froid et du chaud par Marshall McLuhan.

Le medium froid est celui qui fait appel à tous nos sens, quitte à les accaparer intégralement (ex : la télévision ou le cinéma). Le medium chaud est celui qui est plus pauvre dans son signal, mais requiert de son consommateur une attention particulière pour s’approprier le récit en “connectant les morceaux” (la radio, la presse). Ce dernier est donc plus engageant et stimule la curiosité (d’où les critiques sur l’abêtissement propre au média TV).

On y voit également un reflet de la manière dont fonctionne notre cerveau, non pas divisé en émotion/raison mais en focus/tâche de fond.

La curiosité est le moteur de l’engagement, ce dernier n’étant pas nécessairement une vertu.

La dynamique de l’imperfection : quand le silence parle plus fort que les mots

Dans l’article d’Eric Bertin cité hier, mention est faite d’une théorie formidable : l’imperfection greimassienne.

L’imperfectivité est porteuse de dynamiques de signification, qu’on voit d’ailleurs souvent à l’oeuvre dans le champ de la communication publicitaire. Citons seulement les logiques stratégiques fondées sur l’ellipse ou la raréfaction des signes, capables d’exercer une forte attraction sur le destinataire par leur caractère « incomplet » et donc énigmatique.

Le manque peut être une ressource. L’inachèvement peut générer des effets, cf.  l’esthétique moderne valorisant l’esquisse : ce qui manque permet à l’oeuvre de continuer d’être en cours et d’exercer son effet (cf. cf. cf.).

De la même manière dans la musique, si on veut obtenir une grande sonorité, il vaut mieux un son réduit. Les cinq notes toutes ensemble portent la sonorité à son comble et saturent l’effet tandis que le son réduit laisse son effet harmonique se propager d’autant mieux qu’il se garde en réserve.

Comme l’a montré JM Floch dans une typologie publicitaire (impossible à retrouver désolé), le génie publicitaire de Philipe Michel jouait fréquemment de cette mécanique elliptique, forçant les gens à faire un effort pour reconstituer le message. Une preuve de respect vis-à-vis des acheteurs, une preuve d’intelligence des émetteurs.

Combien de marques s’abaissent par des prises de paroles simplifiées à outrance par crainte de ne pas plaire à tout le monde?